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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203730

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203730

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203730
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantHERVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 25 octobre 2022, enregistrée le 25 octobre 2022, le président du tribunal administratif de Paris transmet au tribunal administratif d'Orléans la requête présentée par M. A B en application des articles R. 312-8 et R. 351-3 du code de justice administrative.

Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2022 au greffe du tribunal administratif de Paris, et un mémoire enregistré le 13 décembre 2022 au greffe de ce tribunal, M. D A B, représenté par Me Grégoire Hervet, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2022 du préfet des Hauts-de-Seine l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, fixant la Tunisie comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder, dès la notification du jugement à intervenir, à l'effacement de son identité dans le système d'information Schengen et à toute autorité administrative compétente de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Il soutient que :

- le tribunal administratif d'Orléans est compétent territorialement pour connaître de sa requête ;

- l'obligation de quitter le territoire n'a pas été précédée d'un examen de situation individuelle, n'est pas motivée, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire, n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi n'est pas motivée ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire, n'est pas motivée et n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 6 avril 1991, est entré régulièrement en Italie le 26 mai 2018 sous couvert d'un visa délivré par les autorités italiennes valable du

25 mai au 20 juin 2018 pour rendre visite à sa famille. Il a depuis lors résidé en France. Il a été interpellé le 19 octobre 2022 par les services de police de Bois-Colombes pour vérification de son droit au séjour. Par l'arrêté attaqué du 19 octobre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination du pays dont il détient la nationalité et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, le requérant soutient que la préfète n'a pas procédé à un examen individuel de sa situation en faisant valoir que l'arrêté attaqué mentionne qu'il est algérien alors qu'il est tunisien. Toutefois, l'arrêté attaqué rappelle ses conditions d'entrée et de séjour en France et sa situation familiale. Le requérant ne conteste pas ces éléments. Par suite, même si l'arrêté mentionne, par erreur, qu'il est né le 6 avril 1991 à Alger et qu'il est de nationalité algérienne alors qu'il est né le 6 avril 1991 à Maharès en Tunisie et qu'il est de nationalité tunisienne, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas examiné sa situation.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

4. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 19 octobre 2022 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant, notamment relatifs à sa situation familiale, à raison desquels le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination de son pays d'origine. Cette motivation n'est pas stéréotypée. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Le requérant se prévaut de ces stipulations en faisant valoir qu'il vit en France depuis quatre ans et qu'il y possède de nombreux liens privés et familiaux. Toutefois, il est entré assez récemment en France et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Par ailleurs, il ne justifie pas de liens familiaux ou amicaux intenses, stables et durables en France. En outre, il est célibataire et sans charge de famille. Il n'allègue pas être dépourvu de tous liens familiaux dans son pays d'origine dans lequel il a résidé jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. Dans ces conditions, compte tenu notamment des conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs et même si l'intéressé dispose d'un emploi, l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Sur la décision de refus d'un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire ; () ".

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté d'obligation de quitter le territoire, que le refus d'accorder au requérant un délai de départ volontaire a été pris sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 et de celles des 2° et 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que le requérant ne justifiait d'aucune circonstance particulière pour s'être maintenu irrégulièrement sur le territoire français, qu'il n'avait jamais sollicité de titre de séjour et qu'il a déclaré, lors de son audition par les services de police, qu'il n'envisageait pas un retour dans son pays d'origine et qu'il ne se conformera donc pas à la mesure d'éloignement.

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus d'un délai de départ volontaire est irrégulière en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont motivées. ". Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort de ce qui a été dit au point 8 que la décision de refus d'un délai de départ volontaire est suffisamment motivée.

11. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen de sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

12. Le requérant soutient que la décision fixant le pays de renvoi n'est pas motivée. Toutefois, dès lors que l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée et que lors de son interpellation, il n'a pas indiqué qu'il craignait pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine, la décision fixant le pays de renvoi doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme suffisamment motivée.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (). Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 621-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et

L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

14. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

15. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est irrégulière en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.

17. En deuxième lieu, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français attaquée du 19 octobre 2022 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration, et notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs à l'interdiction de retour sur le territoire et mentionne que le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, qu'il fait valoir sa présence en France depuis mai 2018, que sa situation familiale ne fait pas état de fortes attaches sur le territoire et que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, la durée d'interdiction de retour d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, il ressort de ce qui a été dit au point 15 que le préfet des Hauts-de-Seine n'était pas tenu de mentionner expressément que la présence de l'intéressé ne représentait pas une menace pour l'ordre public dès lors qu'il ne retenait pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision. Ainsi, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen de sa situation personnelle.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel C

Le greffier,

Roger MBELANILa République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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