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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203634

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203634

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203634
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. C A, qui contestait la décision du 22 septembre 2022 prolongeant son placement à l'isolement au centre pénitentiaire d'Orléans-Saran. Le tribunal a jugé que la décision était signée par une autorité compétente, le directeur interrégional par intérim, et que la mesure, fondée sur des faits précis (statut de détenu particulièrement surveillé, perturbations en détention), constituait une mesure de police et non une sanction disciplinaire. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens. Les textes appliqués sont les articles L. 213-8, L. 213-9 et R. 213-18 du code pénitentiaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2022, M. C A, représenté par l'AARPI Themis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 septembre 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a prolongé son placement à l'isolement au sein du centre pénitentiaire d'Orléans-Saran ;

2°) d'enjoindre au directeur interrégional des services pénitentiaires d'ordonner la levée de son placement à l'isolement, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la compétence de l'auteur de la décision attaquée n'est pas démontrée ;

- cette décision, fondée sur des faits matériellement inexacts, est seulement motivée par la volonté de l'empêcher de manifester sa liberté de religion, garantie par l'article 9 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ce alors qu'aucun des faits reprochés ne sont de nature à justifier la mesure de prolongation d'isolement laquelle est ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par une ordonnance du 14 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 4 novembre 2024.

Par un mémoire en défense, non communiqué, enregistré le 15 novembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête par renvoi à ses écritures enregistrées sous le n° 2203636.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bernard ;

- et les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, écroué depuis le 25 octobre 2020, est incarcéré au centre pénitentiaire d'Orléans-Saran depuis le 2 avril 2022, date à laquelle il a fait l'objet d'un placement à l'isolement, prolongé à plusieurs reprises par le chef de l'établissement pénitentiaire. Par une décision du 22 septembre 2022, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a de nouveau prolongé son placement à l'isolement pour la période du 2 octobre 2022 au 2 janvier 2023. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne intéressée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites () Le placement à l'isolement n'affecte pas l'exercice des droits prévus par les dispositions de l'article L. 6, sous réserve des aménagements qu'impose la sécurité () ". Aux termes de l'article L. 213-9 du même code : " Les conditions d'application de la présente section sont fixées par décret en Conseil d'Etat ".

3. En premier lieu, l'article R. 213-24 du code pénitentiaire prévoit qu'" Au terme d'une durée de six mois, le directeur interrégional des services pénitentiaires peut prolonger l'isolement pour une durée maximale de trois mois () ".

4. Au cas d'espèce, la décision attaquée a été signée par M. B D, qui par un arrêté du 5 septembre 2022 du garde des sceaux, ministre de la justice, publié au Journal officiel de la République française du 13 septembre 2022, avait été nommé directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon par intérim à compter du 12 septembre 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 213-18 du code pénitentiaire : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire () ". Une mesure de mise à l'isolement ne constitue pas une sanction disciplinaire mais une mesure de police destiné à garantir le bon ordre au sein de l'établissement. Chaque décision de placement à l'isolement, la première comme les décisions ultérieures de prolongation ou de refus de mainlevée, doit se fonder sur une appréciation des circonstances de fait existantes à la date à laquelle elle est prise et ne dépend pas des décisions précédentes. Il s'ensuit que la nécessité de prolonger la mise à l'isolement de M. A à compter du 2 octobre 2022 doit être appréciée compte tenu du comportement de celui-ci et des risques qu'il fait peser sur le maintien du bon ordre au sein du centre pénitentiaire d'Orléans-Saran.

6. Pour prendre la décision contestée, le directeur interrégional des services pénitentiaires s'est fondé sur la circonstance que M. A est prévenu en matière criminelle pour assassinat d'une autre personne détenue lorsqu'il était écroué au centre de détention de Châteaudun, sur son statut de détenu particulièrement surveillé ainsi que sur la circonstance que l'intéressé perturbe le secteur de détention en hurlant à la fenêtre et exerce des pressions vis-à-vis des personnes détenues dans ce secteur pour les convertir à sa vision de la religion. Il ressort des pièces du dossier que le requérant produit lui-même, que des objets ont été retrouvés dans sa cellule, le 2 août 2022, à savoir une carte SIM, un tapis de prière et des papiers appartenant à un autre détenu, démontrant des échanges avec d'autres personnes malgré l'interdiction qui lui est faite. Il ressort également du procès-verbal d'audition d'un codétenu du 7 septembre 2022 que M. A a adopté à l'égard de ce dernier une attitude prosélyte et intimidante, assortie de propos menaçants concernant les forces de l'ordre. D'une part, le requérant ne conteste pas sérieusement les éléments de fait figurant dans le dossier contradictoire dont il a signé l'accusé de réception le 12 septembre 2022. D'autre part, compte tenu de son profil pénitentiaire et du caractère récent des incidents dont il est à l'origine, le directeur interrégional des services pénitentiaires n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en décidant de prolonger son placement à l'isolement. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 6 du code pénitentiaire : " L'administration pénitentiaire garantit à toute personne détenue le respect () de ses droits. L'exercice de ceux-ci ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles résultant des contraintes inhérentes à la détention, du maintien de la sécurité et du bon ordre des établissements () ". Aux termes de l'article R. 213-18 de ce code : " () La personne détenue placée à l'isolement () conserve ses droits () à l'exercice du culte () ". Aux termes de l'article 9 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites. / La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l'ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Ainsi qu'il l'est exposé au point 6 du présent jugement, la décision en litige est justifiée par la nécessité de préserver le bon ordre et la sécurité au sein de l'établissement pénitentiaire compte tenu notamment de l'attitude prosélyte de M. A envers les autres détenus. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que celui-ci serait empêché, en raison de son placement à l'isolement, de pratiquer sa religion. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier, produites par le requérant lui-même, que l'intéressé bénéficie de visites régulières de l'aumônier. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 9 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 22 septembre 2022 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon prolongeant son placement à l'isolement doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et de celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lesieux, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La rapporteure,

Pauline BERNARD

La présidente,

Sophie LESIEUX

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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