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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204132

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204132

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204132
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL WALTER & GARANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 novembre 2022 et le 27 mars 2023, Mme D C et M. A B, représentés par Me Dalibard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2022 par lequel le maire de Saint-Antoine-du-Rocher a délivré un permis de construire à la SCCV European Homes 245 pour la construction d'un immeuble collectif de dix-huit logements ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Antoine-du-Rocher la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir en tant que voisins immédiats du projet ;

- le permis de construire est entaché d'un vice de procédure faute pour le maire d'avoir recueilli les avis des différentes autorités gestionnaires des réseaux publics ainsi que l'avis de la commission consultative départementale de sécurité et d'accessibilité, en méconnaissance de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme et de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ;

- le projet porte atteinte à la sécurité publique et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'arrêté du 30 juillet 1979 relatif aux règles techniques et de sécurité applicable aux stockages fixes d'hydrocarbures liquéfiés non soumis à la législation des installations classées ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UB 4 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 431-16-1 du code de l'urbanisme ;

- la décision de rejet de leur recours gracieux est illégale du fait de l'illégalité de l'arrêté du 19 mai 2022.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 janvier 2023 et le 18 avril 2023, la commune de Saint-Antoine-du-Rocher, représentée par Me Fortat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable du fait du défaut d'intérêt à agir des requérants ;

- les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles R. 431-5 et R. 431-16-1 du code de l'urbanisme sont irrecevables et sont, en tout état de cause, non fondés ;

- les autres moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 8 février 2023 et le 20 avril 2023, la SCCV European Homes 245, représentée par Me Soler-Couteaux, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en ce que les requérants n'apportent pas la preuve qu'ils ont formé leur recours gracieux dans le délai prévu par l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme ;

- la requête est irrecevable en ce que les requérants n'apportent pas la preuve qu'ils ont notifié leur recours gracieux à la SCCV en application de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- la requête est irrecevable du fait du défaut d'intérêt à agir des requérants ;

- les moyens tiré de la méconnaissance des articles R. 431-5 et R. 431-16-1 du code de l'urbanisme sont irrecevables et, en tout état de cause, non fondés ;

- les autres moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté du 30 juillet 1979 relatif aux règles techniques et de sécurité applicables aux stockages fixes d'hydrocarbures liquéfiés non soumis à la législation des installations classées ou des immeubles recevant du public ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pajot,

- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique ;

- les observations de Me Liaud représentant la commune de Saint-Antoine-du-Rocher et de Me Vienne, représentant la société pétitionnaire.

Considérant ce qui suit :

1. Le 9 décembre 2021, la SCCV European Homes 245 a déposé une demande de permis de construire un immeuble collectif de dix-huit logements rue des Écoles à Saint-Antoine-du-Rocher (Indre-et-Loire) et, par un arrêté du 19 mai 2022, le maire de la commune a fait droit à cette demande. Par la requête ci-dessus analysée, Mme C et M. B demandent l'annulation dudit permis de construire ainsi que de la décision portant rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des articles R. 431-5 et R. 431-16-1 du code de l'urbanisme ont été soulevés pour la première fois le 27 mars 2023, soit plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense, intervenue le 23 janvier 2023. Ils doivent par suite être écartés comme irrecevables en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur ". Aux termes de l'article R. 425-15 du même code : " Lorsque le projet porte sur un établissement recevant du public, le permis de construire tient lieu de l'autorisation prévue par l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation dès lors que la décision a fait l'objet d'un accord de l'autorité compétente. Le permis de construire indique, lorsque l'aménagement intérieur de l'établissement recevant du public ou d'une partie de celui-ci n'est pas connu lors du dépôt de la demande, qu'une autorisation complémentaire au seul titre de l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation devra être demandée et obtenue avant son ouverture au public en ce qui concerne l'aménagement intérieur du bâtiment ou de la partie de bâtiment concernée. " Aux termes de l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation, alors en vigueur : " Les travaux qui conduisent à la création, l'aménagement ou la modification d'un établissement recevant du public ne peuvent être exécutés qu'après autorisation délivrée par l'autorité administrative, qui vérifie leur conformité aux règles d'accessibilité prévues à l'article L. 161-1 et, lorsque l'effectif du public et la nature de l'établissement le justifient, leur conformité aux règles de sécurité contre l'incendie prévues aux articles L. 141-2 et L. 143-2. "

4. D'une part, les requérants ne sauraient en tout état de cause soutenir que les avis des services gestionnaires des différents réseaux publics devant desservir l'immeuble collectif à construire n'auraient pas été recueillis, dès lors que les avis d'ENEDIS, de VEOLIA et du SIEIL 37 sont visés dans l'arrêté litigieux lui-même. D'autre part, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la commission consultative départementale de sécurité et d'accessibilité n'avait pas à être consultée avant la délivrance du permis de construire dès lors que le bâtiment en litige ne peut être regardé comme un établissement recevant du public, au sens des articles R. 425-15 du code de l'urbanisme et L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation cités au point 3. Le moyen doit, par suite, être écarté dans ses différentes branches.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés () ".

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet nécessiterait des travaux sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité pour assurer la desserte du projet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 5 doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

8. La circonstance invoquée par les requérants selon laquelle le projet d'immeuble génèrera, de par le nombre de logements prévus, une circulation routière plus dense ne saurait suffire à établir l'existence d'un risque pour la sécurité routière. De même, si les requérants soutiennent que le projet ne prévoit pas un nombre de places de stationnement suffisant, une telle allégation ne suffit pas à établir que le projet suscitera, dans la rue des Ecoles, des stationnements " sauvages " des visiteurs et livreurs susceptibles d'être sollicités par les futurs occupants de l'immeuble contesté. En outre, le fait que, lors de l'instruction de la demande de permis de construire, la commune a étudié la nécessité d'aménagements de la voirie ne caractérise pas davantage l'existence d'un risque pour la sécurité publique.

