vendredi 30 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2204413 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ATTALI |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 12 décembre 2022, sous le n° 2204413, M. A C, représenté par Me Attali, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé sa demande de titre de séjour et
l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfecture d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour retard, ou, à défaut, d'enjoindre aux services compétents de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de le convoquer à l'audience ;
4°) de mettre à la charge de la préfecture d'Indre-et- Loire la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;
- la procédure est irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit en ce que la préfète n'a pas étudié la situation du requérant de manière approfondie et n'a pas pris en considération les craintes exposées par le couple ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit prononcé un non-lieu à statuer.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 12 décembre 2022, sous le n° 2204414, Mme B C, représentée par Me Attali demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfecture d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour retard, ou, à défaut, d'enjoindre aux services compétents de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de la convoquer à l'audience ;
4°) de mettre à la charge de la préfecture d'Indre-et- Loire la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;
- la procédure est irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit en ce que la préfète n'a pas étudié sa situation de manière approfondie et n'a pas pris en considération les craintes exposées par le couple ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 janvier 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit prononcé un non-lieu à statuer.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Pajot a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C, ressortissants algériens, nés le 27 septembre 1986 et le 10 mars 1991, sont entrés en France en 2017 sous couvert de leurs passeports revêtus d'un visa court séjour. Ils ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " le 4 avril 2022. Par deux arrêtés du 10 novembre 2022, dont les requérants demandent l'annulation, la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté leur demande de titre de séjour et les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2204413 et 2204414, présentées par Mme et M. C, concernent la situation d'un couple d'étrangers, qui présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour :
3. En premier lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent les fondements notamment l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, le préfet d'Indre-et-Loire mentionne de manière précise et circonstanciée les éléments de la situation personnelle et familiale des époux C depuis leur entrée sur le territoire français. Ils précisent, notamment s'agissant de M. C qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et où il a exercé la profession de plâtrier et que s'il produit une promesse d'embauche, celle-ci est insuffisante pour justifier la délivrance du titre. Les arrêtés précisent en outre qu'ils ne justifient d'aucune insertion particulière puisqu'ils sont sans logement personnel, sans ressources et sans activité et que les décisions n'ont pas pour effet de les séparer de leurs trois enfants mineurs. Eu égard à cette motivation, le préfet d'Indre-et-Loire n'a entaché ses décisions d'aucune insuffisance de motivation et d'aucune erreur de nature à révéler un défaut d'examen sérieux de la situation des requérants, le préfet n'ayant pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation des requérants ni l'ensemble des documents produits par ces derniers à l'appui de leur demande de titre de séjour.
4. En deuxième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, M. et Mme C ne peuvent utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Même si les stipulations de cet accord ne prévoient pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit, et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les requérants sont tous deux en situation irrégulière sur le territoire français depuis cinq ans. Si M. C produit une promesse d'embauche du 5 mars 2022 en tant que plâtrier, celle-ci se borne à indiquer qu'en cas de régularisation de sa situation administrative, une proposition d'emploi de plâtrier en CDI pourra éventuellement être faite, de sorte qu'il ne justifie d'aucune insertion professionnelle particulière. Mme C ne justifie, quant à elle, d'aucune insertion professionnelle sur le territoire. Par ailleurs, les requérants se prévalent de la présence en France de membres de la famille de Mme C, de la naissance en France de deux de leurs trois enfants (nés en 2018 et 2020) et de la scolarisation en France de deux de leurs enfants. Toutefois, ces éléments sont insuffisants pour établir que les requérants ont fixé en France le centre de leurs intérêts privés dès lors qu'ils ont vécu l'essentiel de leur existence en Algérie où résident les parents du requérant et où ils ont travaillé et étudié. Enfin, la participation des requérants à une formation linguistique ne saurait justifier une insertion particulière au sein de la société française. Par suite, le préfet n'a pas commis, compte tenu des conditions de séjour en France des requérants et des attaches que M. C conserve en Algérie, d'erreur manifeste d'appréciation en leur refusant, dans le cadre de l'exercice de son pouvoir discrétionnaire, la délivrance d'un titre de séjour.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1,
L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou
L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".
8. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à ces articles, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des dispositions auxquelles renvoie l'article L. 432-13 ou de dispositions équivalentes contenues dans l'accord franco-algérien. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants, eu égard à ce qui a été dit au point 6, remplissaient les conditions d'une admission au séjour de plein droit sur le fondement des stipulations précitées de l'accord franco-algérien. Par suite, les moyens tirés du défaut de saisine de la commission du titre de séjour par le préfet d'Indre-et-Loire doivent être écartés.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, l'illégalité des décisions par lesquelles le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de délivrer un certificat de résidence algérien à M. et Mme C n'étant pas établie, les moyens tirés de ce que les décisions les obligeant à quitter le territoire français seraient, par voie de conséquence, illégales, ne peuvent qu'être écartés.
10. En deuxième lieu, les moyens tirés de ce que les décisions seraient entachées d'erreur de droit du fait du défaut d'examen de manière approfondie de leur situation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3.
11. En troisième lieu, si les requérants soutiennent que le préfet n'a pas pris en considération leurs craintes en cas de retour en Allergie, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces derniers auraient porté à la connaissance du préfet des éléments relatifs à ces craintes, celles-ci n'étant au demeurant assorties d'aucune précision dans leurs requêtes. Par ailleurs, il ressort des termes des arrêtés litigieux que le préfet a relevé que les requérants n'alléguaient pas être exposés à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen des craintes des requérants à l'égard de leur pays d'origine doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 10 novembre 2022 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de leur délivrer un certificat de résidence algérien, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2204413 et n° 2204414 sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, Mme B C et au préfet d'Indre-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Delamarre, présidente,
M. Jaosidy, premier conseiller,
Mme Pajot, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.
La rapporteure,
Anne-Laure PAJOT
La présidente,
Anne-Laure DELAMARRELa greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement
N°s 2204413
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026