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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204159

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204159

jeudi 9 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204159
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP LEMAIGNEN DE GAULLIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée, sous le n° 2204159, le 22 novembre 2022, Mme A C, représentée par Me Boullay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 par lequel le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon l'a admise à la retraite pour invalidité non imputable au service ;

2°) d'enjoindre aux autorités compétentes de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas d'une délégation de signature ;

- l'administration ne justifie pas que le médecin du travail attaché au service auquel elle appartient a été informé de la réunion du conseil médical statuant sur la requalification de ses arrêts de travail en maladie professionnelle, sur son aptitude à ses fonctions et sur sa mise en retraite non imputable au service ;

- l'avis défavorable du 5 mai 2022 du conseil médical n'est pas motivé ;

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- l'auteur de la décision attaquée s'est cru à tort en situation de compétence liée au regard du caractère défavorable de l'avis du conseil médical ;

- la décision attaquée méconnait l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique.

Par un mémoire enregistré le 8 décembre 2023, le garde des Sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée, sous le n° 2302947, le 17 juillet 2023, Mme A C, représentée par Me Boullay, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 mai 2023 par lequel le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a refusé de faire droit à sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle ;

2°) d'enjoindre aux autorités compétentes de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la signataire de la décision attaquée ne justifie pas d'une délégation de signature ;

- l'administration ne justifie pas que le médecin du travail attaché au service auquel elle appartient a été informé de la réunion du conseil médical statuant sur la requalification de ses arrêts de travail en maladie professionnelle, sur son aptitude à ses fonctions et sur sa mise en retraite non imputable au service ;

- l'avis défavorable du 5 mai 2022 du conseil médical n'est pas motivé ;

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- l'auteur de la décision attaquée s'est cru à tort en situation de compétence liée au regard du caractère défavorable de l'avis du conseil médical ;

- la décision attaquée méconnait l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique.

Par un mémoire enregistré le 22 décembre 2023, le garde des Sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,

- et les observations de Me Boscher, substituant Me Boullay, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C a exercé les fonctions de surveillante pénitentiaire au centre de détention de Chartres de 2001 à 2005. Reconnue inapte à l'exercice de ses fonctions, elle a été reclassée au sein du corps des adjoints administratifs à compter du 1er février 2005, et a, dans ce cadre, pris ses nouvelles fonctions au centre de détention de Châteaudun. Mme C a ensuite été placée en congé de longue maladie du 6 avril 2016 au 5 avril 2021. Le 4 mars 2021, elle a présenté une demande de reconnaissance de maladie professionnelle auprès du directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon. Par un arrêté du 7 septembre 2022, dont elle demande l'annulation par une requête enregistrée sous le n° 2204159, ce dernier l'a admis à la retraite pour invalidité non imputable au service à compter du 6 octobre 2022. Par ailleurs, par une décision du 9 mai 2023, dont elle demande l'annulation par une requête enregistrée, sous le n° 2302947, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a refusé de reconnaitre le caractère professionnel de sa maladie.

2. Les requêtes n° 2204159 et n° 2302947 concernent la situation d'un même agent, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 14 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Le médecin du travail attaché au service auquel appartient le fonctionnaire dont le dossier est soumis au conseil médical est informé de la réunion et de son objet. Il peut obtenir, s'il le demande, communication du dossier de l'intéressé. Il peut présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion. Il remet un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 34 et 47-7 du présent décret ".

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le médecin du travail attaché au service auquel appartenait Mme C ait été informé de la réunion du conseil médical du 5 mai 2022 relatif à l'émission d'un avis sur sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle, son aptitude à ses fonctions et sur sa mise en retraite pour invalidité non imputable au service. Ainsi, l'article 14 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des

fonctionnaires a été méconnu. Cette irrégularité est susceptible d'avoir exercé une influence sur le sens des deux décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être accueilli.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 15 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " L'avis du conseil médical est motivé dans le respect du secret médical () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du conseil médical du 5 mai 2022, défavorable sur la reconnaissance du caractère professionnel de la maladie de Mme C et favorable quant à sa mise à la retraite pour invalidité non imputable au service, ne contient aucune mention dans ses rubriques " motivation " et " observations ". Par ailleurs, cet avis ne fait aucune référence au rapport du médecin de prévention du 28 septembre 2022 ni même mention de ce rapport, ni aucune référence aux expertises du médecin expert du 10 mai 2021 et du 10 janvier 2022, sur lesquels s'est appuyé le conseil médical pour rendre son avis. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cet avis doit être accueilli.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ", tandis qu'aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

8. En se bornant à indiquer que Mme C " cesse ses fonctions dans les conditions suivantes : () admission à la retraite pour invalidité non imputable au service " sans faire mention de l'avis du conseil médical du 5 mai 2022 ni à des pièces du dossier médical de Mme C, l'arrêté du 7 septembre 2022 ne peut pas être regardé comme comportant l'énoncé des considérations de fait qui constituent son fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être accueilli.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que l'arrêté du 7 septembre 2022 et la décision du 9 mai 2023 doivent être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Dans les circonstances de l'espèce et au regard de la nature des moyens fondant l'annulation des décisions attaquées, il y a lieu d'enjoindre au garde des Sceaux, ministre de la justice de réexaminer, comme demandé par Mme C, sa demande d'admission à la retraite ainsi que sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle dans un délai de deux mois.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 septembre 2022 par lequel le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a admis Mme C à la retraite pour invalidité non imputable au service à compter du 6 octobre 2022 est annulé.

Article 2 : La décision du 9 mai 2023, par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a refusé de reconnaitre le caractère professionnel de la maladie de Mme C est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au garde des Sceaux, ministre de la justice, de procéder au réexamen de la demande d'admission à la retraite de Mme C ainsi que de sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au garde des Sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Keiflin, première conseillère,

Nicolas B, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2025.

Le rapporteur,

Nicolas B

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière

Sarah LEROY

La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2204159

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