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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203996

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203996

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203996
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGAUTHIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Arthur Gauthier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire, à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions du 9 de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Lombard.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 19 novembre 1986 et de nationalité ivoirienne, est entré irrégulièrement en France le 25 octobre 2016. Le 18 novembre 2016, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Le 09 octobre 2018, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 14 juin 2019. Le 28 novembre 2019, il a fait l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire français régulièrement notifiée par voie postale, à laquelle il n'a pas déféré et qu'il a contestée devant le tribunal administratif d'Orléans qui a rejeté sa demande le 05 décembre 2020. Le 14 décembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à titre subsidiaire " salarié " sur le fondement des dispositions des articles L.435-1, L.423-23 et L.421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au regard de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012. Le 6 septembre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire a pris un arrêté portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ".

3. M. A soutient qu'il est socialement inséré en France malgré la précarité de son état de santé, que son état de santé particulièrement grave nécessite des soins qui ne pourraient être pris en charge dans son pays d'origine, qu'il a une perspective favorable d'insertion professionnelle ainsi qu'en atteste la promesse d'embauche qu'il produit. Toutefois, s'agissant de son état de santé, si le requérant établit par les pièces qu'il produit qu'il souffre d'affections psychologiques, il n'est pas établi par les attestations produites qu'elles seraient liées à ce qu'il a vécu dans son pays d'origine. En outre, la plupart des attestations versées à l'instance sont datées à la date de l'arrêté attaqué et les attestations contemporaines à celui-ci ne suffisent pas à établir que son état de santé ne serait pas stabilisé, ni que les soins qu'il reçoit encore et les médicaments qu'il doit prendre ne peuvent lui être délivrés qu'en France et ne pourraient l'être dans son pays d'origine. Pour ce qui concerne son intégration en France, s'il produit une douzaine d'attestations démontrant des liens amicaux ou de relation sociale, qui traduisent en particulier sa participation à des activités sportives, ainsi que des attestations de participation à l'activité d'associations d'aide humanitaire, ces éléments seuls, alors par ailleurs qu'il est célibataire, sans charge de famille en France et qu'il a vécu pendant 30 ans dans son pays d'origine, ne permettent pas d'établir qu'il bénéficierait sur le territoire français d'une intégration particulièrement forte propre à justifier la délivrance du titre de séjour sollicité. La circonstance que le requérant bénéficie d'une promesse d'embauche ne permet pas davantage de justifier d'une intégration professionnelle particulière. Par suite, ces éléments ne permettent à eux seuls d'établir que la préfète d'Indre-et-Loire aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé et doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. Les éléments exposés au point 3 ne caractérisent pas à eux seuls des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne permettent d'établir que la préfète d'Indre-et-Loire aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'alinéa 9 de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français: 9o L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

7. Ainsi qu'il a été indiqué au point 3, aucun des documents médicaux qu'il produit ne permettent d'établir que l'état de santé de M. A nécessite un suivi médical dont il ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine. Par suite, la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas méconnu les dispositions de l'alinéa 9 de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. M. A soutient que l'exécution de la décision attaquée l'exposerait à des risques graves en cas de retour en Côte d'Ivoire du fait de ses engagements politiques passés en faveur du Front Populaire Ivoirien, à la suite desquels il indique avoir été torturé et emprisonné, et aurait des conséquences aggravantes sur les troubles psychiatriques en résultant. Toutefois, alors que sa demande a été rejetée pour des faits invoqués, datés à la date de l'arrêté attaqué, tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile, aucune des pièces produites ne présente d'éléments nouveaux et ne permet d'établir la réalité des risques actuels et réels, notamment sur le plan de sa santé, auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour en Côte d'Ivoire. Par suite, le moyen tiré que la préfète d'Indre-et-Loire aurait méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

M. Lombard, premier conseiller, rapporteur,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le rapporteur,

A. LOMBARDLe président,

B. GUÉVEL

Le greffier,

B. VESIN

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203996

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