Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203619

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Konate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2022 par lequel la préfète du Loiret a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juin 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guével a été entendu au cours de l'audience publique où les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la République de Guinée né le 1er janvier 1976 à Conakry, déclare être entré en France le 20 avril 2014. Il a sollicité des autorités françaises son admission au séjour au titre de l'asile en raison de craintes en cas de retour dans son pays d'origine. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 27 février 2015, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 novembre 2015. Il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire pris le 23 décembre 2015, à l'exécution duquel il s'est soustrait. M. B a sollicité le réexamen de sa demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 31 octobre 2016 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et confirmée par décision du 9 mai 2017 de la Cour nationale du droit d'asile. L'intéressé a de nouveau fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 1er février 2017 à l'exécution de laquelle il s'est soustrait. Une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 12 octobre 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 12 avril 2019. M. B a sollicité, le 23 mars 2022, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 septembre 2022, la préfète du Loiret lui a refusé cette admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Par un arrêté en date du 27 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Loiret du même jour, la préfète du Loiret a donné délégation à M. Benoît Lemaire, secrétaire général, aux fins de signer " tous arrêtés, décisions, () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

3. L'arrêté en litige mentionne les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des éléments de faits relatifs à la situation administrative et personnelle de M. B. Cet arrêté est par suite suffisamment motivé.

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

5. M. B soutient que c'est à tort que la préfète a refusé de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour fondée sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cette demande de titre de séjour a été enregistrée et instruite et a donc bien fait l'objet d'un examen par l'autorité préfectorale qui a estimé que l'intéressé ne remplissait pas les conditions posées par l'article L. 435-1 du code précité.

6. En se bornant à alléguer qu'il vit en France depuis 2014, M. B ne fait valoir à l'appui de sa requête aucun élément susceptible de constituer une considération humanitaire ou un motif exceptionnel au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code précité. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige a été pris en méconnaissance de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B ne justifie pas d'une intégration particulière nonobstant sa présence sur le territoire français depuis l'année 2014. Il n'établit pas entretenir des relations anciennes, intenses et stables sur le territoire français, ni être dépourvu d'attache dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que la décision refusant l'admission au séjour du requérant n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 22 septembre 2022 par lequel la préfète du Loiret a rejeté la demande d'admission au séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte du requérant doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais du litige

12. Le requérant étant, dans la présente instance, la partie perdante, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

Mme Hélène Defranc-Dousset, première conseillère,

Mme Laura Keiflin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024

Le président,

Benoist GUEVEL

L'assesseure la plus ancienne,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

Le greffier,

Benoit VESIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203619