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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204082

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204082

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204082
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantVEAUVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 novembre 2022, et un mémoire enregistré le 4 décembre 2023, non communiqué, M. A B, représenté par Me Benoit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel le maire de Veigné s'est opposé à sa déclaration préalable portant sur la réhabilitation du bâtiment de la Vacherie par la reprise de l'ensemble de la toiture, le changement des menuiseries et la création de quatre fenêtres de toit ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Veigné de prendre un arrêté de non-opposition à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Veigné la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit sur le motif opposé tiré de ce que le projet correspondrait à un changement manifeste de destination contraire aux dispositions des règlements du PLU et du PPRI de la Vallée de l'Indre ;

- il est entaché d'une erreur de fait, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit sur le motif opposé tiré de ce qu'il méconnaît les dispositions des règlements du PLU et du PPRI de la Vallée de l'Indre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2023, la commune de Veigné conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;

- elle sollicite une substitution de motif tirée de ce que la décision peut être fondée sur la méconnaissance, d'une part, de l'article 2 du règlement du PLU applicable à la zone N et d'autre part, de l'article 2 du règlement du PPRI de la Vallée de l'Indre.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pajot,

- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Benoit, représentant M. B, et de Me Gault-Ozinck, représentant la commune de Veigné.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 août 2022, M. B a déposé une déclaration préalable pour la réhabilitation du bâtiment de la Vacherie à Veigné (Indre-et-Loire) par la reprise de l'ensemble de la toiture, le changement de l'ensemble des menuiseries et la création de quatre fenêtres de toit. Par un arrêté du 20 septembre 2022, le maire de Veigné s'est opposé à la déclaration préalable.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige cite les dispositions applicables et précise les motifs retenus par la maire. Le moyen tiré d'un défaut de motivation doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, pour justifier l'opposition à déclaration préalable, le maire de Veigné s'est fondé sur les motifs tirés de ce que le projet, d'une part, prévoit la réhabilitation d'un bâtiment qui a été modifié sans déclaration préalable et qui n'a pas fait l'objet d'autorisation en raison du classement en zone A3 du PPRI et, d'autre part, traduit un changement manifeste de destination qui est contraire aux règlements du plan de protection du risque inondation (PPRI) et du plan local d'urbanisme (PLU).

4. Aux termes de l'article R. 151-27 du code de l'urbanisme, " Les destinations de constructions sont : / 1° Exploitation agricole et forestière ; / 2° Habitation ; / 3° Commerce et activités de service ; / 4° Equipements d'intérêt collectif et services publics ; / 5° Autres activités des secteurs secondaire ou tertiaire. ". Aux termes de l'article 2 du règlement du plan local d'urbanisme de Veigné applicable au secteur Np dans lequel se situe le terrain d'assiette du projet, sont autorisées : " les travaux d'adaptation ou de réfection des constructions existantes sans changement de destination ".

5. L'autorisation d'urbanisme n'ayant pas d'autre objet que d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, l'autorité administrative n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet, à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments de nature à établir l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'autorité administrative sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application de la règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut à elle seule faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à des manœuvres visant à tromper l'administration.

6. En l'espèce, il est constant que le bâtiment de la Vacherie a une destination agricole et qu'aucun changement de destination n'était précisé dans le dossier de déclaration préalable. Il ressort du dossier de déclaration préalable que les travaux consistent en des travaux de réhabilitation sur construction existante (le bâtiment de la Vacherie). Ces travaux comprennent la reprise des menuiseries en bois en aluminium, avec la pose de volets roulants, la reprise de la toiture, style et couleur conformes à l'état existant, et la pose de quatre fenêtres de toit (type velux). Ces travaux n'impliquent ni ne traduisent pas nécessairement, contrairement à ce que soutient la commune, un changement de destination, ni de sous destination de ce bâtiment, quand bien même l'aspect extérieur du bâtiment le rendrait déjà compatible avec un local à usage d'habitation et que les travaux objets de la déclaration préalable ne seraient pas " nécessaires " pour un bâtiment à usage agricole. Par ailleurs, il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le pétitionnaire aurait procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'autorité administration sur la réalité du projet et ce quand bien même il aurait déjà déposé auparavant une demande d'autorisation d'urbanisme comprenant un changement de destination du même bâtiment, refusée par la commune de Veigné.

7. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. B est fondé à soutenir que l'arrêté est entaché d'erreur d'appréciation en ce qu'il indique que les travaux constituent nécessairement un changement de destination. Il est par suite également fondé à soutenir que ce projet est conforme au règlement du PLU lequel autorise en zone N les travaux de réfection des constructions existantes sans changement de destination.

8. En troisième lieu, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

9. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 7, en l'absence de changement de destination, que la demande de substitution de motif fondée sur la méconnaissance de l'article 2 du règlement du plan local d'urbanisme lequel admet les travaux d'adaptation ou de réfection des constructions existantes à l'exclusion de ceux comportant un changement de destination, ne peut être accueillie.

10. D'autre part, aux termes de l'article 2 du règlement du PPRI de la Vallée de l'Indre : " Sont admis uniquement pour les constructions ayant une existence juridique : les travaux courants d'entretien et de gestion des constructions et installations existantes, notamment les aménagements internes, les traitements et modifications des façades et réfections de toitures, sous réserve de réduire la vulnérabilité aux inondations. () "

11. En l'espèce, la commune de Veigné sollicite une substitution de motif en soutenant que le projet méconnaît les dispositions précitées du PPRI en ce que les travaux ne réduisent pas la vulnérabilité aux inondations. Si le requérant soutient que les travaux projetés sont sans incidence sur l'exposition du bien au risque inondation, il n'établit, par cette seule argumentation, la conformité de son projet au règlement du PPRI lequel n'autorise, en zone A3, que les traitements et modifications des façades et réfections de toitures sous réserve que ceux-ci permettent de réduire la vulnérabilité aux inondations. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet permettrait de réduire la vulnérabilité aux inondations. La demande de substitution de motif doit par suite être accueillie.

12. Il résulte de l'instruction que le maire de la commune de Veigné aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur le motif tiré de la méconnaissance de l'article 2 du règlement du PPRI.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander, par les moyens qu'il invoque, l'annulation de la décision du 20 septembre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune, qui n'est pas la partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des frais engagés dans l'instance. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme que la commune de Veigné demande sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Veigné sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Veigné.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot, conseillère,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

Anne-Laure PAJOT

Le président,

Denis LACASSAGNELa greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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