vendredi 15 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2204243 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | HERVOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 novembre 2022 et le 23 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Madrid, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète du Loiret aurait refusé de lui délivrer une carte de résident, ensemble la décision expresse de rejet prise le 2 novembre 2023 ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident en sa qualité de parent d'enfant français dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de procéder, dans le délai de deux mois et sous les mêmes conditions d'astreinte, au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en ne lui délivrant qu'un titre de séjour temporaire valable un an, la préfète du Loiret a implicitement refusé de faire droit à sa demande de carte de résident ; ce refus implicite est entaché d'un défaut de motivation ;
- la décision expresse prise par la préfète du Loiret le 2 novembre 2023 ne tient pas compte de sa situation personnelle et professionnelle, ni de sa vie privée et familiale ; elle est dès lors entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation et est insuffisamment motivée ;
- alors que la préfète du Loiret, par un courrier du 30 juin 2022, lui avait donné un délai de quinze jours pour présenter ses observations, en lui délivrant le 13 juillet 2022 une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable un an, la préfète a méconnu les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le défaut de consultation préalable de la commission du titre de séjour entache d'illégalité la décision attaquée ;
- la préfète du Loiret en refusant de lui délivrer une carte de résident alors qu'il est parent d'un enfant français a méconnu les dispositions de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il ne constitue pas une menace grave et actuelle pour l'ordre public ; par ailleurs, la préfète du Loiret ne justifie pas que la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires, consultation sur laquelle elle s'appuie pour soutenir qu'il représente une menace pour l'ordre public, a été effectuée conformément aux dispositions prévues par le code de procédure pénale ; en outre, la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;
- la décision prise par la préfète du Loiret méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de sa fille tel que garanti par l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par une ordonnance du 12 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er décembre 2023.
Un mémoire présenté pour la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, a été enregistré le 19 février 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lardennois,
- et les observations de Me Madrid, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 1er septembre 1985, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français le 14 septembre 2010. Le 5 octobre 2013, il s'est marié avec une ressortissante française. De leur union, est née le 29 avril 2014 une fille prénommée Jasmine. Par un jugement du 17 juillet 2020, confirmé par un arrêt de la chambre de la famille de la cour d'appel d'Orléans du 21 septembre 2021, le juge aux affaires familiales de Montargis a notamment prononcé le divorce entre les époux pour altération définitive du lien conjugal, rappelé l'exercice conjoint de l'autorité parentale sur l'enfant précédemment constatée par ordonnance de non-conciliation rendue le 10 août 2018 par le même juge et maintenu la résidence de l'enfant au domicile du père ainsi qu'un droit de visite à la mère. Du 2 décembre 2013 au 24 avril 2021, M. B a séjourné sur le territoire français de manière régulière sous couvert de titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " régulièrement renouvelés. Le 17 février 2022, M. B a sollicité des services de la sous-préfecture de Montargis la délivrance d'une carte de résident. Par un courrier du 30 juin 2022, la préfète du Loiret a informé l'intéressé qu'elle ne pouvait réserver une suite favorable à sa demande de carte de résident mais qu'elle envisageait de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ". Le 13 juillet 2022, la préfète du Loiret a délivré à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler valable jusqu'au 12 juillet 2023. Le 24 avril 2023, M. B a présenté une nouvelle demande de délivrance de carte de résident sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 2 novembre 2023, la préfète du Loiret, après avoir consulté la commission du titre de séjour, a de nouveau rejeté sa demande tout en renouvelant sa carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". M. B demande l'annulation de la décision implicite de rejet opposée à sa demande de carte de résident formulée le 17 février 2022, ensemble la décision du 2 novembre 2023 en tant que par ladite décision la préfète du Loiret lui refuse la délivrance d'une carte de résident.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande formée devant elle fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse et les moyens spécifiquement dirigés contre la décision implicite sont donc inopérants.
3. En l'espèce, si une décision implicite de rejet est née du silence gardé plus de quatre mois par la préfète du Loiret sur la demande formée par M. B le 17 février 2022, il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement du courrier de la préfète du Loiret du 30 juin 2022 que cette dernière, en informant le requérant qu'elle ne pouvait réserver une suite favorable à sa demande de carte de résident, a entendu rejeter expressément la demande formée par M. B. Dans ces conditions, les conclusions de la requête à fin d'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration doivent être regardées comme dirigées contre la décision de la préfète du Loiret du 30 juin 2022.
4. Par ailleurs, si le requérant fait valoir que la décision de la préfète du Loiret du 2 novembre 2023 est une décision confirmative de la décision de refus implicite qui aurait été opposée à sa demande du 17 février 2022, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement des termes mêmes de la décision du 2 novembre 2023, que celle-ci fait suite à une nouvelle demande de carte de résident présentée par le requérant le 24 avril 2023. Dès lors les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être regardées comme étant dirigées contre les décisions distinctes prises par la préfète du Loiret les 30 juin 2022 et 2 novembre 2023 sur les demandes de carte de résident présentées par l'intéressé successivement les 17 février 2022 et 24 avril 2023.
5. Aux termes de l'articles L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans () ". Aux termes de l'article L. 423-7 de ce code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
6. Il ressort des termes des décisions contestées que pour refuser à M. B la délivrance d'une carte de résident, la préfète du Loiret s'est fondée sur le seul motif tiré de ce que la présence de l'intéressé sur le territoire français constituerait une menace pour l'ordre public. Lorsque l'administration oppose un tel motif, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. En l'espèce, la préfète s'est fondée, en 2022 comme en 2023, sur le fait que l'intéressé avait été condamné le 3 mai 2017 à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour " violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité " et qu'il était en outre défavorablement connu des forces de sécurité pour divers autres faits dont la matérialité n'est pas établie et dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils aient fait l'objet de suites pénales. Par ailleurs, en 2023, la préfète s'est aussi fondée sur le fait qu'une plainte avait été déposée à l'encontre de M. B le 29 mars 2023 pour " diffamation envers une juridiction, une administration publique, un corps constitué ou l'armée par parole, image, écrit ou moyen de communication par voie électronique et injure publique envers une personne chargée d'une mission de service public ". Toutefois, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait fait l'objet de poursuites judiciaires ou de condamnations autres que celles de 2017 et d'autre part, le requérant soutient, sans être contredit par la préfète du Loiret, qui n'a pas produit de mémoire en défense avant la clôture de l'instruction, malgré une mise en demeure, que les faits objet de la plainte de mars 2023 font suite à une usurpation d'identité dont il a été victime et pour laquelle il a lui-même porté plainte. Dans ces conditions et compte tenu du caractère isolé des seuls faits pour lesquels l'intéressé a été condamné, M. B est fondé à soutenir que la préfète, en considérant qu'il constituait une menace pour l'ordre public, a entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation des décisions de la préfète du Loiret lui refusant la délivrance d'une carte de résident.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que la préfète du Loiret procède au réexamen de la demande de M. B. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre à la préfète du Loiret de procéder au réexamen de la demande de carte de résident présentée par M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions de la préfète du Loiret du 30 juin 2022 et du 2 novembre 2023 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de procéder au réexamen de la demande de carte de résident de M. B.
Article 3 : La somme de 1 500 euros est mise à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 23 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.
Le rapporteur,
Stéphane LARDENNOIS
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026