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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204391

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204391

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204391
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantLEGRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 décembre, et un mémoire complémentaire, enregistré le 9 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Legrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible, comme pays de renvoi ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de forme ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit en ce qu'elle ne mentionne pas le fondement de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard l'article 6 alinéa 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît la présomption d'innocence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guével a été entendu au cours de l'audience publique où les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité algérienne, déclare être entré en France le 24 mars 2020 sans pouvoir justifier d'un visa. Le 17 novembre 2022, il a sollicité la préfecture de Loir-et-Cher pour l'examen de son admission au séjour fondée sur son pacs passé le 30 septembre 2022 avec une ressortissante française. Par un arrêté du 8 décembre 2022, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer le titre demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible comme pays de renvoi. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher, dispose d'une délégation de signature qui lui a été attribuée par un arrêté préfectoral du 25 janvier 2021 afin de signer " tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit donc être écarté. En outre, l'arrêté attaqué est revêtu d'une signature, accompagnée de la qualité de l'auteur et de la date, dont rien n'indique qu'elle ne serait pas la signature authentique de M. Nicolas Hauptmann et qu'elle ne constituerait qu'une signature stéréotypée. Par suite, le moyen tiré du vice de forme manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de Loir-et-Cher s'est livré à un examen complet et circonstancié de la situation personnelle de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation doit être écarté.

4. En troisième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français est fondée sur l'absence de refus de titre de séjour et repose sur les dispositions de l'alinéa 3 de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles sont visées dans la décision litigieuse. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision est entachée d'un défaut de motivation en droit.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 alinéa 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus " et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il est constant que M. B a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour, en se prévalant du Pacs conclu avec une ressortissante française, sur le fondement des stipulations de l'article 6 alinéa 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et que l'arrêté a rejeté ladite demande à l'aune de ces stipulations. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale manque en fait.

7. Si M. B se prévaut de ce qu'il est pacsé, il ressort toutefois des pièces du dossier que le Pacs avec une ressortissante française a été conclu le 30 septembre 2022, soit moins de 3 mois avant l'intervention de l'arrêté attaqué, que l'intéressé est sans charge de famille et qu'il ne justifie ni de relations anciennes, intenses et stables en France, ni être dépourvu d'ancrage dans son pays d'origine. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de séjour de l'intéressé en France, et alors même que l'intéressé n'aurait pas commis les infractions au code de la route que le préfet a mentionné dans l'arrêté contesté, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 alinéa 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

8. Le requérant ne peut utilement se prévaloir du principe de la présomption d'innocence.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président-rapporteur,

Mme Best-De Gand, première conseillère,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024

Le président-rapporteur,

Benoist GUEVEL

L'assesseure la plus ancienne,

Armelle BEST-DE GAND

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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