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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203858

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203858

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203858
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 octobre 2022 et le 28 juin 2023, le syndicat des vignerons de l'aire d'appellation Vouvray, la SCI Mirandole et M. B C, représentés par Me Poitout, demandent au tribunal :

1°) d'enjoindre au pétitionnaire, avant de dire droit, de communiquer l'autorisation des propriétaires l'autorisant à déposer un dossier de permis de construire sur leur parcelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a délivré à l'office public Val Touraine Habitat un permis de construire valant autorisation de travaux pour la construction d'une gendarmerie, de treize logements de fonction et trente-huit places de stationnement, route de Monnaie sur le territoire de la commune de Vouvray ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils disposent d'un intérêt à agir ;

- le pétitionnaire n'est pas propriétaire des terrains d'assiette du projet de sorte qu'il n'a pas qualité pour déposer la demande de permis de construire, en méconnaissance de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet en ce qu'il ne comprend pas de plan de masse de l'existant et de notice architecturale faisant apparaître les arbres existants, en méconnaissance des dispositions des articles R. 431-8 et R. 431-9 du code de l'urbanisme, ce qui a induit en erreur le service instructeur ;

- le dossier ne comprend pas d'autorisation de défrichement et de récépissé, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-19 du code de l'urbanisme ;

- le projet n'a pas été soumis à une étude d'impact, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme et des articles L. 122-1 et R. 122-2 du code de l'environnement ;

- le permis de construire n'est pas assorti de prescriptions spéciales, en méconnaissance de l'article R. 122-14 du code de l'environnement ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article A10 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article A13 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté ne prévoit aucune mesure compensatoire notamment la création d'une haie bocagère, en méconnaissance de la délibération du 24 mai 2018 ayant approuvé le STECAL et de l'autorité de la chose jugée ;

- le projet est incompatible avec l'orientation d'aménagement et de programmation du secteur Ag ;

- le préfet aurait dû prévoir des prescriptions en application du R. 111-4 du code de l'urbanisme ;

- l'absence de mesures compensatoires constitue un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le préfet d'Indre et Loire conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Il soutient que :

- les requérants ne disposent pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par le syndicat des vignerons de l'aire d'appellation Vouvray et autres ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 23 mai 2023 et un mémoire enregistré le 21 juillet 2023, non communiqué, l'office public de l'habitat Val Touraine habitat, représenté par Me Bosquet, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de chacun des requérants la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les requérants ne disposent pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par le syndicat des vignerons de l'aire d'appellation Vouvray et autres ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code forestier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pajot,

- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Poitout, représentant les requérants, de Me Bosquet représentant Val Touraine Habitat et de Mme D et Mme A, représentant le préfet d'Indre-et-Loire.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 24 mai 2018, la communauté de communes Touraine-Est Vallées a adopté la déclaration de projet relative à la construction d'une brigade de gendarmerie au lieu-dit " Les Quarts de la Gaudrelle " sur le territoire de la commune de Vouvray et approuvé la mise en compatibilité du plan local d'urbanisme de Vouvray. Le 28 décembre 2021, l'office public de l'habitat Val Touraine Habitat a déposé une demande de permis de construire en vue de la construction d'une gendarmerie et de treize logements de fonction et trente-huit places de stationnement. Par un arrêté du 2 septembre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire a accordé le permis de construire valant autorisation de travaux. Par la requête ci-dessus analysée, les requérants demandent l'annulation de l'arrêté du 2 septembre 2022.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 431-5 du même code : " La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ".

3. Il résulte de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 cité ci-dessus. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Toutefois, lorsque l'autorité saisie de la demande vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir le caractère frauduleux de cette attestation ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser pour ce motif le permis sollicité.

