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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203741

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203741

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203741
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGREFFARD-POISSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Bénédicte Greffard-Poisson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 juillet 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocate de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la compétence du médecin chargé de rédiger le rapport remis au collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et la compétence du collège de médecins auteur de l'avis définitif ne sont pas démontrées ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté en date du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Lombard.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 20 juin 1958 à Pursat et de nationalité cambodgienne, est entré régulièrement en France le 8 avril 2016 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 1er avril au 30 juin 2016. Le 26 juillet 2016, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Par une décision du 31 janvier 2017, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande, décision confirmée le 28 juin 2017 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 29 juillet 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Le 19 juillet 2022, la préfète du Loiret a pris à son encontre un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté en date du 27 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Loiret du même jour, la préfète du Loiret a donné délégation à M. Benoît Lemaire, secrétaire général, aux fins de signer " tous arrêtés, décisions, () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions refusant la délivrance de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration daté du 9 novembre 2021, qu'il comporte le nom, la qualité et la signature des trois médecins membres du service médical de l'office l'ayant émis. Est également produite en défense la décision du 28 janvier 2021 modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, attestant de la compétence des trois médecins signataires de l'avis. Par ailleurs, il ressort du même avis que l'auteur du rapport, le docteur C, est bien compétent et n'a pas siégé au sein du collège. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du médecin chargé de rédiger le rapport et des médecins ayant rendu l'avis du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. ". Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif ou non à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la préfète du Loiret a estimé au vu des éléments du dossier de M. B, et notamment de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, toutefois, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, tandis que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers ce pays. Si le requérant soutient souffrir d'une dépression, d'une pathologie thyroïdienne et d'une cataracte bilatérale et produit quatre ordonnances médicamenteuses datant de 2021 et 2022, il ne démontre pas, par les seules pièces produites, rédigées en termes généraux, que le traitement dont il bénéficie ne pourrait pas être administré dans son pays d'origine. La circonstance que ses faibles ressources ne lui permettraient pas d'accéder à ces traitements n'est pas davantage établie. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 9° de l'article L. 611-3 du même code doit être écarté.

7. En dernier lieu, M. B soutient qu'il dispose d'attaches familiales en France, en la personne de sa sœur, réfugiée cambodgienne en séjour régulier. Cependant, il ressort des pièces du dossier que ce n'est qu'à l'âge de 57 ans qu'il a quitté son pays d'origine, où résident toujours ses 6 enfants ainsi que la plupart des autres membres de sa famille. De plus, il ne justifie d'aucune insertion dans la société française, que ce soit sur le plan personnel ou sur le plan professionnel. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée de la préfète du Loiret est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions en injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

M. Lombard, premier conseiller, rapporteur,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le rapporteur,

A. LOMBARD

Le président,

B. GUÉVEL

Le greffier,

B. VESIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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