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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204252

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204252

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204252
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET DOREAN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2022, M. B A, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler le tableau d'avancement au grade de major de police établi au titre de l'année 2022 ;

2°) d'enjoindre aux autorités compétentes de procéder rétroactivement à son inscription au tableau d'avancement au grade de major de police établi au titre de l'année 2022.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il détenait de bonnes appréciations et notations et une ancienneté plus importante dans le grade de brigadier-chef de police que ses collègues promus au grade de major de police.

Par un mémoire enregistré le 28 juillet 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par Me Dubois, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable car elle est dépourvue de conclusions et de moyens et la décision attaquée n'a pas été produite par le requérant ;

- les conclusions du requérant tendant à l'annulation du tableau d'avancement au grade de major de police en tant qu'il n'y figure pas sont irrecevables dès lors que celui-ci présente un caractère indivisible ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs de la police nationale ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat ;

- l'arrêté du 15 décembre 2021 fixant les règles d'organisation générale et la nature de l'épreuve des examens professionnels pour l'avancement au grade de major de police de la police nationale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Garros,

- les conclusions de M. Joos, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, brigadier-chef de police, a sollicité son inscription sur le tableau d'avancement au grade de major de la police nationale au titre de l'année 2022. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer, par un télégramme du 30 septembre 2022, a diffusé la liste des fonctionnaires promus au grade de major de police au titre de l'année 2022. M. A dont la candidature n'a pas été retenue demande l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2022 relatif au tableau d'avancement au grade de major de police pour l'année 2022.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ".

3. Le ministre de l'intérieur fait valoir, à titre principal, que les écritures du requérant ne peuvent être regardées comme constituant une requête, et à titre subsidiaire, que si ces écritures devaient être regardées comme constituant une requête, elles ne sont pas suffisamment précises pour être recevables. Il ressort toutefois des pièces du dossier que par une pièce intitulée " explication de la demande du recours administratif " adressée au tribunal, M. A demande à ce que " la décision prise de ne pas [le] nommer major de police dans le cadre de l'avancement de 2022 soit revue, et que ce grade [lui] soit attribué ". Le requérant ne peut ainsi qu'être regardé comme demandant l'annulation du tableau d'avancement au grade de major de police établi au titre de l'année 2022 en tant qu'il n'y figure pas. Par ailleurs, il ressort de cette même pièce que M. A doit être regardé, au regard de son argumentation, comme soulevant un unique moyen tiré de ce que l'administration a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'inscrire sur le tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022. Par suite, la requête du requérant n'étant pas dépourvue de conclusions, ni de moyen, et ce dernier étant par ailleurs suffisamment précis, les fins de non-recevoir précitées doivent être écartées.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A verse aux débats un télégramme en date du 30 septembre 2022 du ministère de l'intérieur auquel était annexé l'arrêté n° 6567 du même jour relatif au tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022 publié au Bulletin officiel du ministère de l'intérieur n° 1 du 14 novembre 2022. Ce tableau est par ailleurs librement accessible sur le site internet du ministère de l'intérieur. Dans ces conditions et au cas d'espèce, la fin de non-recevoir tirée de la non production de la décision attaquée doit être écartée.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 18 du décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale, dans sa rédaction applicable au litige : " Dans la limite du douzième de l'ensemble des promotions du grade à réaliser dans l'année pour laquelle le tableau d'avancement est établi, peuvent être promus au grade de major de police par inscription sur un tableau annuel d'avancement établi par le ministre de l'intérieur, les brigadiers-chefs de police qui, au 1er janvier de l'année pour laquelle le tableau d'avancement a été arrêté, comptent huit ans au moins de services effectifs depuis leur nomination dans le grade de brigadier-chef ". Par ailleurs, aux termes de l'article 14 du décret n° 2021-1249 du 29 septembre 2021 portant modification des procédures d'avancement au sein du corps d'encadrement et d'application de la police nationale : " Pendant cinq années à compter de la date de publication du présent décret, les brigadiers-chefs réunissant les conditions pour une promotion au grade supérieur au plus tard au titre de l'année 2022 en application de l'article 18 du décret du 23 décembre 2004 susvisé dans sa rédaction antérieure au présent décret peuvent être promus au grade de major au titre de l'article 18 dans sa rédaction issue du présent décret. La limite fixée dans ce même article ne leur est pas applicable ".

7. Lorsqu'un tableau d'avancement comporte un nombre maximum d'agents, il présente un caractère indivisible. Des conclusions d'un agent tendant à l'annulation de ce tableau en tant qu'il n'y figure pas sont donc irrecevables. Toutefois, si les dispositions statutaires d'un corps de fonctionnaire ne limitent pas le nombre des agents susceptibles d'être inscrits au sein d'un tableau d'avancement, un requérant peut demander l'annulation du tableau d'avancement dans son ensemble, mais aussi en tant qu'il n'y figure pas sans que ces dernières conclusions soient entachées d'irrecevabilité.

