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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203696

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203696

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203696
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP MADRID-CABEZO MADRID-FOUSSEREAU MADRID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 19 octobre 2022, le 23 novembre 2022 et le 6 mars 2023, M. B A, représenté par Me Madrid, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 24 mai 2022 par laquelle la préfète du Loiret lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, ensemble la décision du 10 octobre 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sans examen de sa demande, la préfète qui s'est crue en situation de compétence liée du fait de l'obligation de quitter le territoire du 3 mars 2022 dont il faisait l'objet a commis une erreur de droit ;

- la préfète a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;

- la cellule familiale ne peut se reconstituer en Albanie dès lors que son épouse bénéficie de la protection subsidiaire ;

- il remplit les conditions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision contestée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de l'ensemble des éléments de sa situation et au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision contestée méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la demande présentée par le requérant présente un caractère dilatoire ;

- le requérant ne justifie d'aucun motif exceptionnel ni d'aucune considération humanitaire au sens et pour l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne justifie ni d'une durée de séjour suffisante ni d'une durée de vie commune suffisante et encore moins de son insertion sur le territoire et peut retourner en Albanie le temps d'obtenir un visa de long séjour alors que son épouse et ses enfants ne sont pas isolés sur le territoire ;

- en tant que de besoin, le motif tiré de ce que les arguments apportés par le requérant à l'appui de sa demande ne sont pas de nature à remettre en cause son refus initial peut être substitué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Defranc-Dousset,

- et les observations de Me Tournier, substituant Me Madrid, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant albanais né le 3 juin 1992, est entré sur le territoire français le 16 mai 2017. Il a été interpellé le 2 mars 2022 par les forces de police et après avoir constaté qu'il se maintenait sans titre sur le territoire, la préfète du Loiret a pris à son encontre le 3 mars 2022 un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Le 13 avril 2022, par l'intermédiaire de son conseil, il a sollicité la régularisation de sa situation administrative au regard du séjour. En réponse, par lettre du 24 mai 2022, la préfète l'a invité à exécuter l'obligation de quitter le territoire avant tout examen d'une nouvelle demande. Le 16 juin 2022, M. A a formé un recours gracieux à l'encontre du refus opposé. Par lettre du 10 octobre 2022, la préfète a confirmé son refus de réexamen de sa situation et l'a invité à prendre ses dispositions pour quitter le territoire français. Aux termes de la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 24 mai 2022 ainsi que la décision du 10 octobre 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France de manière régulière le 16 mai 2017, les ressortissants albanais n'étant pas tenu de disposer d'un visa de court séjour pour entrer en France. Il y a rejoint Mme D C, bénéficiaire de la protection subsidiaire depuis juillet 2017 et a vécu chez la mère de cette dernière durant plus de trois ans. Le 17 juin 2019, Mme C a donné naissance à une fille reconnue par M. A et par elle -même le 27 mai 2019. Le couple s'est installé dans son propre logement en février 2021 et M. A a épousé Mme C le 9 octobre 2021. Depuis cette date, M. A réside avec son épouse, laquelle a donné naissance à un second enfant en septembre 2022. Il en résulte qu'alors que la réalité de la vie commune, qui présente un caractère de stabilité certain, est établie, le refus opposé sur la demande de M. A, au seul motif qu'une obligation de quitter le territoire français a été prononcée à son encontre le 3 mars 2022, alors que sa situation personnelle n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi, porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, les décisions de la préfète du Loiret des 24 mai et 10 octobre 2022 doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire ", identique à la carte prévue à l'article L. 424-9 délivrée à l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire, est délivrée à () 2° Son conjoint ou partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est postérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile, à condition que le mariage ou l'union civile ait été célébré depuis au moins un an et sous réserve d'une communauté de vie effective entre époux ou partenaires ; () ".

6. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation des décisions attaquées implique nécessairement, en l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un titre de séjour portant la mention " membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire " soit délivré à M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A, d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions des 24 mai et 10 octobre 2022 de la préfète du Loiret relatives à la situation de M. A sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à M. A dans un délai d'un mois un titre de séjour portant la mention " membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire ".

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Best De Gand, première conseillère,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La rapporteure,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

Le greffier,

Vincent DUNET

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2203696

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