mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2203536 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MACAREZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 8 octobre 2022 et le 30 mars 2023, M. A B, représenté par Me Macarez, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 octobre 2022 par laquelle le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français en fixant le pays de destination ;
2°) d'annuler la décision du 6 octobre 2022 par laquelle le préfet des Yvelines lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa demande au regard de sa situation administrative, dans un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet des Yvelines ou à tout autre préfet territorialement compétent de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet des Yvelines) le paiement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- la preuve d'une délégation régulièrement établie et publiée au signataire des décisions attaquées n'est pas rapportée ;
- ces décisions sont insuffisamment motivées ;
- elles n'ont pas été précédées d'un examen particulier de sa situation personnelle réelle ;
- elles sont illégales en l'absence de mention des nom, prénom et qualité de l'agent notificateur, en méconnaissance de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elles ont été prises en méconnaissance de la procédure contradictoire préalable organisée par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, en l'absence d'audition préalable ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les articles L. 425-9, L. 435-1, L. 423-23 et L. 426-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît également l'article 3 de la même convention ;
- il est légalement protégé de l'éloignement ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, en l'absence de risque de fuite ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision relative au délai de départ volontaire ;
- cette décision est manifestement disproportionnée ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale.
La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui a produit des pièces enregistrées le 14 décembre 2022 sans produire aucun mémoire en défense.
Par ordonnance du 16 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Guével a été entendu au cours de l'audience publique où les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant camerounais né le 14 janvier 1990, domicilié à Amilly (Loiret) à la date de la décision attaquée, demande au tribunal d'annuler les décisions distinctes du 6 octobre 2022 par lesquelles le préfet des Yvelines lui a fait respectivement obligation de quitter sans délai le territoire français en fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
2. L'arrêté du 6 octobre 2022 en litige est signé de M. Julien Bertrand, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, directeur des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation par arrêté du 23 septembre 2022 du préfet des Yvelines, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Yvelines, pour signer en toutes matières ressortissant à ses attributions, et notamment tous arrêtés et décisions. Par suite, le moyen d'incompétence doit être écarté.
3. L'arrêté du 6 octobre 2022 du préfet des Yvelines comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est suffisamment motivé et répond à l'exigence de motivation des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, alors même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont M. B entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. Il ressort de cette motivation ainsi que des autres pièces du dossier qu'avant de prendre les décisions contestées, le préfet des Yvelines s'est livré à un examen particulier de la situation de M. B à l'aune des informations dont il disposait. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doit être écarté.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui s'était vu notifier le 22 décembre 2020 une précédente obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire, restée inexécutée, a fait l'objet le 6 octobre 2022 au commissariat de police de Conflans-Sainte-Honorine d'une audition au cours de laquelle il a été informé qu'il était susceptible d'être " reconduit à la frontière ", en tout cas éloigné du territoire français, et a répondu qu'il en " [prenait] note ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire préalable organisée par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
6. Aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées. Si des motifs intéressant la sécurité publique ou la sécurité des personnes le justifient, l'anonymat de l'agent est respecté ". Si ces dispositions sont applicables à toutes les procédures dans le cadre desquelles un agent est chargé du traitement d'une affaire, toutefois, la méconnaissance de ces dispositions est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision prise, au terme de la procédure, par l'autorité administrative compétente.
7. Si M. B soutient qu'il réside en France depuis sept années, que sa sœur de nationalité française y réside avec son époux et qu'après avoir été réformé de l'armée pour des raisons médicales et faute de détenir un titre de séjour, il a exercé des activités associatives et bénévoles, il ressort des pièces du dossier que sa mère vit au Cameroun où lui-même a vécu 35 années. Dès lors, compte tenu des conditions du séjour en France de l'intéressé, le requérant, qui est célibataire et sans charge de famille, n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, ainsi que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. M. B allègue sans l'établir par les seules pièces versées à l'instance que son état de santé serait tel qu'il entrerait dans les prévisions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui donnerait droit à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou que ses états de service à la Légion étrangère le rendrait éligible à la carte de résident d'une durée de dix ans prévue à L. 426-3 du même code.
9. Pour les motifs exposés aux points 7 et 8, M. B ne justifie pas de motifs exceptionnels ni de motifs humanitaires de nature à fonder la délivrance d'une carte de séjour temporaire en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est affectée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () ".
11. Il ressort de l'arrêté du 6 octobre 2022 en litige que, pour décider de ne pas accorder de délai de départ volontaire à M. B, obligé de quitter le territoire français, le préfet des Yvelines a estimé notamment que l'intéressé s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français par une décision du 22 décembre 2020. Ce motif suffisait, en l'absence de circonstance particulière établie, à justifier que le préfet des Yvelines décidât, par une décision qui est suffisamment motivée, que ce ressortissant étranger fût obligé de quitter sans délai le territoire français. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation, du défaut d'examen circonstancié de la situation administrative de l'intéressé et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
12. M. B allègue sans l'établir qu'il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine à des traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, pour les motifs exposés au point 8, il n'est pas légalement protégé de l'éloignement.
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
14. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
15. En l'absence d'illégalité établie de la décision refusant tout délai de départ volontaire à M. B, comme il est exposé au point 11, l'exception d'illégalité invoquée à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écartée.
16. Dès lors qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. B, et en l'absence de circonstances humanitaires établies, le préfet des Yvelines a pu sans commettre d'erreur d'appréciation assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'une année. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
17. Pour les motifs exposés au point 7, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction du territoire français pour une durée d'une année serait contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions en injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines.
Copie en sera adressée à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Guével, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.
Le président rapporteur,
Benoist GUÉVEL
L'assesseur le plus ancien,
Hélène LE TOULLEC
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines et à la préfète du Loiret en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026