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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204360

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204360

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204360
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 8 décembre 2022 et 20 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Duplantier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel la préfète du Loiret a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique

Il soutient que :

- le refus de séjour n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistrée le 24 mai 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Guével

- les observations de M. B, requérant.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

1. M. A B, ressortissant turc né le 14 avril 1979, a déclaré être entré en France en décembre 2003. Après plusieurs refus opposés à ses demandes par arrêtés des 25 novembre 2004 et 5 novembre 2007, le requérant a bénéficié du 21 janvier 2010 au 3 décembre 2016 d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade. Par la suite, des récépissés de demandes de titre de séjour valables du 19 juin 2017 au 13 mars 2019 lui ont été remis. Par arrêté du 21 mars 2019, le préfet du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ; la légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement n° 1901444 du 17 septembre 2019 du tribunal administratif d'Orléans et une ordonnance n° 19NT04042 du 19 février 2020 du président de la cour administrative d'appel de Nantes. Le 5 février 2021, M. B a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 septembre 2022, la préfète du Loiret a rejeté cette demande et a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de lui opposer un refus d'admission au séjour par la décision, suffisamment motivée, du 20 septembre 2022.

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

4. M. B se prévaut de ce qu'il séjourne en France depuis près de 20 ans à la date de l'arrêté attaqué, qu'il a bénéficié de titres de séjour en qualité d'étranger malade, qu'il vit depuis 2016 avec son épouse, que de cette union sont nés deux enfants en 2016 et 2018, qu'il a exercé une activité salariée ponctuellement de décembre 2010 à mars 2011, d'octobre 2013 à décembre 2014, de janvier à avril 2016, de février à juin 2018 et d'avril à novembre 2019, qu'il dispose d'une promesse d'embauche et que la commission du titre de séjour a émis le 14 octobre 2021 un avis favorable à la régularisation de sa situation et qu'il est ainsi bien intégré en France. Il fait état également de ses troubles psychologiques. Toutefois, ces circonstances ne sont pas de nature à constituer des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions doivent être écartés.

5. Pour les motifs exposés au point 4 et dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, d'une part, que rien ne fait obstacle à ce que la vie personnelle et familiale de M. B et son épouse, elle-même frappée d'une mesure d'éloignement, et la scolarisation des deux enfants mineurs du couple se poursuivent dans le pays d'origine commun, la Turquie, où lui-même a vécu 24 ans, et, d'autre part, en outre, que le requérant a été condamné à des peines d'emprisonnement par des jugements du 28 mai 2014 et du 31 août 2016 du tribunal correctionnel de Draguignan et qu'il est défavorablement connu des services de police pour d'autres faits délictuels, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 20 septembre 2022 de la préfète du Loiret porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Pour les motifs exposés aux points 4 et 5 le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. B doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En l'absence d'illégalité établie du refus de séjour, la décision obligeant M. B à quitter le territoire français n'est pas privée de base légale. Par suite, l'exception d'illégalité doit être écartée.

8. M. B allègue sans l'établir, et alors qu'il est constant qu'il a obtenu des autorités consulaires turques le renouvellement de son passeport en 2011 comme en 2021 et qu'il est retourné à plusieurs reprises en Turquie, qu'il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine à des risques de traitements inhumains et dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

Mme Hélène Defranc-Dousset, première conseillère,

Mme Laura Keiflin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024

Le président rapporteur,

Benoist GUEVEL

L'assesseure la plus ancienne,

Hélène DEFRANC-DOUSSETLe greffier,

Benoît VESIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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