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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203903

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203903

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantTOUBALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées respectivement les 2 novembre 2022 et 17 novembre 2022, Mme B A, représentée par Me Laurent Toubale, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 18 octobre 2022 par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a rejeté son recours administratif contre l'arrêté en date du 5 septembre 2022 par lequel il lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour et, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser, à son conseil, au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que ce dernier renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le délai imparti par la loi.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

-le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Lombard, conseiller-rapporteur.

Les parties n'étaient présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête.

1. Mme B A, de nationalité guinéenne, est entrée en France le 4 février 2019 à l'âge de 15 ans. Elle a été placée sous le statut de mineure isolée et mise à l'abri par le service départemental de l'Aide sociale à l'enfance (ASE) du Loiret. Le 2 avril 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour à titre de " mineur isolé pris en charge par l'ASE " et obtenu un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 16 novembre 2021, renouvelé le 28 janvier 2022 jusqu'au 27 avril 2022. Le 5 septembre 2022, le préfet de Loir-et-Cher a pris à son encontre un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, entrée en France, a vécu pendant 15 ans dans son pays d'origine. Elle est mère de deux enfants, de 2 ans et 4 mois à la date de la décision litigieuse et déclare être célibataire. Elle n'établit pas être dépourvue d'attaches et de liens familiaux dans son pays d'origine où sa cellule familiale peut se reconstruire, ni ne justifie d'une intégration sociale ou professionnelle sur le territoire français. La production d'un contrat à durée déterminée valable du 12 septembre 2022 au 11 janvier 2023 pour un poste d'agente d'entretien à temps partiel ne suffit pas à établir la stabilité de sa situation professionnelle et de ses revenus, ni son intégration. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'eu égard à l'objet de la mesure contestée, le préfet a porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de la vie privée et familiale et, ainsi, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

4. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Guével, président

M. Lombard, premier conseiller

Mme Pajot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

Le rapporteur,

Alexandre LOMBARD

Le président,

Benoist GUEVEL

Le greffier,

Benoît VESIN

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203903

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