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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204282

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204282

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204282
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCABINET CASADEI-JUNG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2022, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la réunion du conseil municipal du 7 avril 2022, " les décisions " ainsi que " l'autorisation donnée au maire de Vornay de signer des documents relatifs à ce dossier " ;

2°) de rappeler au maire son obligation de mettre à disposition du public les documents administratifs et notamment les comptes rendus du conseil municipal par l'intermédiaire du site internet de la commune sous 8 jours ;

3°) d'enjoindre à la mairie de remettre en fonction son site internet dans les meilleurs délais.

Il soutient que :

- la requête n'est pas tardive car il lui a fallu des mois pour obtenir la communication des documents puisque le site de la mairie est en maintenance depuis des mois, qu'il a dû faire intervenir la CADA et que les documents fournis sont incohérents ;

- la date de convocation des élus n'est pas précisée et celle du 1er décembre 2022 n'est pas possible car elle est postérieure à la réunion du 7 avril 2022 ;

- la réunion du conseil municipal est irrégulière car le quorum n'était pas atteint dès lors que 7 membres seulement dont le maire étaient présents sur les 14 élus ;

- un sujet porte sur le thème d'une acquisition immobilière alors qu'il figure dans le compte rendu sous l'en-tête du thème portant sur " Compte rendu des CDC - Syndicats - Commissions " ;

- le compte rendu ne précise pas que le quorum n'a pas été atteint.

Par un mémoire enregistré le 11 octobre 2024, la commune de Vornay, représentée par Me Potier, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge du requérant la somme de 3.000 € en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est manifestement irrecevable au motif que :

- les conclusions qui tendent à l'annulation d'une réunion du conseil municipal ne sont pas recevables ;

- elle est tardive car la délibération contestée a été affichée en mairie le 8 avril 2022 et le recours introduit le 2 décembre 2022 ;

- les conclusions tendant à ce que le juge rappelle à la commune son obligation de mettre à la disposition du public les documents demandés ne sont pas recevables dès lors qu'elles n'entrent pas dans l'office du juge ;

- les conclusions tendant à ce que le juge enjoigne à la commune de remettre en fonction son site internet dans les meilleurs délais en l'absence de tout refus contesté comme l'exige l'article R. 421-1 du code de justice administrative sont irrecevables et que, en tout état de cause, le site est en état de fonctionnement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au tribunal d'annuler la réunion du conseil municipal de la commune de Vornay qui s'est déroulée le 7 avril 2022 ainsi que les " décisions prises ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative: " Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, les premiers vice-présidents des tribunaux et des cours, le vice-président du tribunal administratif de Paris, les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans ou ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; () ".

En ce qui concerne la réunion du conseil municipal du 7 avril 2022 :

3. L'article R. 421-1 du code de justice administrative dispose : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ".

4. Si M. B demande au tribunal d'annuler la réunion du conseil municipal de la commune de Vornay (18130) qui s'est tenue le 7 avril 2022 à partir de 20 heures, de telles conclusions qui ne sont pas dirigées contre un acte administratif ne sont manifestement pas recevables et doivent, dès lors, être rejetées.

En ce qui concerne " les autres décisions " :

5. Les conclusions tendant à l'annulation des décisions prises en et pour l'application de la délibération sus-citée ne sont pas recevables en l'absence de toute précision permettant de les identifier.

En ce qui concerne la délibération du 7 avril 2022 :

6. Il est possible de requalifier les conclusions de la requête présentée par M. B comme étant dirigées contre la délibération adoptée le 7 avril 2022 dont il produit à l'appui de son recours le compte-rendu.