8. Il ressort des dispositions précitées de l'article 14 du décret du 29 septembre 2021 portant modification des procédures d'avancement au sein du corps d'encadrement et d'application de la police nationale que les dispositions statutaires applicables à titre transitoire aux brigadiers-chefs de police promouvables au grade de major ne limitent plus le nombre d'agents susceptibles d'être inscrits au tableau d'avancement au grade de major de police. M. A est donc recevable à demander l'annulation du tableau d'avancement en tant qu'il n'y figure pas et la fin de non-recevoir opposée en ce sens doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

9. Aux termes de l'article L. 522-21 du code général de la fonction publique : " Les nominations au grade d'avancement au sein d'un corps de la fonction publique de l'Etat doivent avoir lieu dans l'ordre du tableau d'avancement ou de la liste de classement du concours professionnel. ".

10. L'article 17 du décret du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale, dans sa version alors en vigueur, dispose que : " Pour l'établissement du tableau d'avancement de grade qui est soumis à l'avis des commissions administratives paritaires, il est procédé à un examen approfondi de la valeur professionnelle des agents susceptibles d'être promus compte tenu des notes obtenues par les intéressés, des propositions motivées formulées par les chefs de service et de l'appréciation portée sur leur manière de servir. Cette appréciation prend en compte les difficultés des emplois occupés et les responsabilités particulières qui s'y attachent ainsi que, le cas échéant, les actions de formation continue suivies ou dispensées par le fonctionnaire et l'ancienneté. ".

11. D'une part, les fonctionnaires, même s'ils remplissent les conditions statutaires requises pour bénéficier d'une promotion au choix, ne détiennent aucun droit à être inscrits sur un tableau d'avancement. D'autre part, le juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un recours tendant à l'annulation d'un arrêté portant inscription au tableau d'avancement et nomination dans un grade supérieur, ne peut se borner, dans le cadre de son contrôle restreint, à apprécier la valeur professionnelle d'un candidat écarté, et doit analyser les mérites comparés de cet agent et de ceux des autres agents candidats à ce même grade. Il lui appartient de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties.

12. Il ressort des pièces du dossier que M. A a intégré les effectifs de la police nationale le 31 juin 1992 avant d'être titularisé le 1er août 1993 et a été promu au grade de brigadier-chef de police le 2 octobre 2002. Il était affecté en dernier lieu à la circonscription de proximité de Chartres et disposait au 1er janvier 2022 d'une ancienneté de dix-sept ans et deux mois dans le grade de brigadier-chef. L'appréciation de son compte-rendu d'entretien professionnel établi au titre de l'année 2021 mentionne les qualités professionnelles de M. A et indique que " le grade de major auquel il peut prétendre serait un juste reflet de l'investissement et des compétences de ce policier polyvalent ". Il a été placé en dix-neuvième position sur la liste

de classement de l'examen professionnel pour l'accès au grade de major de police nationale au sein de sa circonscription alors que seuls les trois premiers de ce classement ont été promus à ce grade.

13. Il ressort toutefois de cette liste que M. A disposait d'une ancienneté significativement supérieure (dix-sept ans et deux mois) à celle de ses trois collègues promus (entre quinze ans et quatre mois et quinze ans et dix mois). Il ressort également des pièces du dossier qu'il a obtenu les notes de 5, 6 et 6 dans le cadre ses évaluations de 2019, 2020 et 2021, correspondant aux appréciations " très bon " et " excellent " et que s'agissant de ses trois collègues promus si deux ont obtenu une notation légèrement supérieure, à savoir 6 pour les trois années, l'un d'entre eux s'est vu attribuer la même notation. Enfin, il ressort de la liste des brigadiers-chefs de police promouvables à l'avancement que l'ancienneté de la réussite à l'examen professionnel mentionné à l'article 17 du décret du 9 mai 1995 semble avoir été un des critères d'établissement de l'ordre de cette liste. En effet, il ressort de ce tableau que l'ordre de la liste des promouvables correspond en tout point à l'ancienneté de la réussite à cet examen. Or, si cette liste indique que M. A n'est titulaire de cet examen que depuis l'année 2020, ce qui correspond à l'année de son affectation à la circonscription de proximité de Chartres, il ressort des pièces du dossier que ce dernier a été titulaire de cet examen dès l'année 2014, alors que deux de ses collègues promus ne sont titulaires de cet examen que depuis l'année 2015 et 2016.

14. Au regard de l'ensemble de ces éléments, et dès lors que le ministre ne verse aux débats aucune pièce, qu'il est par ailleurs lui seul en capacité de produire, permettant d'établir qu'il s'est fondé sur d'autres motifs que ceux susmentionnés pour établir la liste des candidats promouvables au grade de major de police, le moyen tiré de ce que le tableau d'avancement au grade de major de police établi au titre de l'année 2022 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doit être accueilli.

15. Il résulte de ce qui précède, que l'arrêté du 30 septembre 2022 relatif au tableau d'avancement au grade de major de police pour l'année 2022 doit être annulé en tant que M. A n'y figure pas.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. L'exécution du présent jugement implique que la situation de M. A soit réexaminée, en conformité avec ce qui a été dit au point 13, en vue de son inscription au tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 septembre 2022 relatif au tableau d'avancement au grade de major de police pour l'année 2022 est annulé en tant que M. A n'y figure pas.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la situation de M. A en vue de son inscription au tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Keiflin, première conseillère,

M. Garros, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le rapporteur,

Nicolas GARROS

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière

Sarah LEROY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 220425

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