vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2203602 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | KAB CONSEIL AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2022 au greffe du présent tribunal après renvoi du tribunal administratif de Rouen, et un mémoire en réplique, enregistré le 26 mai 2023, M. B C, représenté par Me Benoit Yela Koumba, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui communiquer les motifs médicaux fondant sa décision et de lui communiquer la preuve de réception d'un courrier ayant pour objet de l'informer ou l'alerter, notamment, sur le fait qu'il avait consulté un médecin non inscrit au conseil de l'ordre ;
4°) d'ordonner une expertise médicale pour se prononcer sur son état de santé ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
- il a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pas été informé du " défaut de conformité " entrainant le rejet de sa demande de titre de séjour ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que la préfète s'est bornée à se conformer à l'avis de clôture émis par la direction territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement du 23 juillet 2019 ;
- elle méconnait les dispositions de l'alinéa 9 de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Johan Hervois, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Guével a été entendu au cours de l'audience publique où les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, né le 26 avril 2001, de nationalité malienne, déclare être entré en France en octobre 2017 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 23 juillet 2019, il a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français à l'exécution de laquelle il s'est soustrait. Le 21 janvier 2022, il a sollicité son admission au séjour en qualité d'étranger malade. Le 7 octobre 2022, il a été placé en garde à vue. Le 8 octobre 2022, la préfète du Loiret a pris à son encontre une obligation de quitter sans délai le territoire français et fixant le pays de destination et une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Florence Gouache, secrétaire générale pour les affaires régionales de la préfecture du Loiret, qui, par un arrêté du 23 avril 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Loiret, a reçu délégation de la préfète du Loiret à l'effet de signer, lors de ses permanences, notamment " les mesures d'éloignement des ressortissants étrangers en situation irrégulière " et nécessairement les mesures connexes. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A n'aurait pas assuré la permanence du corps préfectoral à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En second lieu, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, il est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose une demande de délivrance ou de renouvellement d'un document de séjour pour raison de santé est tenu, pour l'application des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de faire établir un certificat médical relatif à son état de santé par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier. A cet effet, le préfet du lieu où l'étranger a sa résidence habituelle lui remet un dossier comprenant une notice explicative l'informant de la procédure à suivre et un certificat médical vierge, dont le modèle type figure à l'annexe A du présent arrêté. " et de l'article de 2 du même arrêté : " Le certificat médical, dûment renseigné et accompagné de tous les documents utiles, est transmis sans délai, par le demandeur, par tout moyen permettant d'assurer la confidentialité de son contenu, au service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'adresse a été préalablement communiquée au demandeur. ".
5. La direction territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) par un courrier en date du 22 avril 2022, notifié le 10 mai 2022, a clôturé la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade de M. C pour défaut de conformité, au motif que l'intéressé aurait consulté un médecin non inscrit au conseil de l'ordre. Si le requérant soutient qu'il appartenait à l'OFII de porter cet élément à sa connaissance comme faisant obstacle à la poursuite de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour qu'il avait formulée, afin de le mettre à même de choisir un autre médecin, il résulte des dispositions de l'article 2 de l'arrêté du 27 décembre 2016 qu'il appartient au demandeur de transmettre un certificat médical régulier au service médical de l'OFII. De plus, le requérant ne conteste pas que la préfète lui a bien remis un dossier comprenant une notice explicative l'informant de la procédure à suivre et un certificat médical vierge. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret, avant de rejeter la demande de titre de séjour du requérant, s'est bornée à se conformer à l'avis de clôture du dossier " étranger malade " émis par la direction territoriale de l'OFII et a méconnu l'étendue de sa compétence. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
7. En troisième lieu, le requérant se prévaut d'une durée de séjour ininterrompue significative sur le territoire français ressortant à 5 ans à la date de la décision litigieuse, de sa volonté d'intégration illustrée par son intégration à l'Ecole de la deuxième chance d'Orléans pour une durée de 38 semaines, de la réalisation des démarches administratives auprès de la préfecture du Loiret en vue de régulariser sa situation administrative et de l'existence d'un état de santé nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de retour dans son pays d'origine. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si le requérant a bien effectué diverses démarches administratives auprès de la préfecture du Loiret, il ne justifie cependant pas d'une durée de séjour significative sur le territoire français, ni d'une insertion particulière dans la société française sur le plan social ou professionnel et n'établit ni avoir des attaches anciennes, intenses et stables sur le territoire français, ni être dépourvu de liens dans son pays d'origine, le Mali, où toute sa famille réside. En outre, il ne justifie pas que son état de santé serait tel qu'il nécessiterait des soins qui ne seraient pas disponibles dans son pays d'origine. Enfin, les conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle du requérant en cas de retour dans son pays d'origine ne peuvent être appréciées en ce qu'il fait mention de la Guinée alors que le requérant est d'origine malienne. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, aux termes de l'alinéa 9 de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
10. Pour les motifs exposés au point 7 ci-dessus, et en particulier à défaut d'établir que son état de santé serait tel qu'il nécessiterait des soins qui seraient indisponibles dans son pays d'origine, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée méconnaît les dispositions mentionnées au point 19. Dès lors, le requérant n'est pas protégé de l'éloignement.
11. En deuxième lieu, si M. C soutient que sa présence en France ne constitue aucune menace pour l'ordre public, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a été interpellé le 23 janvier 2020 pour vol en réunion, le 17 mai 2021 pour vol aggravé par deux circonstances et le 7 octobre 2022 pour usage de stupéfiants. Dans ces conditions, compte tenu de la gravité de ces infractions et de leur caractère récent à la date de la décision attaquée, la préfète a pu sans commettre d'erreur d'appréciation estimer que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public.
12. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. "
13. Le requérant ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de l'arrêté attaqué du 8 octobre 2022 de l'illégalité qui affecterait la décision du 23 juillet 2019 portant obligation de quitter le territoire français. Ce moyen est inopérant.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guével, président,
Mme Hélène Defranc-Dousset, première conseillère,
Mme Laura Keiflin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
Le président rapporteur
Benoist GUEVEL
L'assesseure la plus ancienne
Hélène DEFRANC-DOUSSET
Le greffier,
Benoit VESIN
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026