jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2203827 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TOUBALE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Toubale, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2022 par lequel la préfète du Loiret a décidé son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2022 par lequel la préfète du Loiret l'a assigné à résidence dans le département du Loir-et-Cher pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable avec obligation de se présenter les lundis et mercredis à 8 heures 30 au commissariat de Blois ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer son dossier ;
4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le délai d'un an.
Il soutient que :
- il n'a pas bénéficié, dans une langue comprise par lui, de l'information prévue par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 s'agissant de la mise en œuvre du règlement, de ses effets et de ses délais, ni de l'assistance linguistique prévue par l'article 27-5 du même règlement ; en effet, l'interprète qui l'a assisté ne présentait pas les qualités requises pour assurer une traduction satisfaisante ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de son état de santé et du climat politique italien défavorable aux étrangers ;
- la décision portant assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant transfert.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement européen (UE) n° 604/2013 du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 777-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né en 1979, est entré et s'est maintenu sur le territoire français de manière irrégulière. Le 3 juin 2022, il s'est présenté aux services de la préfecture du Loiret pour solliciter son admission au titre de l'asile. La consultation du fichier Eurodac a révélé qu'il avait sollicité l'asile auprès des autorités italiennes préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France. Les autorités italiennes ont dès lors été saisies, le 19 juillet 2022, d'une demande de reprise en charge du requérant sur le fondement de l'article 18-1 b du règlement n° 604/2013 visé ci-dessus et ont donné leur accord implicite le 3 août 2022. La préfète du Loiret, par un arrêté du 3 octobre 2022, notifié le 25 octobre suivant, a décidé le transfert de M. A aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile et, par un arrêté du 4 octobre 2022, également notifié le 25 octobre 2022, a assigné l'intéressé à résidence dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". En outre, aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
3. M. A a formulé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Par conséquent, en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre l'intéressé, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de transfert :
4. En premier lieu, l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 visé ci-dessus consacre un droit à l'information du demandeur qui porte, notamment, sur les critères de détermination de l'Etat membre responsable. Cet article prévoit un document d'information sur les droits et obligations des demandeurs d'asile, dont la remise doit intervenir au début de la procédure d'examen des demandes d'asile pour permettre aux intéressés de présenter utilement leur demande aux autorités compétentes. Il appartient aux autorités compétentes des Etats membres d'informer le demandeur d'asile sur l'application du règlement, par écrit et dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement penser qu'il la comprend, en utilisant les brochures communes rédigées par la Commission.
5. Il ressort des pièces du dossier que, le 3 juin 2022, M. A s'est vu remettre les brochures d'information en langue arabe, langue qu'il a déclaré comprendre, et qu'il a bénéficié, le même jour, d'un entretien individuel mené par l'intermédiaire d'une interprète en langue arabe maghrébin de la société ISM interprétariat, au cours duquel toutes les informations utiles au traitement de sa demande d'asile ont été recueillies. Si le requérant fait valoir que l'interprète qui l'a assisté ne présentait pas les compétences requises pour assurer une traduction satisfaisante, il ne ressort pas du résumé du contenu de l'entretien que l'interprète n'aurait pas assuré une traduction dans une langue comprise par l'intéressé. Il ne ressort pas davantage de ce même compte-rendu, l'existence de difficultés de communication avec l'interprète durant l'entretien qui permettraient d'écarter les documents signés par M. A attestant de la remise des documents d'information requis dans une langue comprise par l'intéressé ainsi que des informations communiquées oralement. Le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 doit, par suite, être écarté.
6. En deuxième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 27 § 5 du règlement précité pour soutenir qu'il aurait dû être assisté d'un interprète, ces dispositions n'ayant vocation à s'appliquer qu'aux procédures juridictionnelles.
7. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
8. M. A soutient que la préfète du Loiret a méconnu les stipulations précitées dès lors que son état de santé ne lui permet pas de quitter la France pour se rendre en Italie, pays dans lequel, par ailleurs, le climat politique actuel n'est pas favorable aux étrangers. Toutefois, si le requérant produit à l'appui de sa requête des bilans et résultats d'examens médicaux mentionnant qu'il souffre de douleurs au poignet et de douleurs abdominales persistantes s'accompagnant de diarrhées et de vomissements, ces documents, au demeurant tous datés de juillet et août 2022, ne permettent pas d'établir que les affections dont il se plaint ne pourraient pas faire l'objet d'une prise en charge et d'un suivi en Italie, ou feraient obstacle à son voyage vers ce pays qui sera, en tout état de cause, informé de son état de santé au moment de son transfert conformément aux articles 31 et 32 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par ailleurs, M. A, en se bornant à reproduire dans sa requête un article de presse paru le 5 octobre 2022 dans un journal français, ne démontre pas que la situation générale qui règne en Italie et l'organisation mise en place par les autorités de ce pays, ne permettraient pas d'assurer, à la date à laquelle l'arrêté en litige a été pris, un niveau de protection suffisant aux demandeurs d'asile. Enfin, aucun élément ne permet d'établir que le requérant serait exposé, en cas de transfert en Italie, à des traitements inhumains et dégradants au sens de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit être écarté en toutes ses branches.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :
9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que l'arrêté portant transfert de M. A aux autorités italiennes n'est pas entaché des illégalités alléguées. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté portant assignation à résidence est dépourvu de base légale.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 octobre 2022 de la préfète du Loiret portant transfert aux autorités italiennes et de son arrêté du 4 octobre 2022 l'assignant à résidence, doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont le versement est demandé par M. A au profit de son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.
La magistrate désignée,
Patricia C
Le greffier,
Roger MBELANI
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026