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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204137

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204137

mercredi 12 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantCARROGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2207984 du 16 novembre 2022, le tribunal administratif de Versailles a transmis la requête de M. E C au tribunal administratif d'Orléans.

Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2022, M. E C, représenté par Me Anne Carroger, avocate, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 août 2022 du préfet de l'Essonne lui faisant interdiction de se voir délivrer un permis de conduire pendant une durée de douze mois à compter de la notification dudit arrêté.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait, alors qu'il a légitimement pensé, en dépit de l'annulation judiciaire de six mois dont il a fait l'objet entre le 10 décembre 2019 et le 11 juin 2020, que son permis de conduire était valide, comme la préfecture du Loiret le lui a d'ailleurs indiqué fin 2021 par messagerie électronique ; il a néanmoins obtenu un nouveau certificat d'examen le 8 juillet 2022 après avoir découvert, à l'occasion du contrôle routier qu'il a subi le 6 juin 2022, qu'il ne détenait plus de permis ;

- l'interdiction qui lui est faite, sur le fondement de l'article L. 224-7 du code de la route, de repasser son permis de conduire pendant une durée d'un an, est intervenue sans respect de la procédure contradictoire ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il a fait le nécessaire pour repasser son permis de conduire, qu'il a suivi une formation de chauffeur VTC en février et mai 2022, sans qu'il lui ait été indiqué que son permis de conduire n'était plus valide, qu'il doit pouvoir exercer son activité professionnelle.

Par un mémoire, enregistré le 6 mars 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Loisy, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 224-7 du code de la route : " Saisi d'un procès-verbal constatant une infraction punie par le présent code de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, le représentant de l'Etat dans le département où cette infraction a été commise peut, s'il n'estime pas devoir procéder au classement, prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire ou l'interdiction de sa délivrance lorsque le conducteur n'en est pas titulaire. () ".

2. Par un arrêté du 24 août 2022, le préfet de l'Essonne a, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 224-7 du code de la route, interdit à M. C de conduire pendant une durée de douze mois, dès lors qu'à l'occasion du contrôle routier dont il avait fait l'objet le 6 juin 2022 sur la commune d'Etampes, il avait été constaté qu'il circulait sans être titulaire d'un permis de conduire. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, le préfet de l'Essonne a produit en défense un arrêté n° 20226-PREF-DCPAT-BCA-096 du 1er juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, par lequel, selon les termes de son article 1er, il donne délégation de signature à M. D B, directeur de la réglementation et de la sécurité routière par intérim à la préfecture, " pour signer, en toutes matières ressortissant à ses attributions, tous arrêtés, actes, décisions, () relevant du ministère de l'intérieur, ou des départements ministériels ne disposant pas de service en Essonne ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; () ". La décision par laquelle un préfet, sur le fondement de l'article L. 224-7 du code de la route, interdit la délivrance d'un permis de conduire à un conducteur qui n'est pas titulaire d'un tel permis est une décision individuelle défavorable qui doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En l'absence d'une procédure contradictoire particulière organisée par les textes, le préfet doit se conformer aux dispositions des articles L. 121-1, L. 121-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, en informant le conducteur de son intention d'interdiction et de la possibilité qui lui est offerte de présenter des observations dans les conditions prévues par ces dispositions. Le préfet ne peut légalement se dispenser de cette formalité, en raison d'une situation d'urgence, que s'il apparaît, eu égard au comportement du conducteur, que le fait de différer l'interdiction pendant le temps nécessaire à l'accomplissement de la procédure contradictoire créerait des risques graves pour lui-même ou pour les tiers.

5. En l'espèce, le requérant soutient que le préfet de l'Essonne s'est dispensé de mettre en œuvre la procédure contradictoire prévue par les dispositions du code des relations entre le public et l'administration. Il résulte toutefois de l'instruction que, par une lettre datée du 23 juin 2022, qui est produite en copie, le préfet de l'Essonne a informé M. C qu'il envisageait de procéder à l'interdiction d'obtenir un permis de conduire, conformément aux dispositions de l'article L. 224-7 du code de la route, et l'a invité, dans un délai de dix jours calendaires à compter de la réception du courrier, à adresser ses observations sur la mesure envisagée. Cette lettre, envoyée en recommandé avec avis de réception à l'adresse de M. C, n'a pas pu être distribuée et a été mise à disposition au bureau de poste Orléans-Argonne pour une durée de quinze jours, ainsi qu'il ressort des mentions de la fiche de suivi versée au dossier par le préfet, dont il ressort également qu'elle au final été distribuée le 22 juillet 2022 à la suite d'un retour. Le requérant n'a pas répliqué à la suite de cette production. Dans ces conditions, le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire doit être écarté, sans que M. C puisse utilement soutenir qu'il n'existait pas de situation d'urgence

6. En troisième lieu, le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait, alors qu'il a légitimement pensé, en dépit de l'annulation judiciaire de six mois dont il a fait l'objet entre le 10 décembre 2019 et le 11 juin 2020, que son permis de conduire était valide, et n'a découvert qu'à l'occasion du contrôle routier qu'il a subi le 6 juin 2022 qu'il ne détenait plus de permis. Toutefois, M. C précise lui-même, dans ses écritures, avoir " été condamné par une décision judiciaire devenue définitive le 9 décembre 2019 à une peine de cinq mois d'emprisonnement délictuel ainsi qu'à une peine complémentaire de six mois d'annulation de permis de conduire ". Il précise encore avoir, en novembre 2021, " pris attache avec les services de la préfecture [du Loiret] afin d'obtenir la liste des examens médicaux devant être effectués pour repasser le permis de conduire suite à l'annulation de celui-ci ". Il doit ainsi être regardé comme établi, en dépit de l'imprécision regrettable des messages échangés avec la préfecture, que M. C n'ignorait pas, à la suite de l'annulation judiciaire dont il avait fait l'objet, ne plus disposer du permis de conduire et devoir subir un examen pour pouvoir à nouveau disposer d'un tel titre. Dès lors, le moyen tenant à l'erreur de fait entachant l'arrêté du 24 août 2022 doit, en tout état de cause, être écarté.

7. En dernier lieu, le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des démarches qu'il a accomplies dès juillet 2022 pour obtenir un nouveau permis et de sa situation professionnelle. Toutefois, M. C ne peut utilement se prévaloir de tels arguments au soutien de sa contestation de la légalité de l'acte en litige. Dès lors, le moyen tenant à l'erreur d'appréciation entachant l'arrêté du 24 août 2022 doit également être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 12 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Paule A

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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