jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2204096 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TOUBALE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 19 novembre 2022 et le 23 novembre 2022, Mme D C, représenté par Me Toubale, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2022 par lequel la préfète du Loiret a décidé son transfert aux autorités espagnoles, ainsi que l'arrêté du 8 novembre 2022 par lequel cette même autorité a décidé son assignation à résidence dans le département de loir-et-Cher pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret d'enregistrer sa demande d'asile et de lui remettre son dossier à fin de saisine de l'OFPRA ;
3°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au profit de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les arrêtés sont entachés d'un vice d'incompétence en l'absence de justification d'une délégation de signature au bénéfice des auteurs des actes ;
- les arrêtés méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les arrêts méconnaissent les dispositions de l'article 9 du règlement (UE) n °604/2013 du 26 juin 2013.
Par des mémoires enregistrés le 23 novembre 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 777-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Toubale, représentant Mme C, ainsi que de Mme C, qui persistent dans les conclusions de la requête.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, ressortissante arménienne née le 11 février 2003, entrée irrégulièrement en France le 14 août 2022, s'est présentée en préfecture le 2 septembre 2022 pour y faire enregistrer une demande d'asile. A la suite de la consultation du système Visabio, une demande de prise en charge a été adressée le 18 octobre 2022 aux autorités espagnoles. Par un arrêté du 7 novembre 2022, la préfète du Loiret, constatant l'accord exprès des autorités espagnoles, a décidé le transfert de Mme C à ces autorités. Par un arrêté du 8 novembre 2022, la préfète du Loiret a prononcé l'assignation à résidence de Mme C dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de quarante-cinq jours. Mme C demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Mme C a déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu dès lors, en application des dispositions précitées, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions de la requête :
En ce qui concerne l'arrêté portant remise aux autorités espagnoles :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme I K, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Loiret, pour la préfète et en l'absence de M. Lemaire, secrétaire général, de M. Carol, secrétaire général adjoint et de M. J, directeur de cabinet. Par un arrêté du 14 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, Mme H, préfète du Loiret, a donné délégation à Mme K, en cas d'absence ou d'empêchement concomitant de M. E, de M. B et de M. J, à l'effet de signer les décisions de transfert à un Etat responsable de l'examen de la demande d'asile dans le cadre des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est ni allégué, ni établi que M. E, M. B et M. J ne se trouvaient pas concomitamment absents ou empêchés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit ". Aux termes de l'article 2 du même règlement : " Aux fins du présent règlement, on entend par : () / g) " membres de la famille ", dans la mesure où la famille existait déjà dans le pays d'origine, les membres suivants de la famille du demandeur présents sur le territoire des États membres : / - le conjoint du demandeur, ou son ou sa partenaire non marié(e) engagé(e) dans une relation stable () ".
6. A l'appui de sa demande tendant à ce que la France soit désignée comme l'Etat membre responsable de sa demande d'asile, Mme C fait valoir que son concubin, M. M, compatriote arménien, a été admis au bénéfice de la protection subsidiaire en France le 2 juillet 2021, qu'elle est enceinte de ses œuvres et que le couple forme le projet de se marier. Toutefois, la requérante ne justifie d'aucune relation stable avec l'intéressé alors qu'elle est entrée en France irrégulièrement le 14 août 2022 selon ses déclarations. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier, qu'à la date de la demande d'asile formulée par Mme C, l'intéressé avait exprimé par écrit le souhait de voir la demande de la requérante examinée en France. Dès lors, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige méconnaît les dispositions de l'article 9 du règlement n°604/2013 susvisé.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Alors qu'ainsi qu'il a été dit au point 6, Mme C n'établit aucunement la réalité d'une vie commune en France, compte tenu de l'entrée très récente sur le territoire de la requérante, la préfète du Loiret n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En dernier lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'exécution de l'arrêté attaqué exposerait Mme C à un risque de traitements inhumains et dégradants. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
10. En premier lieu, l'arrêté d'assignation à résidence attaqué a été signé par Mme L F, adjointe à la cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement de la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture du Loiret, pour la préfète et en l'absence de M. Lemaire, secrétaire général, de M. Carol, secrétaire général adjoint, de M. J, directeur de cabinet et de Mme K, directrice des migrations et de l'intégration. Par un arrêté du 14 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, Mme H, préfète du Loiret, a donné délégation à Mme G, en cas d'absence ou d'empêchement concomitant de M. E, de M. B, de M. J et de Mme K, à l'effet de signer les décisions d'assignation à résidence. Il n'est ni allégué, ni établi que M. E, M. B, M. J et Mme K ne se trouvaient pas concomitamment absents ou empêchés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
11. En deuxième lieu, Mme C ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de l'arrêté attaqué qui ne porte pas décision de transfert vers l'Espagne, de la méconnaissance des dispositions de l'article 9 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 précité. Le moyen doit être écarté.
12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux déjà exposés aux points 8 et 9, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales également dirigés contre l'arrêté du 8 novembre 2022 portant assignation à résidence doivent être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation des arrêtés attaqués doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
Le magistrat désigné,
Emmanuel A
La greffière,
Florence PINGUET
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026