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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204210

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204210

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCARROGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Carroger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2022 par lequel la préfète du Loiret a décidé son transfert aux autorités espagnoles ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2022 par lequel la préfète du Loiret l'a assigné à résidence dans le département du Loiret pour une durée de quarante-cinq jours.

Il soutient :

- à l'encontre de la décision de transfert, qu'il craint pour sa vie en cas de retour en Espagne et que cette décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- à l'encontre de la décision d'assignation, qu'il dispose d'une adresse stable.

Par un mémoire, enregistré le 28 novembre 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 novembre 2022 :

- le rapport de Mme C ;

- et les observations de M. B, en langue française, qui a indiqué craindre pour sa vie en cas de retour en Espagne.

La préfète du Loiret n'était ni présent, ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant mauritanien, est entré en France muni d'un visa délivré par les autorités espagnoles. La consultation du fichier Visabio a révélé qu'un visa lui avait été délivré au moment du dépôt de sa demande d'asile dans ce pays, préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France. Les autorités espagnoles ont été saisies, le 8 novembre 2022, d'une requête aux fins de reprise en charge. Les autorités espagnoles ont fait connaître leur accord le 16 novembre 2022. La préfète du Loiret, par arrêtés distincts des 17 novembre et 18 novembre 2022, notifiés le 24 novembre 2022, d'une part, a décidé le transfert de M. B aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département du Loiret pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté de transfert :

2. En premier temps, aux termes du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement du 26 juin 2013 susvisé : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient au juge administratif de rechercher si, à la date de l'arrêté contesté, il existait des motifs sérieux et avérés de croire, au vu de la situation générale du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile dans l'État membre initialement désigné comme responsable ou de la situation individuelle de l'intéressé, qu'en cas de remise aux autorités de cet État, il ne bénéficierait pas d'un examen effectif de sa demande et risquerait de subir des traitements contraires à l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

3. M. B se borne à soutenir qu'il encoure un risque pour sa vie en cas de retour en Espagne, des amis de son ancien employeur voulant intenter à ses jours du fait de son homosexualité. Il ne produit toutefois aucune pièce à l'appui de ses écritures. En toute hypothèse, il n'établit, ni même n'allègue qu'il existerait des motifs sérieux et avérés de croire qu'en cas de transfert aux autorités espagnoles, il ne bénéficierait pas d'un examen de sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Le moyen doit donc être écarté.

4. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de transfert attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors que le requérant est entré récemment sur le territoire français et qu'il ne dispose d'aucune attache familiale en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

5. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. / () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable () ". Aux termes de l'article L. 751-5 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application de l'article L. 751-2 se présente aux convocations de l'autorité administrative, répondre aux demandes d'information et se rendre aux entretiens prévus dans le cadre de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile ou de l'exécution de la décision de transfert () ". Enfin, aux termes de l'article L. 733-1 de ce code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ".

6. Au regard des dispositions précitées, la seule circonstance, invoquée par le requérant, qu'il " justifie d'une adresse " n'est pas de nature à établir que la décision d'assignation prononcée à son encontre lui imposant de se présenter les lundis et mercredis à 8 h 30 à la brigade mobile de recherche d'Orléans - et alors que l'existence d'une adresse constitue une garantie de représentation effective propre à prévenir le risque que l'intéressé se soustrait à l'exécution de la décision de transfert -, ne serait pas fondée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés des 17 et 18 novembre 2022 portant transfert aux autorités espagnoles et assignation à résidence doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 29 novembre 2022.

Le magistrat désigné

Mélanie C

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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