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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203848

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203848

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203848
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantFROUJY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 octobre 2022 et 31 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Asmaa Froujy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 48 heures sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'erreurs de fait ;

- il est affecté d'erreur de droit, le préfet lui ayant à tort opposé la condition du visa de long séjour, et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- il méconnait la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 décembre 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 22 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2023.

Par une ordonnance du 10 février 2023, l'instruction a été rouverte.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guével a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 29 septembre 1992, de nationalité marocaine, déclare être entré en France le 1er janvier 2015. Il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français prise le 24 janvier 2020 à l'exécution de laquelle il s'est soustrait. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 15 décembre 2021. Le préfet de Loir-et-Cher, par un arrêté du 28 septembre 2022, lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée par un étranger sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. En l'espèce, M. B se prévaut de ce qu'il réside sur le territoire français depuis janvier 2015, qu'il vit avec son épouse, compatriote marocaine, avec laquelle il a eu deux enfants nés le 2 septembre 2018 et le 22 août 2021, dont l'aînée est scolarisée en maternelle, et qu'il exerce le métier de coiffeur dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée et perçoit une rémunération de 1 350 euros par mois, qu'il maîtrise parfaitement la langue française, qu'il est inconnu des services de police et ne constitue nullement une menace pour l'ordre public. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'épouse du requérant est elle-même sous le coup d'une mesure d'éloignement et que le service de la main d'œuvre étrangère (Smoe) a émis le 21 janvier 2022 un avis défavorable à son embauche pour non-respect du Smic et donc rejeté la demande d'autorisation de travail présentée par son employeur. Aussi, les éléments invoqués par le requérant ne constituent pas des circonstances humanitaires ni des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le préfet a opposé à tort la condition de visa de long séjour à l'intéressé, il ressort des pièces du dossier qu'il aurait pris la même décision de refus de séjour s'il n'avait retenu que les autres motifs fondant cette décision. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. Pour les motifs exposés au point 4, et dès lors que M. B ne justifie pas d'une intégration particulière sur le territoire français et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans le pays d'origine commun à son épouse et lui-même, où rien ne fait obstacle à la poursuite de la vie conjugale et familiale du couple et de leurs deux jeunes enfants, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ces décisions sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

7. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. /(). ".

8. Pour les motifs exposés aux points 4 et 6, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que la décision refusant l'admission au séjour du requérant n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté la demande d'admission au séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais du litige

12. Le requérant étant, dans la présente instance, la partie perdante, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

Mme Hélène Defranc-Dousset, première conseillère,

Mme Laura Keiflin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le président rapporteur,

Benoist GUÉVEL

L'assesseure la plus ancienne,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

Le greffier,

Benoît VESIN

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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