4. En l'espèce, alors qu'il ne peut être exigé du pétitionnaire qu'il justifie d'un titre de propriété ou de tout autre document l'autorisant à engager des travaux sur le terrain d'assiette du projet dont il n'est pas propriétaire, il ressort du formulaire Cerfa de demande de permis de construire que le pétitionnaire a attesté avoir qualité pour présenter sa demande. Par ailleurs, les requérants n'établissent pas, par leurs allégations, que le service instructeur aurait disposé, au moment où il a statué, d'informations de nature à établir le caractère frauduleux de cette attestation, la seule circonstance que le pétitionnaire ne justifie pas d'un titre de propriété sur le terrain d'assiette du projet n'étant pas constitutive d'une fraude. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme précitées doit être écarté.

5. Compte tenu de ce qui précède, les conclusions des requérants tendant à ce qu'il soit enjoint au pétitionnaire de produire l'autorisation des propriétaires des parcelles d'implantation du projet sont dépourvues d'utilité et doivent être rejetées.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; () / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer () ". Aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître () les plantations maintenues, supprimées ou créées () ".

7. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le dossier de demande de permis de construire comprend une notice architecturale qui précise que " Le terrain a fait l'objet d'un relevé topographique indiquant le positionnement des arbres de plus de 4m " et que " conformément au PLU, pour chaque arbre de plus de 4m ne pouvant être conservé, le double de la même essence sera replanté, notamment à l'Ouest du site où le projet prévoit un recul d'environ 15m afin de procéder à une majeure partie des plantations à effectuer ". Par ailleurs, le plan de masse et le plan de situation joints au dossier de demande de permis font bien état de la végétation présente sur le site. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le service instructeur aurait été induit en erreur du fait de l'incomplétude du dossier sur les arbres existants. Le moyen sera dès lors écarté.

8. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 425-6 du code de l'urbanisme : " Conformément à l'article L. 341-7 du nouveau code forestier, lorsque le projet porte sur une opération ou des travaux soumis à l'autorisation de défrichement prévue aux articles L. 341-1 et L. 341-3 du même code, celle-ci doit être obtenue préalablement à la délivrance du permis ". Aux termes de l'article R. 431-19 du même code : " Lorsque les travaux projetés nécessitent une autorisation de défrichement en application des articles L. 341-1, L. 341-3 ou L. 214-13 du code forestier, la demande de permis de construire est complétée par la copie de la lettre par laquelle le préfet fait connaître au demandeur que son dossier de demande d'autorisation de défrichement est complet, si le défrichement est ou non soumis à reconnaissance de la situation et de l'état des terrains et si la demande doit ou non faire l'objet d'une enquête publique. " Aux termes de l'article L. 341-1 du code forestier : " Est un défrichement toute opération volontaire ayant pour effet de détruire l'état boisé d'un terrain et de mettre fin à sa destination forestière () " Aux termes de l'article L. 341-3 de ce code, dans sa version applicable au litige : " Nul ne peut user du droit de défricher ses bois et forêts sans avoir préalablement obtenu une autorisation () ". Aux termes de l'article L. 111-2 du même code : " Sont considérés comme des bois et forêts au titre du présent code les plantations d'essences forestières et les reboisements ainsi que les terrains à boiser du fait d'une obligation légale ou conventionnelle. () " Enfin, aux termes de l'article L. 342-1 dudit code, dans sa version applicable au litige : " Sont exemptés des dispositions de l'article L. 341-3 les défrichements envisagés dans les cas suivant : () 4° Dans les jeunes bois de moins de trente ans sauf s'ils ont été conservés à titre de réserves boisées ou plantés à titre de compensation en application de l'article L. 341-6 ou bien exécutés dans le cadre de la restauration des terrains en montagne ou de la protection des dunes. "

9. Il résulte de l'application combinée de ces dispositions que, lorsque le projet nécessite une autorisation de défrichement, elle doit être obtenue préalablement à la délivrance du permis de construire.