7. Selon l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse. ". L'article L. 2121-11 du même code prévoit : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion. / En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire, sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. Le maire en rend compte dès l'ouverture de la séance au conseil municipal qui se prononce sur l'urgence et peut décider le renvoi de la discussion, pour tout ou partie, à l'ordre du jour d'une séance ultérieure ". L'article L. 2121-14 dudit code précise que : " Le conseil municipal est présidé par le maire et, à défaut, par celui qui le remplace. ". Selon l'article L. 2121-15 dudit code, dans sa rédaction en vigueur à la date de la délibération contestée : " Au début de chacune de ses séances, le conseil municipal nomme un ou plusieurs de ses membres pour remplir les fonctions de secrétaire. () ". L'article L. 2121-17 du même code dispose : " Le conseil municipal ne délibère valablement que lorsque la majorité de ses membres en exercice est présente. / Si, après une première convocation régulièrement faite selon les dispositions des articles L. 2121-10 à L. 2121-12, ce quorum n'est pas atteint, le conseil municipal est à nouveau convoqué à trois jours au moins d'intervalle. Il délibère alors valablement sans condition de quorum. ".

8. Le compte-rendu de cette délibération indique que les élus ont voté la création du " Syndicat Mixte des Eaux de la Région Sud-Est de Bourges " (SMERSE), la réalisation d'une étude patrimoniale des réseaux de distribution d'eau potable, l'acquisition d'un immeuble situé au 2, Place de la mairie et abordé diverses questions dont la dématérialisation des demandes d'urbanisme et la numérisation du cimetière. Il ressort du certificat d'affichage établi par le maire le 8 octobre 2024 que les délibérations n° 2022_08, n° 2022_09 et n° 2022_10 adoptées lors de la réunion du conseil municipal qui s'est tenue le 7 avril 2022 ont été affichées en mairie à compter du 8 avril 2022 pendant une durée d'au moins deux mois. Cette publication a eu pour effet de déclencher à l'encontre des tiers, dont le requérant, le délai de recours de deux mois prévu par les dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative. M. B ne saurait utilement contester cette tardiveté en se prévalant des difficultés qu'il aurait rencontrées pour obtenir la communication de cette délibération en produisant un échange de courriels avec la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA), dont il ressort qu'il avait déposé le 21 mars 2022, c'est-à-dire antérieurement à la délibération contestée, une demande tendant à la communication de l'appel d'offre portant sur le zonage d'assainissement collectif, ainsi qu'un second échange en date du 17 octobre 2022 avec cette même autorité administrative indépendante dont il ressort que sa demande adressée à la commune le 16 août 2022, soit plus de 4 mois après l'adoption de la délibération et donc après l'expiration du délai de recours contentieux, ne portait pas sur celle-ci, mais sur le compte-rendu de la réunion entre la mairie et le titulaire du marché d'étude de l'assainissement collectif ainsi que des informations sur les factures afférentes audit marché. Aussi la demande d'annulation présentée par M. B est-elle manifestement irrecevable en raison de sa tardiveté comme le soutient la commune de Vornay en défense et doit être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1, 4° du code de justice administrative.

Sur les conclusions à fin de rappel des obligations de la commune en matière d'information des citoyens :

9. L'article L.2121-25 du code général des collectivités territoriales dispose : " Dans un délai d'une semaine, la liste des délibérations examinées par le conseil municipal est affichée à la mairie et mise en ligne sur le site internet de la commune, lorsqu'il existe. ". Si M. B demande au tribunal de rappeler au maire ses obligations en matière d'information des citoyens, une telle demande n'entre toutefois pas dans les pouvoirs du juge de l'excès de pouvoir, ainsi que le soutient d'ailleurs la commune de Vornay dans son mémoire en défense. De telles conclusions doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. En dehors des cas prévus par les articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative, dont les conditions d'application ne sont pas remplies en l'espèce, il n'appartient pas au juge administratif d'adresser des injonctions à l'administration. Aussi, les conclusions présentées par M. B tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de Vornay de remettre en fonction son site internet dans les meilleurs délais ne sont pas recevables et doivent, par suite, également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Vornay au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Vornay en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la commune de Vornay.

Fait à Orléans, le 23 octobre 2024.

Le président de la 5e chambre,

Samuel DELIANCOURT

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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