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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203752

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203752

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203752
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Duplantier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète du Loiret du 22 septembre 2022 portant refus d'admission au séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de reprendre l'instruction de son dossier et de l'admettre au séjour, au besoin sous astreinte de 100 euros par jour de retard à partir d'un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle ne conteste pas ne pas remplir les conditions d'âge et de résidence habituelle en France avec l'un de ses parents, posées par l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dès lors qu'elle entre dans le cas prévu par l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de non-opposabilité du visa de long séjour, puisqu'elle a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur dans l'appréciation du caractère sérieux de ses études ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

La requête a été communiquée à la préfète du Loiret qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique, autorisée par Mme Rouault-Chalier, présidente de la formation de jugement, a été dispensée, sur sa proposition, d'avoir à prononcer des conclusions.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rouault-Chalier ;

- et les observations de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, de nationalité congolaise, est née le 16 février 2003 en France avant de repartir dans son pays d'origine lorsqu'elle était encore enfant. Elle est revenue en France le 17 août 2016 munie d'un visa court séjour et est venue vivre chez un ami de ses parents, M. C auquel le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Montargis a délégué l'exercice partiel de l'autorité parentale par jugement du 28 septembre 2018. Devenue majeure, Mme A a sollicité, le 31 octobre 2021 auprès de la préfecture du Loiret, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 septembre 2022, la préfète du Loiret a refusé de faire droit à la demande de l'intéressée et a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout pays dans lequel elle est légalement admissible. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, il ne résulte ni de la motivation de l'arrêté en litige, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Loiret, pour refuser le titre sollicité, n'aurait pas tenu compte de l'ensemble des éléments qui lui étaient soumis. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de la requérante doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable.

Pour l'application du premier alinéa, la filiation s'entend de la filiation légalement établie, y compris en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. ".

4. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du formulaire d'admission exceptionnelle au séjour renseigné le 31 octobre 2021 par Mme A et produit par cette dernière à l'appui de sa requête, qu'elle a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en cochant la case " jeune majeur ", laquelle renvoie aux dispositions précitées de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, il est constant que la requérante a passé son enfance dans son pays d'origine avec ses parents et n'est revenue qu'à l'âge de treize ans et demi en France, où elle a été prise en charge par un ami de ses parents. Ainsi, Mme A n'ayant pas résidé habituellement en France avec l'un de ses parents jusqu'à l'âge de treize ans, la préfète du Loiret a pu à bon droit refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète du Loiret, alors même qu'il n'est pas établi ni même soutenu qu'elle aurait été saisie d'une demande présentée à ce titre, a également examiné la situation de Mme A au regard de la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour refuser d'admettre la requérante au séjour à ce titre, la préfète s'est fondée sur la circonstance que l'intéressée ne justifiait pas de la détention du visa de long séjour exigé par l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment des certificats de scolarité qu'elle produit, lesquels attestent de son inscription au titre de l'année scolaire 2016/2017 en classe de troisième du collège Pablo Picasso à Chalette-sur-Loing, puis au lycée Durzy de Villemandeur où elle a été inscrite de la seconde à la terminale et, enfin, de son inscription en première puis deuxième année de licence en droit à l'université d'Orléans, que Mme A, qui est entrée régulièrement en France, a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuivait des études supérieures à la date de l'arrêté attaqué. La requérante est par suite fondée à soutenir que la préfète du Loiret a commis une erreur de droit en refusant de lui accorder un titre de séjour portant la mention " étudiant " au motif de l'absence de visa long séjour.

7. Toutefois, la préfète a également fondé son refus à ce titre sur le défaut de caractère sérieux des études de Mme A en retenant que dans le cadre de son parcours universitaire, elle ne justifie que de notes inférieures à la moyenne avec une moyenne de 8,395/20 à sa première année de licence, une moyenne de 9,923/20 à sa première année de licence en tant qu'étudiante ajournée autorisée à continuer (AJAC) et une moyenne de 5,913/20 au troisième semestre de deuxième année de licence. Pour contester cette appréciation, Mme A, dont il ressort des pièces du dossier qu'elle était inscrite pour l'année universitaire 2022-2023 en deuxième année de licence de droit général à Orléans, a produit à l'instance un relevé de notes et de résultats justifiant, selon ses dires, qu'elle a validé son premier semestre. Cependant, ce document qui, s'il mentionne qu'elle a été admise dans un certain nombre d'unités d'enseignement, fait également apparaître qu'elle a été ajournée dans six matières, dont le droit de la responsabilité civile, le droit pénal général et le droit administratif, ne permet pas à lui seul d'établir une progression réelle et régulière de l'intéressée dans son cursus débuté en 2020. De même, la circonstance qu'elle fait preuve d'assiduité, à la supposer suffisamment établie par les deux attestations de chargés d'enseignement qu'elle produit indiquant qu'elle a suivi les travaux dirigés en droit constitutionnel et en droit de la responsabilité civile au cours de l'année universitaire 2021-2022, ne suffit pas à établir qu'elle suit ses études à l'université avec sérieux. Par suite, la préfète du Loiret n'a pas commis d'erreur d'appréciation en retenant ce motif, et il résulte de l'instruction qu'elle aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme A.

8. En quatrième lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 septembre 2022 de la préfète du Loiret doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que de celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Le requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Vieville, premier conseiller,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

La présidente-rapporteure,

Patricia ROUAULT-CHALIER

L'assesseur le plus ancien,

Sébastien VIEVILLE La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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