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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204273

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204273

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantGREFFARD-POISSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2022, M. C E, représenté par Me Bénédicte Greffard-Poisson, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2022 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination de sa reconduite ;

2) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- l'obligation de quitter le territoire n'a pas fait l'objet d'un examen de sa situation personnelle et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

M. E été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 16 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant de la République de Guinée né le 3 août 1978, a été interpellé le 17 novembre 2022 par les services de la police aux frontières d'Orléans pour infraction à la législation sur les étrangers. Il a déclaré être entré en France en novembre 2008 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Il a sollicité le 28 avril 2009 son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 28 juin 2010 par la cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 17 novembre 2022, la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. F A. Selon l'article 1er de l'arrêté n° 45-2021-07-27-00002 du 27 juillet 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 45-2021-197 et mis en ligne sur le site de la préfecture, la préfète du Loiret, a donné délégation de signature à M. Benoit Lemaire, secrétaire général, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et les réquisitions de comptable public. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté, la délégation de signature conférée à M. B est exercée, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, par M. Christophe Carol, secrétaire général adjoint de la préfecture. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle du requérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Le requérant se prévaut de ces stipulations en faisant valoir qu'il a été contraint de fuir son pays dès que son homosexualité a été découverte en 2008, qu'il est présent sur le territoire français depuis quatorze ans, qu'il s'y est inséré et dispose d'un réseau relationnel et que le code pénal guinéen punit, en son article 274, l'homosexualité d'une peine de prison pouvant aller jusqu'à trois ans. Toutefois, le requérant s'est maintenu sur le territoire français malgré les décisions administrative et juridictionnelle dont il est fait état au point 1 et n'a pas engagé de démarches en vue de régulariser sa situation administrative. Par ailleurs, il est célibataire et sans enfant et n'établit pas avoir de liens familiaux ou personnels intenses et stables en France. En outre et en tout état de cause, la circonstance qu'il ferait l'objet de discriminations en cas de retour dans son pays d'origine est sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire qui n'a pas pour objet de fixer le pays vers lequel il sera reconduit. Dans ces conditions, compte tenu notamment des conditions de séjour en France de l'intéressé, l'arrêté attaqué ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. Le requérant soutient qu'il encourt des dangers en cas de retour en République de Guinée en raison de son homosexualité. Toutefois, sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Par ailleurs, s'il produit les dispositions de l'article 274 du code pénal de la République de Guinée qui répriment l'homosexualité, un article de journal du 8 novembre 2022 qui ne le concernent pas, un article de Wikipédia sur les droits LGBT en Guinée de novembre 2022 et un rapport de mission en Guinée de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de novembre 2017 sur la situation des minorités sexuelles et de genre dans ce pays, ces documents, qui ne le concerne pas personnellement, sont insuffisants pour établir qu'il ferait personnellement l'objet de persécutions de la part des autorités en cas de retour en République de Guinée. Par suite, l'arrêté attaqué ne méconnait pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel D

Le greffier,

Nathalie ARCHENAULT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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