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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203729

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203729

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 octobre 2022 et un mémoire en réplique enregistré le 14 août 2023, Mme A B, représentée par Me Duplantier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 29 juillet 2022 par lequel la préfète du Loiret lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite en cas d'inexécution de celle-ci ;

2°) d'enjoindre à la préfecture du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de reprendre l'instruction de son dossier et de l'admettre au séjour, au besoin sous astreinte de 100 euros par jour de retard à partir d'un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 300 euros, sous réserve qu'elle renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

Concernant l'arrêté contesté dans son ensemble :

- il méconnaît l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de sorte que Mme A B aurait dû se voir notifier un délai de recours de trente jours à compter de la notification de l'arrêté contesté ;

Concernant la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de situation personnelle.

Concernant la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 février 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête de Mme B.

La préfète du Loiret fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 septembre 2022.

Par ordonnance du 25 juillet 2023, la clôture d'instruction est fixée au 7 septembre 2023 à 12 heures.

Vu l'ordonnance du tribunal n° 2300392 du 23 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de M. Lombard, conseiller-rapporteur ;

- Les observations de Mme B.

Les parties n'étaient présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions en annulation :

1. Mme A B, ressortissante ivoirienne, née le 14 février 1956, est entrée sur le territoire français le 7 septembre 2015 en étant munie d'un passeport et d'un visa de court séjour. Elle a présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade le 27 mars 2017, qui lui a été refusé par un arrêté du 4 mai 2018 l'obligeant à quitter le territoire français. En 2019, un cancer du sein lui ayant été diagnostiqué, elle s'est vu délivrer par la préfète du Loiret une carte de séjour temporaire d'une durée de 9 mois valable jusqu'au 27 septembre 2020 au titre de son état de santé. Ce titre de séjour a été renouvelé par un arrêté du 4 janvier 2021 jusqu'au 13 juin 2021. Le 2 août 2021, elle a sollicité un renouvellement de ce titre de séjour, qui lui a été refusé par l'arrêté contesté. Mme B a contesté cet arrêté dans le cadre du présent recours en annulation avant d'introduire une requête en référé suspension. Par une ordonnance du 23 février 2023, le juge des référés du tribunal administratif d'Orléans a suspendu l'exécution de cet arrêté et a enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à la requérante une autorisation provisoire de séjour et de travail dans un délai de 10 jours valable jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond. Mme B s'est vu délivrer une autorisation provisoire de séjour le 28 février 2023 valable jusqu'au 27 août 2023.

Sur l'arrêté contesté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. ". En l'espèce, s'il ressort des pièces du dossier que la préfète du Loiret, en mentionnant un délai de recours de 15 jours à l'encontre de l'arrêté attaqué alors qu'elle avait obligé Mme B à quitter le territoire français en application de l'article L.611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a commis une erreur dans l'indication des délais de recours, ladite erreur a seulement pour effet de rendre inopposable à la requérante le délai de recours contentieux et est en revanche sans incidence sur la légalité des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () /La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, de sa capacité à bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, la préfète du Loiret s'est fondée sur l'avis du collège des médecins du 8 novembre 2021 indiquant que, si l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et effectuer sans risque le voyage de retour. Il ressort des pièces du dossier que, si la requérante conteste cette appréciation, elle produit un certificat médical en date du 10 novembre 2021 adressé au médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration reconnaissant la rémission de son cancer du sein et ajoutant qu'une mammographie et une consultation spécialisée doivent être réalisées une fois par an. La pathologie de la patiente est stabilisée et sans complication et il ressort des pièces du dossier que le suivi annuel peut être réalisé dans son pays d'origine. En outre, le médecin rapporteur indique dans son rapport médical confidentiel destiné au collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que le dossier est " limité à la fiche très laconique de l'oncologue du CHR Orléans ", que seule la pathologie liée à son cancer est prise en compte, qu'elle reste " muette " sur son hypertension artérielle et que l'asthme n'est pas documenté. Si la requérante produit un certificat médical du 14 avril 2022 par lequel son médecin traitant l'adresse à un cardiologue en raison d'une cardiopathie ischémique connue et fait état d'autres pathologies ainsi que de la reconnaissance de son statut de travailleur handicapé, elle n'apporte pas d'éléments permettant de remettre en cause la possibilité qu'elle a de bénéficier d'un traitement dans son pays d'origine pour ces affections. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Loiret a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il y a lieu d'écarter le moyen formulé en ce sens. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

7. Mme B soutient qu'elle est entrée en France le 7 septembre 2015, qu'elle est sujette à diverses pathologies telles que de l'hypertension artérielle et de l'asthme et qu'elle a disposé d'un contrat de travail à durée déterminée. Toutefois, la requérante a bénéficié de titres de séjour en qualité d'étranger malade ne lui donnant pas vocation à s'installer durablement sur le territoire français. Si elle fait valoir qu'elle est insérée professionnellement, dès lors qu'elle a fait l'objet d'un contrat à durée déterminée à temps partiel de manière régulière en qualité d'assistante de vie depuis le 28 août 2021 et qu'elle s'est vue reconnaître la qualité de travailleur handicapé, ces circonstances ne sont pas suffisantes pour justifier un droit au séjour. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 5, son état de santé est désormais stabilisé et ne présente aucune complication actuelle justifiant son admission sur le territoire français. Enfin, la requérante, qui ne démontre pas être particulièrement insérée dans la société française, est célibataire, sans charge de famille et ne démontre pas être isolée dans son pays d'origine où elle a vécu la plus grande partie de sa vie et où vivent ses deux enfants majeurs. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer son titre de séjour, la préfète du Loiret n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

8. En dernier lieu, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation de la requérante.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 juillet 2022 en tant qu'il lui refuse le titre de séjour sollicité. Par suite, ses conclusions présentées à cette fin doivent être rejetées.

Sur la décision d'obligation de quitter le territoire français :

10. Il résulte de ce qui précède que la décision de refus du titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Dès lors, le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité doit être écarté.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

12. Par voie de conséquence du rejet des conclusions principales, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

M. Lombard, premier conseiller,

Mme Pajot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

Le rapporteur,

Alexandre LOMBARD

Le président,

Benoist GUEVEL

Le greffier,

Benoît VESIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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