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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204104

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204104

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204104
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantBLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 18 novembre 2022 et le 2 juin 2023, M. A B, représenté par Me Blin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2022 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 5 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 423-22 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2023, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête de M. B.

Ella fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public, autorisé par Mme Rouault-Chalier, présidente de la formation de jugement, a été dispensé, sur sa proposition, d'avoir à prononcer des conclusions.

Le rapport de Mme Rouault-Chalier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 11 janvier 2004, de nationalité guinéenne, est entré irrégulièrement en France le 22 novembre 2018. Il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance d'Eure-et-Loir en application de l'ordonnance de placement provisoire du procureur de la République du tribunal de grande instance de Chartres du 5 décembre 2018. Le 16 janvier 2019, il a fait l'objet d'une ordonnance en assistance éducative du juge des enfants de ce même tribunal. Son placement auprès de l'aide sociale à l'enfance d'Eure-et-Loir a ensuite été renouvelé par jugement du 18 juin 2019 jusqu'à l'ouverture d'une tutelle ou jusqu'au 11 janvier 2022, date de sa majorité. Le 2 janvier 2022, M. B a sollicité auprès de la préfecture d'Eure-et-Loir, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de mineur isolé pris en charge par l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans, sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 août 2022, la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Guinée ou tout autre pays dans lequel il serait admissible comme pays de renvoi. Par sa requête ci-dessus analysée, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

3. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement des dispositions précitées, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département d'Eure-et-Loir par une ordonnance de placement provisoire du procureur de la République de Chartres du 5 décembre 2018, soit avant qu'il ait atteint l'âge de seize ans. Le requérant a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avant l'expiration de l'année qui suit son dix-huitième anniversaire. Durant ses quatre années de présence sur le territoire, M. B a été scolarisé et a obtenu, le 6 juillet 2021, un certificat d'aptitude professionnelle de " maintenance des véhicules option B véhicules de transport routier ". N'ayant pas pu en raison de la situation sanitaire poursuivre son cursus dans cette filière par l'intermédiaire d'un baccalauréat professionnel, M. B a intégré en août 2021 une formation en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle " commercialisation et services en hôtel, café restauration " et était, à la date d'édiction de la décision contestée, inscrit auprès du centre de formation d'apprentis interprofessionnel de Chartres et titulaire d'un contrat d'apprentissage conclu avec la SARL " l'Amuse-Bouche " pour une durée de deux ans du 25 août 2021 au 24 août 2023. Pour refuser le titre de séjour demandé, la préfète a considéré que les bulletins scolaires produits révèlent un travail irrégulier, voire insuffisant dans certaines matières, et a retenu que " l'équipe éducative souligne régulièrement un manque d'investissement couplé de mauvaises attitudes " de l'intéressé. Toutefois, et alors que les bulletins auxquels la préfète se réfère concernent les années scolaires 2018-2019, 2019-2020 et 2020-2021, il ressort des pièces du dossier que le requérant a obtenu, en juillet 2021, son certificat d'aptitude professionnelle de maintenance des véhicules et que, s'agissant de la nouvelle formation entreprise à la suite de l'obtention de son diplôme, les appréciations portées sur le livret d'apprentissage produit à l'instance relèvent un travail sérieux ainsi que des résultats satisfaisants obtenus dans ses différents stages, et soulignent qu'une plus grande autonomie lui est progressivement donnée sans que cela n'entraîne de difficultés. S'agissant de l'intégration de M. B, la structure d'accueil, dans son avis établi le 9 décembre 2021, relève la mobilisation de l'intéressé dans son projet d'insertion socio-professionnelle sur le territoire français et souligne son sérieux, sa motivation et son assiduité ainsi que sa capacité à être autonome. Ce constat a d'ailleurs conduit le président du conseil départemental d'Eure-et-Loir à accorder au requérant à sa majorité, un contrat jeune majeur de deux mois et demi. Enfin, s'agissant des liens de M. B avec sa famille restée dans son pays d'origine, et alors que l'intéressé a indiqué que sa mère, son père et son frère sont décédés et que seule sa sœur est toujours en vie mais réside au Maroc, l'autorité administrative s'est contentée d'indiquer que l'intéressé ne démontrait pas être dépourvu de toute attache familiale en Guinée où il a vécu jusqu'à l'âge de quatorze ans, sans cependant indiquer la nature de ces liens, qui ne sont pas plus explicités devant le tribunal. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la préfète d'Eure-et-Loir a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Le présent jugement, qui annule la décision de refus de titre de séjour, implique nécessairement, eu égard aux motifs sur lesquels il se fonde et de la circonstance que la demande de titre a été faite régulièrement avant le dix-neuvième anniversaire du requérant, que la préfète d'Eure-et-Loir délivre à M. B le titre sollicité, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de délivrer à ce dernier une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

7. Le requérant ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Blin, avocat de M. B, de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté de la préfète d'Eure-et-Loir du 3 août 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Eure-et-Loir de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Blin, avocat de M. B, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Blin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet d'Eure-et-Loir et à Me Blin.

Copie en sera adressée pour information au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Chartres.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La présidente-rapporteure,

Patricia ROUAULT-CHALIER

L'assesseure la plus ancienne,

Mélanie PALIS DE KONINCK La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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