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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203537

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203537

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP PETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 octobre 2022, Mme A C épouse B, représentée par la SCP d'avocats Petit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article 6-2 de l'accord franco-algérien dès lors qu'elle est entrée en France de manière régulière le 12 octobre 2019, pendant la durée de validité de son visa qui expirait le 5 janvier 2020 ;

- cette décision méconnaît également l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 4 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 mai 2023.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 23 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention du 19 juin 1990 portant application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985 relatif à la suppression graduelle des contrôles aux frontières ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Toullec,

- et les observations de Me Petit, avocate, représentant Mme B.

Me Hervois, avocat, représentant la préfète du Loiret, a été autorisé à prendre la parole.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 6 janvier 1989, est entrée en France le 12 octobre 2019, selon ses déclarations, en provenance d'Espagne où elle est entrée le 11 octobre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 5 octobre 2019 au 5 janvier 2020. A la suite de son mariage avec M. B, ressortissant français, le 17 avril 2021, elle a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 22 septembre 2022, la préfète du Loiret a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit " au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article 22 de la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 : " 1. Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités compétentes de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent () ". Aux termes de l'article R. 211-33 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date à laquelle Mme B indique être entrée en France : " La déclaration d'entrée sur le territoire français est souscrite auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. / A cette occasion, un récépissé est remis à l'étranger. Il peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage () ". La souscription de cette déclaration est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.

3. La requérante soutient qu'elle est entrée en France le 12 octobre 2019 de façon régulière sous couvert d'un visa de court séjour valable du 5 octobre 2019 au 5 janvier 2020. Toutefois, elle n'établit ni même n'allègue s'être déclarée aux autorités françaises dans les délais requis à la suite du franchissement de la frontière entre l'Espagne et la France. Par suite, en refusant la délivrance du titre de séjour que la requérante sollicitait au motif que celle-ci n'apportait pas la preuve de son entrée régulière en France, la préfète du Loiret n'a pas méconnu les stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que la décision de refus de titre de séjour serait entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B réside en France depuis trois ans à la date de l'arrêté attaqué et s'est mariée avec un ressortissant français le 17 avril 2021 à Tigy (Loiret). Les pièces du dossier permettent d'attester d'une vie commune à compter de mars 2020. Toutefois, eu égard au caractère récent du mariage et de la vie commune et alors que l'intéressée n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente ans, l'arrêté attaqué ne porte pas au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cet arrêté a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il ne ressort pas non plus des termes de l'arrêté que la préfète a examiné sa demande sur ce fondement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien est inopérant et doit être écarté.

7. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales - qui n'est au demeurant opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi - est dépourvu des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 septembre 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

La rapporteure,

Hélène LE TOULLEC

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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