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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203520

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203520

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 octobre 2022 et des pièces complémentaires enregistrées le 22 mai 2023, Mme D E, représentée par Me Petit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2022 par lequel la préfète du Loiret a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour à compter du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté contesté est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté contesté est entaché d'erreur de droit dès lors qu'elle pouvait prétendre à une admission exceptionnelle au séjour au regard de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, laquelle n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux et approfondi ;

- l'arrêté contesté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté contesté méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 30 janvier 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requérante n'établit pas contribuer de manière continue et effective à l'entretien de son enfant depuis au moins deux ans ;

- elle n'établit pas, par les éléments qu'elle produit, ne pas pouvoir être suivie dans son pays d'origine pour la pathologie dont elle est atteinte.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2017-1717 du 28 décembre 2017 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Defranc-Dousset a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D E, ressortissante ivoirienne née le 23 décembre 1989, est entrée en France, selon ses déclarations, le 1er septembre 2015. Le 30 septembre 2016, elle a donné naissance à un enfant, C, A, B, issu de sa relation avec M. F, ressortissant français. Au cours de sa grossesse, elle a appris qu'elle était atteinte d'une hépatite B chronique. Elle s'est vu délivrer le 19 février 2021 une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 18 février 2022 en raison de son état de santé. Elle en a demandé le renouvellement le 24 janvier 2022 en se prévalant également de la présence de son enfant mineur. Par un arrêté du 21 septembre 2022 dont elle demande l'annulation, la préfète du Loiret a opposé un refus sur sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. /La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat./() ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui déclare être atteinte d'une hépatite B chronique, s'est vu délivrer en raison de son état de santé une carte de séjour temporaire d'un an valable jusqu'au 18 février 2022, dont elle a demandé le renouvellement. La préfète a consulté le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lequel a estimé aux termes d'un avis du 2 juin 2022, qu'elle s'est appropriée, que l'état de santé de Mme E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'au vu des éléments de son dossier médical, elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. En se bornant à produire des articles généraux sur la prise en charge des hépatites en Côte d'Ivoire, Mme E qui n'établit pas la gravité de son état ni qu'elle ne pourrait voyager sans risque vers son pays d'origine, ne remet aucunement en cause l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par la préfète du Loiret au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. La requérante s'est également prévalue, à l'appui de sa demande de titre, de la naissance de son fils C, A, B, né le 30 septembre 2016 de sa relation avec un ressortissant français avec lequel elle n'a jamais vécu. Elle indique que l'enfant réside avec elle et qu'elle doit être dès lors regardée comme contribuant depuis sa naissance à son entretien et à son éducation et que, par suite, le refus de titre de séjour qui lui est opposé est entaché d'une erreur d'appréciation. Il ressort toutefois des pièces du dossier, ainsi que le fait valoir la préfète, que le livret de famille a été délivré au seul père de l'enfant. De plus, si la requérante indique avoir la charge de l'enfant, son passeport fait apparaître qu'elle a effectué de nombreux déplacements à l'étranger et notamment en Côte d'Ivoire durant l'année 2021, dont le nombre et la fréquence sont peu compatibles avec la poursuite de la scolarité du jeune garçon et même le rythme de vie d'un jeune enfant. En outre, les relevés de la caisse d'allocations familiale produits par la requérante, qui mentionnent effectivement la prise en compte de son fils pour le calcul des aides allouées, concernent la seule année 2022. Il en est de même du certificat de scolarité produit, lequel concerne la seule année scolaire 2022-2023. Par suite, au regard des éléments produits, alors que la requérante n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis au moins deux ans, ni qu'elle en aurait la charge depuis ce même temps à la date de la décision contestée, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par la préfète du Loiret au regard des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième lieu, la requérante soutient qu'elle est présente sur le territoire depuis 2015, que son enfant y est scolarisé, qu'elle justifie avoir travaillé pendant au moins douze mois pendant les trois dernières années et avoir déclaré ses revenus et que plusieurs membres de sa famille résident sur le territoire. Toutefois, la requérante ne peut utilement revendiquer l'application des orientations de la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admissions au séjour déposées par des étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, laquelle est dépourvue de caractère réglementaire.

7. Par ailleurs, si elle affirme que l'absence de régularisation de sa situation est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation, il ressort des pièces du dossier que sa demande portait sur le renouvellement de son titre de séjour, délivré au regard de son état de santé, et qu'elle s'est uniquement prévalue en outre de la présence de son enfant de nationalité française. Alors que la préfète n'était saisie que de ces seules demandes, elle n'était pas tenue, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressée peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux. Par suite et alors qu'il n'est pas établi que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation de Mme E, les moyens tirés du défaut d'examen approfondi de sa situation et de l'erreur de droit doivent être écartés.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée irrégulièrement sur le territoire et s'y est maintenue pendant plusieurs années sans tenter de régulariser sa situation, qu'elle n'établit pas avoir eu la charge de son fils né en 2016 ni avoir tissé avec lui des liens d'une particulière intensité, que la seule circonstance qu'elle disposait d'un emploi entre mai 2021 et janvier 2022, puis de juillet 2022 à août 2022, ne permet pas d'établir une insertion particulière sur le territoire français. En outre, elle n'établit aucunement la présence de membres de sa famille sur le territoire, ni même l'existence de liens affectifs et amicaux sur le territoire. Par suite, la préfète du Loiret n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris l'arrêté attaqué et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, et alors que la requérante ne soutient ni même n'allègue encourir des risques au titre de sa sécurité, ni qu'elle serait exposée à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Côte d'Ivoire, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme E tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 septembre 2022 de la préfète du Loiret doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'elle présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Best-De Gand, première conseillère,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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