mercredi 1 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2204218 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ECHCHAYB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 novembre 2022, M. H A E, représenté par Me Echchayb, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2022 par lequel la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 300 euros à verser à son conseil.
M. A E soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- le signataire de cet arrêté n'établit pas qu'il avait reçu compétence à cet effet ;
- l'arrêté attaqué n'a pas été pris à l'issue d'un examen de sa situation personnelle et il n'a pas été entendu ni mis en situation de présenter ses observations orales avant l'intervention de cette décision ;
- il remplissait les conditions pour se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la préfète, qui n'a pas fait usage de son pouvoir d'appréciation, a ainsi commis une erreur de droit ;
- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- cette décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- en outre, la décision fixant le pays de destination implique son retour dans son pays d'origine, situation qui est inenvisageable.
Par un mémoire enregistré le 22 février 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
La préfète soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Le tribunal a été informé le 22 février 2023 de ce que M. A E a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours par un arrêté du 16 janvier 2023.
M. A E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. G pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. G,
- et les observations de Me Echchayb, représentant M. A E, qui persiste dans les conclusions de sa requête, par les mêmes moyens.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, ressortissant tunisien né le 11 septembre 1988, est entré irrégulièrement en France au mois d'avril 2011, selon ses déclarations. Après avoir fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par arrêté du 29 juin 2013, il a - selon les déclarations qu'il a faites le 27 octobre 2022 lors de son audition par les services de la police aux frontières - quitté la France pour l'Italie, avant de revenir en France au mois de juillet 2015. Interpellé le 27 octobre 2022 sur son lieu de travail dans le cadre d'une enquête préliminaire pour des faits d'escroquerie aggravée et détention et usage de faux, il a fait le jour même l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination dont il a demandé l'annulation par une requête enregistrée le 25 novembre 2022 au greffe du tribunal administratif d'Orléans. M. A E ayant été, en cours d'instance, assigné à résidence sur le fondement du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif, en application des articles L. 614-7 et L. 614-9 de ce code et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, de statuer sur la requête de M. A E.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Christophe Carol, secrétaire général adjoint de la préfecture du Loiret. Par un arrêté du 27 juillet 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, Mme C F, préfète du Loiret, a donné délégation à M. B, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Benoît Lemaire, secrétaire général, à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas l'arrêté attaqué. Il n'est pas établi, ni même allégué, que M. D n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment les 1° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle les conditions dans lesquelles M. A E déclare être entré en France, relève, d'une part, que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français sans avoir effectué aucune démarche administrative auprès d'une préfecture en vue de régulariser sa situation administrative, d'autre part, qu'il tire ses revenus d'un travail sans toutefois avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2 du code du travail. L'arrêté attaqué, au surplus, vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et relève que l'intéressé déclare être célibataire et sans charge de famille et que dans ces conditions, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par ailleurs l'arrêté attaqué, qui vise les articles L. 721-3 à 721-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle que M. A E est de nationalité tunisienne et relève en outre qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé, tant en ce qu'il fait obligation à M. A E de quitter le territoire français qu'en tant qu'il fixe le pays de destination en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement.
4. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A E avant de prendre l'arrêté attaqué, ni qu'elle se serait estimée en situation de compétence liée pour obliger l'intéressé à quitter le territoire français.
5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, et particulièrement du procès-verbal de l'audition du 27 octobre 2022, que M. A E, préalablement à l'intervention de l'arrêté attaqué, a été interrogé sur sa situation administrative, informé de la possibilité qu'une mesure d'éloignement soit prise à son encontre et expressément invité à présenter ses observations sur cette mesure, ce qu'il a fait effectivement. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas été mis en situation de présenter ses observations avant l'intervention de l'arrêté attaqué manque en fait.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français lorsqu'il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit.
7. M. A E fait valoir, en se prévalant de la durée de son séjour en France ainsi que de son insertion sociale et professionnelle, qu'il devait se voir délivrer de plein droit une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ".
8. Toutefois, les pièces produites par le requérant ne permettent pas de justifier de la continuité de son séjour en France depuis 2011, ni même depuis l'année 2015, mais tout au plus depuis la fin de l'année 2019. Le requérant, qui n'est pas dépourvu de toute famille dans son pays d'origine, où résident ses parents, se déclare célibataire sans enfant et ne fait pas état de liens familiaux en France, en dehors de la présence sur le territoire français de son cousin. Les seules attestations qu'il produit, émanant essentiellement de collègues de travail, ne permettent pas d'établir une insertion sociale particulière. Enfin M. A E n'a jamais demandé la régularisation de sa situation administrative et, s'il a exercé une activité professionnelle sur le territoire français, c'est en méconnaissance de la législation sur l'emploi des étrangers et en faisant d'ailleurs usage en dernier lieu d'une fausse carte d'identité italienne. Dans ces conditions, un refus de titre de séjour ne porterait pas au droit de M. A E au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs d'un tel refus. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit et qu'il ne pouvait par suite faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
9. En sixième lieu, eu égard aux éléments, rappelés au point précédent, de la situation personnelle de M. A E, l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, en prenant l'arrêté attaqué la préfète du Loiret n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Eu égard aux même éléments, elle n'a pas entaché d'une erreur manifeste l'appréciation qu'elle a portée sur les conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.
10. En septième lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée des illégalités invoquées par le requérant. Par suite, M. A E n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, s'il fait valoir que son retour dans son pays d'origine constitue une " situation inenvisageable ", il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A E tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2022 attaqué doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée au profit du conseil de M. A E en application de ces dispositions et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H A E et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2023.
Le magistrat désigné,
Frédéric G
Le greffier,
Roger MBELANI
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026