mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2204057 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LMC PARTENAIRES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 14 novembre 2022, le 10 mars 2023, le 21 août 2023 et le 25 août 2023 M. A C, représenté par Me Lesimple-Coutelier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2022 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a annulé la décision du 12 avril 2022 de l'inspecteur du travail de la section treize de la deuxième unité de contrôle d'Indre-et-Loire ayant refusé d'accorder l'autorisation de le licencier, et délivré l'autorisation sollicitée ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement ;
- elle viole le principe non bis in idem dès lors que la mise à pied prononcée à son encontre a un caractère disciplinaire et non conservatoire ; il ne pouvait ainsi pas faire l'objet d'un licenciement sur le fondement des mêmes faits ayant justifié sa mise à pied ;
Par des mémoires en défense, enregistré les 23 février, 27 avril 2023 et 16 septembre 2024, la société Colas Rail, représentée par Me Le Friec, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la ministre du travail et de l'emploi qui n'a produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Garros, conseiller,
- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,
- et les observations de Me El Haik représentant la société Colas Rail.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C a été engagé le 4 novembre 2013 au sein de la société Colas Rail dans laquelle il exerçait en dernier lieu les fonctions de soudeur. Il bénéficiait du statut de salarié protégé en raison de son mandat de membre suppléant au sein du comité social et économique de cette société. A la suite d'une rixe l'ayant opposé à l'un de ses supérieurs, la société Colas Rail a demandé à l'inspection du travail l'autorisation de procéder à son licenciement pour faute. Par une décision du 12 avril 2022, l'inspecteur du travail a refusé d'accorder cette autorisation de licenciement. Saisie d'un recours hiérarchique, la ministre du travail a par une décision du 15 septembre 2022, dont M. C demande l'annulation, d'une part, annulé la décision de l'inspecteur du travail et d'autre part, autorisé son licenciement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. La décision du 15 septembre 2022 vise les articles L. 2411-5 et suivant du code du travail applicables au licenciement d'un membre de la délégation du personnel du comité social et économique, et mentionne avec détail les éléments de la rixe entre le requérant et son supérieur qui ont conduit la société Colas Rail à solliciter son licenciement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, en vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des salariés qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail, et le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Il doit aussi vérifier qu'il n'est pas en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec son appartenance syndicale.
4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite d'un changement de planning de dernière minute, M. C est allé à la rencontre de son supérieur hiérarchique direct, M. B, dans les locaux de la société Colas Rail pour lui faire part de son mécontentement. La société fait valoir qu'à cette occasion le requérant aurait proféré des menaces de mort et insultes à l'encontre de son supérieur hiérarchique. A l'inverse, le requérant soutient avoir été insulté et verse aux débats une attestation d'un ancien collègue décrivant M. B comme une personne agressive à l'humeur versatile. Les pièces du dossier ne permettent pas d'établir, d'une part, lequel des deux protagonistes auraient initié les invectives, ni d'autre part, que des insultes et menaces auraient été proférées par le requérant à l'encontre de son supérieur. Dans la mesure où le doute doit profiter au salarié, ces éléments ne peuvent pas, comme l'a d'ailleurs mentionné la ministre dans la décision attaquée, justifier le licenciement de M. C.
5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'après cette altercation orale, M. C et M. B ont quitté ensemble les locaux de l'entreprise avec une intention d'en découdre et se sont alors mutuellement agressés physiquement. La société Colas Rail fait valoir que le requérant a porté les premiers coups à M. B et que celui-ci a tenté de le maitriser pour stopper l'altercation. Il ressort des pièces du dossier que les faits reprochés consistant en des coups portés au visage de M. B sont établis par les témoignages recueillis par l'inspecteur du travail au cours de son enquête, par une main courante déposée par l'intéressé le lendemain, mais aussi par un certificat médical initial du même jour constatant chez celui-ci des excoriations multiples du visage et du tronc, ainsi qu'une polyalgie et concluant à une incapacité totale de travail d'une durée de 5 jours. Le requérant soutient que les premiers coups ont été portés par M. B qui aurait notamment tenté de l'étrangler et produit un certificat médical établi seulement neuf jours après les faits indiquant qu'il souffrait, suite à cette altercation d'une cervicalgie diffuse. Toutefois, en se bornant à faire état de violences réciproques et ne pas avoir été à l'origine du premier coup asséné, M. C qui n'apporte pas d'élément de nature à établir son allégation selon laquelle il se serait trouvé en situation de légitime défense ne conteste pas avoir frappé physiquement son supérieur. Ces faits de violence ainsi commis à l'encontre de M. B constituent une faute d'une gravité suffisante de nature à justifier le licenciement du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
6. En dernier lieu, d'une part, si l'article L. 2421-3 du code du travail énonce qu'en cas de faute grave, l'employeur peut prononcer la mise à pied immédiate d'un membre élu à la délégation du personnel au comité social et économique titulaire ou suppléant dont le licenciement est envisagé dans l'attente de la décision définitive de l'inspecteur du travail se prononçant sur la demande d'autorisation de licenciement, l'article L. 1331-1 même code précise, quant à lui que " constitue une sanction, toute mesure, autre que les observations verbales, prise par l'employeur à la suite d'un agissement du salarié considéré par l'employeur comme fautif, que cette mesure soit de nature à affecter immédiatement ou non la présence du salarié dans l'entreprise, sa fonction, sa carrière ou sa rémunération ". D'autre part, le principe " non bis in idem ", selon lequel un salarié ne peut être sanctionné deux fois pour un même fait, s'oppose à ce que l'autorité administrative autorise un employeur à licencier un salarié protégé pour les mêmes faits que ceux qu'il a déjà sanctionnés par une mise à pied disciplinaire. Par ailleurs, le caractère conservatoire d'une mise à pied est subordonné à ce que celle-ci soit immédiatement suivie de l'engagement d'une procédure de licenciement.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été mis à pied à compter du 16 février 2022 par une décision lui ayant été notifiée oralement ce même jour. M. C soutient que dès lors que le courrier par lequel il a été convoqué à son entretien préalable au licenciement ne lui a été notifié que le 22 février, l'engagement de sa procédure de licenciement ne peut être regardée comme ayant directement suivie sa mise à pied. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C a été convoqué à son entretien de licenciement par une lettre datée du 16 février 2022, jour de sa mise à pied. Dès lors, l'engagement de la procédure de licenciement à l'encontre du requérant étant concomitante avec sa mise à pied, quand bien même la notification de cet engagement est intervenue six jours plus tard, cette mise à pied présente un caractère conservatoire. Par suite le moyen tiré de la violation du principe " non bis in idem " doit être écarté.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. C la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société Colas Rail et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : M. C versera une somme de 1 000 euros à la société Colas Rail en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la société Colas Rail à la ministre du travail et de l'emploi.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Keiflin, première conseillère,
M. Garros, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
Le rapporteur,
Nicolas GARROSLa présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
La greffière,
Sarah LEROY
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026