10. Il ressort des pièces du dossier et notamment d'une photographie aérienne des parcelles d'implantation datée de 1991 que celles-ci ne comportaient pas de bois. Le préfet d'Indre-et-Loire fait valoir, sans être sérieusement contesté, que si le terrain d'assiette du projet comprend actuellement quelques bouleaux et un boisement en cours de constitution, ce bois est âgé de moins de trente ans. Ainsi, et à supposer même que le terrain soit considéré comme un bois au sens de l'article L. 341-1 du code forestier, le projet est exempté d'autorisation en application du 4° de l'article L. 342-1 du code forestier. Par suite, le moyen tiré du défaut d'obtention préalable d'une autorisation de défrichement doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " La demande de permis de construire précise : () j) S'il y a lieu, que les travaux portent sur un projet soumis à autorisation environnementale en application de l'article L. 181-1 du code de l'environnement ; () "

12. Les requérants se fondent sur les dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme pour soutenir que le projet devait faire l'objet d'une étude d'impact du fait de sa nature de déboisement en vue de la reconversion des sols. Or, ces dispositions, qui prévoient que la demande de permis de construire précise, s'il y a lieu, que les travaux portent sur un projet soumis à autorisation environnementale en application de l'article L. 181-1 du code de l'environnement, n'ont ni pour objet ni pour effet d'exiger qu'un projet, même ayant la nature d'un " déboisement en vue de la reconversion des sols ", soit soumis à étude d'impact. Par suite, et alors qu'en tout état de cause, le projet ne figure pas parmi les projets soumis à autorisation environnementale, le moyen tiré de la méconnaissance du j) de l'article R. 431-5 doit être écarté.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : / a) L'étude d'impact ou la décision de l'autorité environnementale dispensant le projet d'évaluation environnementale lorsque le projet relève du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement. L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'urbanisme vérifie que le projet qui lui est soumis est conforme aux mesures et caractéristiques qui ont justifié la décision de l'autorité environnementale de ne pas le soumettre à évaluation environnementale ; () ". Aux termes du II de l'article L. 122-1 du code de l'environnement : " Les projets qui, par leur nature, leur dimension ou leur localisation, sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine font l'objet d'une évaluation environnementale en fonction de critères et de seuils définis par voie réglementaire et, pour certains d'entre eux, après un examen au cas par cas. () ".

14. Aux termes du premier alinéa du I de l'article R. 122-2 du code de l'environnement : " Les projets relevant d'une ou plusieurs rubriques énumérées dans le tableau annexé au présent article font l'objet d'une évaluation environnementale, de façon systématique ou après un examen au cas par cas, en application du II de l'article L. 122-1, en fonction des critères et des seuils précisés dans ce tableau. " Dans le tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement, la catégorie de projets " 47. Premiers boisements et déboisements en vue de la reconversion de sols " inclut dans la rubrique " Projets soumis à évaluation environnementale " les " Défrichements portant sur une superficie totale, même fragmentée, égale ou supérieure à 25 hectares " et dans la rubrique " Projets soumis à examen au cas par cas " les " Défrichements soumis à autorisation au titre de l'article L. 341-3 du code forestier en vue de la reconversion des sols, portant sur une superficie totale, même fragmentée, de plus de 0,5 hectare " et les " Autres déboisements en vue de la reconversion des sols, portant sur une superficie totale, même fragmentée, de plus de 0,5 hectare. " D'autre part, l'annexe III de la directive 2011/92/UE du 13 décembre 2011 fixe trois séries de critères visant à déterminer si les projets devraient faire l'objet d'une évaluation des incidences sur l'environnement, relatifs à la caractéristique des projets, à leur localisation et aux types et caractéristiques de l'impact potentiel.

15. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet, alors même qu'il nécessite l'abattage d'arbres ayant poussé depuis 1991 sur des parcelles antérieurement exploitées à des fins agricoles, inclurait un " premier déboisement en vue de la reconversion des sols ", au sens de la catégorie visée par la rubrique 47 dans le tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet aurait dû faire l'objet d'une étude d'impact en application des dispositions précitées aux points 13 et 14. En outre, les requérants n'établissent pas en quoi le projet serait susceptible d'avoir un tel impact sur l'environnement qu'une étude de ses incidences eut été nécessaire en application des critères fixés par la directive 2011/92/UE du 13 décembre 2011. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que le projet autorisé par l'arrêté en litige serait irrégulier, ni que le dossier était incomplet, en ce qu'il n'avait pas été précédé d'une étude d'impact, le projet ayant au demeurant fait antérieurement l'objet d'une évaluation environnementale dans le cadre de la déclaration de projet ayant institué le secteur de taille et capacité d'accueil limitées (STECAL).

16. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 122-14 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable : " Les projets ou parties de projets mentionnés au I de l'article L. 122-3-4 sont désignés : / - par décision du ministre de la défense s'il estime que l'application des dispositions de la présente section irait à l'encontre des intérêts de la défense nationale ; / - par décision du ministre de l'intérieur, prise après information du ministre chargé de l'environnement, s'il estime que l'application des dispositions de la présente section irait à l'encontre de la réponse à des situations d'urgence à caractère civil. A l'exception des situations d'urgence à caractère civil affectant l'ensemble du territoire métropolitain ou du territoire national, le ministre de l'intérieur peut déléguer son pouvoir de décision au préfet de département, selon des modalités fixées par arrêté de ce ministre. "

17. Si les requérants soutiennent que le projet autorisé par le permis de construire devait être assorti des prescriptions spéciales en application des dispositions de l'article R. 122-14 du code de l'environnement, il résulte toutefois de ces dispositions, dans leur rédaction applicable, n'ont pas cet effet. Par ailleurs, et en tout état de cause, il résulte de ce qui a été dit au point 15 que le projet n'était pas soumis en application des dispositions du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement à une étude d'impact imposant à l'auteur de la décision attaquée d'assortir l'autorisation de prescriptions spéciales. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces prescriptions doit être écarté.

18. En septième lieu, aux termes de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme : " () Les accès doivent être aménagés de façon à ne pas entraîner de risques pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu notamment de la position des accès, de leur configuration, ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. Le nombre des accès sur les voies publiques peut être limité dans l'intérêt de la sécurité. En particulier lorsque le terrain est desservi par plusieurs voies, les constructions peuvent être autorisées sous réserve que l'accès soit établi sur la voie où la gêne pour la circulation sera la moindre. () "

19. D'une part, si les requérants se prévalent de ce que le projet ne serait pas conforme au référentiel d'expression des besoins du ministère de la défense en ce qu'il prévoit deux accès, ledit référentiel ne constitue pas un document opposable aux permis de construire. Par ailleurs et en tout état de cause, l'office public Val Touraine Habitat fait valoir, sans être sérieusement contredit sur ce point, que la dernière version du référentiel d'expression, datée d'avril 2017, prévoit bien deux accès.

20. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le permis litigieux comporte deux accès destinés aux véhicules : le premier ouvre sur une allée menant aux treize logements de fonction implantés en fond de parcelle ; le second conduit aux locaux de service et locaux techniques de la gendarmerie. La notice architecturale précise qu'en matière de stationnement, le projet prévoit un parking de cinq places situé à l'extérieur de l'enceinte de la caserne et implanté en face de l'entrée des locaux de service, perpendiculairement à la route de Monnaie, une zone de stationnement de cinq places réservées aux gendarmes dans la cour de service des locaux administratifs, vingt et une places pour la zone famille implantée en fond de parcelle et quatre places de stationnement situées à l'entrée de la zone famille pour les visiteurs. S'agissant de l'accès à la zone famille, si ce dernier est situé à proximité immédiate d'une haute haie végétale, cette circonstance ne permet pas à elle seule de caractériser un manque de visibilité de nature à caractériser un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques et ce alors qu'au demeurant, l'accès se fait sur une voie à double sens parfaitement rectiligne. Par ailleurs, les requérants, qui se bornent à faire état de l'importance du trafic automobile sur la RD 47 lié à la présence d'une zone artisanale et d'engins agricoles, n'établissent pas en quoi le projet, lequel présente une ampleur limité (locaux d'une gendarmerie, treize logements de fonction et trente-huit places de stationnement), induirait un risque particulier pour la sécurité des usagers, le projet étant implanté juste en sortie de bourg de Vouvray où la vitesse est limitée à 70 kilomètres/heure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

21. En sixième lieu, aux termes de l'article A10 du règlement du plan local d'urbanisme : " Au sein du secteur Ag, la hauteur maximale est de 6 mètres à l'égout de la toiture () ".

