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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203448

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203448

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP MADRID-CABEZO MADRID-FOUSSEREAU MADRID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 octobre 2022 et le 6 mars 2023, M. A, représenté par Me Madrid, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2022 refusant de lui délivrer un titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée familiale " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté du 16 septembre 2022, il est entaché d'incompétence.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi :

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, le préfet n'ayant pas pris en compte sa situation particulière en fixant un délai de trente jours conformément aux stipulations de l'article 7 de la directive retour 2008/115/CE ;

- elles sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire enregistré le 5 février 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.

La préfète soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 3 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de Mme B et les observations de Me Madrid, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant arménien, né le 1er septembre 2003, est entré en France le 10 août 2018. Le 21 avril 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 septembre 2022, la préfète du Loiret a rejeté cette demande, a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A conteste cette décision.

Sur l'arrêté du 16 septembre 2022 pris dans son ensemble :

2. Par un arrêté n° 45-2021-07-27-00002 du 27 juillet 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Centre-Val de Loire et du Loiret, la préfète du Loiret a donné délégation à M. Benoît Lemaire, secrétaire général de la préfecture du Loiret, à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

Sur le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. La préfète a mentionné les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notamment les articles L. 423-23, L. 435-1, et a exposé de manière détaillée les considérations propres à la situation personnelle de M. A sur lesquelles elle s'est fondée pour refuser de lui délivrer un titre de séjour. La préfète a notamment indiqué que l'intéressé " ne justifie pas de liens établis, stables et durables en France ", qu'il " fait l'objet d'une plainte pour viol qui aurait été commis le 20 avril 2021 " et qu'il est " célibataire, sans charges de famille ". Ces considérations de fait sont suffisamment développées pour permettre au requérant de connaître les motifs de ce refus. Dès lors, le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui font état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressé, comme rappelé au point précédent, que la préfète n'aurait pas procédé, ainsi qu'elle y était tenue, à l'examen particulier de la situation de M. A.

5. En troisième lieu, l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que si M. A atteste qu'il a poursuivi sa scolarité en France en produisant des certificats de scolarité pour les années 2018 à 2021, une copie d'un diplôme en langue française attestant de son niveau DELF A2 et des attestations de proches, il n'établit toutefois pas son insertion socio-professionnelle en France, depuis son arrivée en 2018. En outre, M. A est célibataire et sans charge de famille. S'il soutient qu'il n'a plus aucune nouvelle de son père resté en Arménie, d'une part, il ne l'établit pas, et, d'autre part, il ne fait pas pour autant état de l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de quatorze ans et où il peut également poursuivre sa scolarité. Enfin, s'il soutient qu'il a des attaches en France où résident sa mère et sa sœur, ces dernières font également l'objet d'obligations de quitter le territoire français en date, respectivement, du 2 août 2021 et du 4 février 2021. Eu égard à ces éléments, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret a porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, le refus de titre de séjour qui lui est opposé ne méconnaît pas les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste quant à l'appréciation des conséquences sur la situation personnelle du requérant.

7. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

8. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il appartient, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

9. Eu égard à la situation familiale, personnelle et professionnelle de M. A décrite au point 6, l'intéressé ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à permettre que lui soit délivré par le préfet un titre temporaire d'admission exceptionnelle au séjour.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ".

11. Si la préfète s'est également fondée sur le motif tiré de ce que la présence du requérant constitue une menace à l'ordre public, notamment en ce que M. A fait l'objet de poursuites pénales pour des faits de viol qui auraient été commis le 20 avril 2021 à Orléans, il résulte toutefois de l'instruction qu'elle aurait pris la même décision si elle ne s'était pas fondée sur ce motif, qui est surabondant. Par suite, la circonstance que ce motif serait erroné n'est pas de nature à entraîner l'annulation de la décision attaquée.

Sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé n'étant pas établie, M. A n'est pas fondé à se prévaloir, par voie de conséquence, de son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. En deuxième lieu, les moyens de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation quant à l'appréciation des conséquences sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.

14. En troisième lieu, en se bornant à alléguer que la durée de trente jours était insuffisante au regard de la durée de son séjour en France, de son parcours et des résultats scolaires, M. A n'établit pas que la préfète du Loiret aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui octroyant pas un délai de départ volontaire plus long. La circonstance que l'arrêté est intervenu en " pleine rentrée scolaire " n'est pas à elle seule suffisante pour bénéficier d'une durée de départ volontaire supérieure à trente jours.

15. Enfin, dès lors que l'illégalité de la décision refusant au requérant le renouvellement de son titre de séjour ou de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement devrait être annulée par voie de conséquence ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées. Il en est de même de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

M. Lardennois, premier conseiller,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.

La rapporteure,

Fatoumata DICKO-DOGAN

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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