9. Par ailleurs, la délivrance du permis de construire litigieux ne saurait préjuger des modalités techniques choisies, au moment de son exécution, pour enterrer le réservoir de gaz mentionné sur le plan des réseaux du projet, dans des conditions de nature à garantir les règles de sécurité posées par l'arrêté du 30 juillet 1979 susvisé qu'il n'appartient pas au maire de contrôler dans le cadre de l'instruction des demandes d'autorisations d'urbanisme. D'autre part, le seul fait que ce réservoir de gaz soit implanté à proximité de la rue des Ecoles n'est pas de nature, à lui seul, à démontrer l'existence d'un risque pour la sécurité qui aurait dû conduire le maire à refuser d'accorder ledit permis en application de l'article R. 111-2 précité.

10. Il s'ensuit que le maire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme cité au point 7 en délivrant le permis de construire attaqué. Le moyen doit, par suite, être écarté ainsi que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'arrêté du 30 juillet 1979.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " () L'accès doit être aménagé de façon à ne pas entraîner de risques pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment de la position des accès, de leur configuration, de la nature et de l'intensité du trafic ainsi que de la nature du projet. Les caractéristiques des accès doivent permettre de satisfaire aux règles minimales de desserte notamment en ce qui concerne la défense contre l'incendie et la protection civile. () Pour être constructible, un terrain doit être desservi par une voie publique ou privée de caractéristiques proportionnées à l'importance de l'occupation ou de l'utilisation du sol envisagée, et adaptées à l'approche du matériel de lutte contre l'incendie. Les voies nouvelles en impasse doivent être aménagées dans leur partie terminale afin de permettre aux véhicules de lutte contre l'incendie de faire aisément demi-tour ainsi qu'aux véhicules d'enlèvement des ordures ménagères lorsqu'il n'est pas prévu un point de collecte à l'entrée de l'impasse () ".

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que la circonstance que le projet d'immeuble génèrera, de par le nombre de logements prévus, une circulation routière plus dense ne saurait suffire à établir l'existence d'un risque pour la sécurité routière. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'enfouissement du réservoir de gaz est prévu en dehors de la voie interne du projet sur lesquelles les véhicules pourront circuler. Par ailleurs, il ressort du plan de masse, qu'il est prévu d'aménager sur le terrain d'assiette du projet contesté, une aire de présentation des ordures ménagères directement accessible depuis la rue des Ecoles au droit de l'immeuble à construire. Il ne ressort nullement des pièces du dossier que cette aire serait inaccessible aux engins de ramassage des ordures ménagères. Enfin, si les requérants soutiennent que la voie de desserte du projet ainsi que la voie interne seraient trop étroites pour permettre le passage des véhicules de lutte contre l'incendie, d'une part, la voie publique qui dessert le projet est rectiligne et présente une largeur suffisante et, d'autre part, en tout état de cause le plan de masse du projet fait apparaître que la voie interne présente une largeur de cinq mètres et permet donc l'accès des véhicules d'incendie et de secours au plus proche des bâtiments. Dans ces circonstances, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en délivrant le permis litigieux le maire a méconnu les dispositions citées au point 11.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article UB 4 du règlement du plan local d'urbanisme : " () Les branchements et réseaux divers () doivent être enfouis et/ou dissimulés en façade des constructions. () "

14. Si les requérants soutiennent à l'appui de leur moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions que la ligne aérienne implantée rue des Écoles ne sera pas enfouie, les dispositions de l'article UB 4 du règlement du PLU n'ont ni pour objet ni pour effet d'imposer au pétitionnaire l'enfouissement du réseau de distribution électrique implanté sur la voie publique au droit du projet. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire, d'une part, que la ligne de réseau aérien de distribution électrique surplombant la parcelle d'emprise du projet sera enterrée par les soins du gestionnaire de réseau et, d'autre part, que les branchements et réseaux divers internes au projet sont effectivement enfouis ou dissimulés. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 4 du règlement du PLU doit être écarté.

15. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " () Pour les constructions à usage d'habitation, les normes minimales suivantes doivent être respectées : / - 1 place par logement de type I, Ibis, II et III, / - 2 places par logement de plus de 3 pièces habitables. / Ces normes ne s'appliquent pas aux logements financés au moyen d'un prêt aidé par l'Etat pour lesquels 1 seule place de stationnement est requise ".

16. Les requérants soutiennent que le nombre de places de stationnement prévus au projet est insuffisant. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la création de quatorze logements de type T3 et 4 logements de type T4. Par ailleurs, il ressort du formulaire Cerfa de la demande de permis de construire que l'ensemble des logements créés bénéficieront d'un prêt aidé par l'Etat, de sorte qu'une seule place de stationnement est requise par logement. Dès lors, en prévoyant dix-huit places de stationnement, le projet prévoit un nombre de places de stationnement suffisant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB 12 du règlement du PLU doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C et M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant rejet du recours gracieux

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Antoine-du-Rocher, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants une somme de 1 000 euros à verser solidairement à la commune de Saint-Antoine-du-Rocher au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens ainsi qu'une somme de 1 000 euros à verser solidairement à la SCCV European Homes 245 au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C et de M. B est rejetée.

Article 2 : Mme C et M. B verseront solidairement à la commune de Saint-Antoine-du-Rocher une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Mme C et M. B verseront solidairement à la SCCV European Homes 245 une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à M. A B, à la commune de Saint-Antoine-du-Rocher et à la SCCV European homes 245.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot, conseillère,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

La rapporteure,

Anne-Laure PAJOT

Le président,

Denis LACASSAGNELa greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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