22. Il résulte de ces dispositions que la hauteur maximale d'une construction prend comme repère supérieur l'égout de la toiture. Dès lors, l'antenne de la gendarmerie n'entre pas dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article A 10 du règlement de ce document d'urbanisme dès lors qu'elle n'est pas dotée d'un égout de toit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

23. En septième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Aux termes de l'article A 11 du règlement du plan local d'urbanisme : " Toute construction ou ouvrage doit s'harmoniser avec le site dans lequel ils s'inscrivent, respecter le terrain sur lequel ils sont édifiés et le caractère du site. En particulier, toute construction de style architectural étranger à la région est interdite. La conception et la réalisation des bâtiments et des installations doivent être soignées et permettre un vieillissement correct de l'ouvrage. () Les bâtiments d'activités doivent s'intégrer à leur environnement naturel. Le choix des matériaux (façades, toitures), leur aspect et leur couleur doivent être compatibles avec le caractère de l'ouvrage et assurer une bonne tenue dans le temps. Les matériaux de remplissage et ceux qui ne présentent pas par eux-mêmes un aspect d'une qualité suffisante doivent être recouverts. Dans le cas de toiture apparente, employant des matériaux métalliques, ceux-ci ne doivent être ni brillants ni réfléchissants (). " Dès lors que ces dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme invoquées par les requérants ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme posant les règles nationales d'urbanisme et prévoient des exigences qui ne sont pas moindres, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.

24. Il ressort des pièces du dossier et notamment des photographies jointes au dossier relatives à l'environnement proche et lointain, que le site d'implantation du projet ne présente pas une homogénéité et une qualité architecturale particulière et est composé majoritairement de parcelles viticoles, en sortie immédiate de bourg. Le terrain d'assiette du projet qui borde la route de Monnaie est situé à proximité immédiate de bâtiments d'activités d'une exploitation agricole implantés le long de cette même route, lesquels sont en bardage clair avec une couverture grise. Le site ne présente ainsi aucun intérêt architectural particulier. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la notice architecturale du dossier de demande de permis de construire que la couverture et le bardage des bâtiments administratifs et des locaux techniques seront en bac acier d'une teinte majoritairement claire. Les menuiseries seront en aluminium d'une teinte claire, proche du bardage. S'agissant de la zone famille, les logements auront un enduit clair d'une teinte proche de celle de la pierre de tuffeau et les toitures seront réalisées en double pente en tuiles plates de teinte noire. La notice précise également qu'afin de répondre à la réglementation thermique RT2012 les bâtiments des logements présentent des panneaux photovoltaïques en toiture. Ces panneaux photovoltaïques, qui seront intégrés à la couverture en tuile noire des bâtiments des logements de fonction, n'auront pas pour effet d'accentuer la visibilité du site. Le projet qui concerne la construction des locaux d'une gendarmerie et de logements de fonction avec une hauteur maximale en R+1 prévoit, contrairement à ce que soutiennent les requérants, des matériaux et un aspect cohérent et neutre permettant une insertion satisfaisante dans le site ainsi que la compatibilité avec le caractère de l'ouvrage. Si le terrain borde au nord une parcelle sur laquelle une maison traditionnelle est implantée, il est séparé de celle-ci par une haute haie arborée qui sera conservée. Enfin, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, aucune disposition du règlement du PLU n'interdit les tuiles noires et les menuiseries en aluminium gris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article A 11 du règlement du PLU doit être écarté.

