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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203690

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203690

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203690
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantAVERROES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2022, M. B C, représenté par Me Beguide, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète du Loiret sur sa demande de regroupement familial en date du 2 septembre 2021 dont attestation a été donnée le 7 décembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret d'admettre Mme A D au bénéfice du regroupement familial dans un délai de 30 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- il est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 29 septembre 2026, occupe un appartement de 56 m2 et travaille depuis le 31 août 2021 sous couvert d'un CDI pour un salaire d'environ 1 581 euros et par mois ; il a rencontré Mme A D, désormais infirmière en pédiatrie, en 2014, l'a épousée à distance par un mariage coutumier le 25 mai 2018 puis par la représentation de son frère le 30 novembre 2018 devant l'officier d'état civil de Kinshasa ;

- il a présenté en vain une demande de communication des motifs de la décision en litige ;

- la décision méconnaît les articles L. 434-2 et L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire enregistré le 31 janvier 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le 1er décembre 2022 une décision explicite de rejet de la demande a été opposée au requérant au motif notamment que la réalité du mariage dont il se prévaut n'est pas établie ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25 %) par une décision du 19 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lefebvre-Soppelsa,

- et les observations de Me Simon substituant Me Beguide, représentant M. B C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C a présenté une demande de regroupement familial en date du 2 septembre 2021, dont attestation lui a été donnée le 7 décembre 2021, au bénéfice de Mme A D. Par la présente requête, enregistrée le 18 octobre 2022, il a demandé au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète du Loiret sur cette demande. Le 1er décembre 2022, une décision explicite de rejet de la demande lui a été opposée au motif notamment que la réalité du mariage dont il se prévaut n'est pas établie.

Sur l'étendue du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

Sur le refus de regroupement familial :

3. En premier lieu, la décision du 1er décembre 2022 mentionne les éléments de fait et de droit sur lesquels son auteur a entendu se fonder. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". Enfin, aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française ".

5. En cas de contestation de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il revient au juge administratif de former sa conviction en se fondant sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

6. En l'espèce, il est constant que l'acte de mariage produit au soutien de sa demande par le requérant a fait l'objet le 15 mars 2022 d'un avis défavorable émis par le référent fraude de la direction interdépartementale de la police aux frontières d'Orléans au motif qu'il fait référence à un jugement supplétif d'annulation de mariage sujet à caution et pour lequel un avis défavorable a été émis le même jour au motif d'une " incohérence au niveau des timbres humides car les pages du jugement mentionnent " original " et le document n'est pas signé par le juge ni par son greffier " et qu'" en lieu et place de la signature se trouve un timbre humide " copie certifiée conforme " et la signature d'un autre greffier ". Par suite, ainsi que l'a retenu la préfète du Loiret, le requérant, qui au demeurant ne conteste aucunement l'avis défavorable émis le 15 mars 2022, ne bénéficie pas de la présomption qui s'attache aux documents d'état civil des étrangers en application de l'article 47 du code civil. Par suite, il ne peut être regardé comme établissant la réalité du mariage dont il allègue. Dès lors, quelles que soient ses ressources et les caractéristiques de son logement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. Pour les mêmes motifs qu'au point précédent, et alors qu'au demeurant il est constant que le requérant n'a pas cotoyé Mme A D depuis son entrée en France en 2016, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Best-de Gand, première conseillère,

Mme Keiflin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

La présidente-rapporteure,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

L'assesseure la plus ancienne,

Armelle BEST-DE GAND

La greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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