25. En huitième lieu, aux termes de l'article A 13 du règlement du plan local d'urbanisme : " () En respect du volet paysager du permis de construire, tout projet doit justifier de son insertion dans l'environnement et notamment présenter un programme de plantation. Si la réalisation d'une construction entraîne l'abattage d'arbres importants (plus de 4 mètres de hauteur), le constructeur est tenu d'en replanter le double de la même essence () "

26. Il résulte de ce qui a été dit au point 24 que le projet s'insère de façon satisfaisante dans son environnement. Par ailleurs, le plan de masse fait mention de ce que la haie arborée au nord de la construction sera maintenue, une petite forêt sera plantée en fond de parcelle à l'ouest derrière les logements de fonction. La notice architecturale indique également que pour chaque arbre de plus de 4m ne pouvant être conservé, le double de la même essence sera replanté, notamment à l'ouest du site où le projet prévoit un recul d'environ 15m afin de procéder à une majeure partie des plantations à effectuer. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article A 13 du règlement du PLU doit être écarté.

27. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation. "

28. Si les requérants soutiennent que le projet serait contraire à la délibération du 24 mai 2018 portant approbation du STECAL qui a classé en secteur Ag les parcelles d'implantation du projet, il ressort toutefois des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme applicables au secteur Ag que celles-ci n'ont pas pour effet d'imposer l'implantation une haie bocagère significative autour du projet. Par ailleurs, si l'orientation d'aménagement et de programmation spécifique à ce secteur Ag prévoit que l'aménagement devra " s'inscrire dans l'environnement naturel, traiter l'interface avec les vignes sur le registre paysager : plantation d'une haie bocagère sur le pourtour du projet ", il ressort des pièces du dossier et ainsi qu'il a été dit au point 25 qu'un aménagement paysager sera réalisé avec la plantation d'une " petite forêt " à l'ouest et la conservation de la haie arborée au nord. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du projet avec la délibération du 24 mai 2018 portant approbation du STECAL et avec l'orientation d'aménagement et de programmation doivent être écartés. De même, les moyens tirés de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée du jugement du tribunal administratif d'Orléans du 29 janvier 2020 ainsi que l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 22 juin 2021 statuant sur la légalité de cette délibération doivent en tout état de cause être écartés.

29. En dixième lieu, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté serait entaché d'un détournement de pouvoir en ce qu'il ne prévoirait aucune mesure paysagère prévue lors de la procédure dérogatoire du STECAL et ce alors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 28 que le projet ne méconnaît pas le règlement du secteur Ag prévu par le STECAL et qu'en tout état de cause le projet prévoit bien un aménagement paysager.

30. En onzième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-4 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature, par sa localisation et ses caractéristiques, à compromettre la conservation ou la mise en valeur d'un site ou de vestiges archéologiques. "

31. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet aurait des impacts sur un site ou des vestiges archéologiques, étant entendu qu'il résulte de ce qui a été dit précédemment que le projet s'insère de façon satisfaisante dans son environnement. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté contesté serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article R. 111-4 du code de l'urbanisme.

32. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions présentées par les requérants à fin d'annulation de l'arrêté du 2 septembre 2022 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

33. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse aux requérants une somme que ceux-ci demandent au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

34. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire des requérants le paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à Val Touraine Habitat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du syndicat des vignerons de l'aire d'appellation de Vouvray, de la SCI Mirandole et de M. B C est rejetée.

Article 2 : Le syndicat des vignerons de l'aire d'appellation de Vouvray, la SCI Mirandole et M. B C verseront solidairement à Val Touraine Habitat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des vignerons de l'aire d'appellation Vouvray, à la SCI Mirandole, à M. C, au préfet d'Indre et Loire et à Val Touraine Habitat.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot, conseillère,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure,

Anne-Laure PAJOT

Le président,

Denis LACASSAGNELa greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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