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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204420

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204420

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204420
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire en réplique enregistrés respectivement les 13 décembre 2022, 17 novembre 2023 et 17 mai 2024, M. C A, représenté par Me Greffard-Poisson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 mai 2022 par lequel la préfète du Loiret lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué dans son ensemble :

- sa requête est recevable ;

- l'auteur de la décision attaquée est incompétent ;

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée par l'incompétence du médecin chargé de rédiger le rapport et du collège de médecin responsable de l'avis définitif ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article L. 611-3 alinéa 9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 novembre 2022.

Par une ordonnance du 26 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 novembre 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Lombard, conseiller-rapporteur.

Les parties n'étaient présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian né le 11 mars 1975, est entré sur le territoire français le 19 août 2016 selon ses déclarations. Il a demandé l'asile qui lui a été refusé par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile. Il a demandé un titre de séjour pour des raisons médicales au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le 20 mars 2018. Il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade valable du 9 novembre 2018 au 8 novembre 2019, renouvelée une fois et valable jusqu'au 8 mai 2020. L'office français de l'immigration et de l'intégration a estimé dans un avis du 03 juin 2021 que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque vers ce dernier. Par un arrêté en date du 10 mai 2022, la préfète du Loiret a refusé la demande de délivrance du titre de séjour demandé et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté du 10 mai 2022 attaqué a été signé par M. Benoît Lemaire. Par un arrêté du 27 juillet 2021, publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial n°45-2021-197 de la préfecture de la région Centre-Val de Loire et du Loiret, la préfète du Loiret a donné à M. Benoît Lemaire, secrétaire général de la préfecture, une délégation de signature à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports et correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret, à l'exception : / - des arrêtés portant élévation de conflit / - des réquisitions de comptable public ". Les décisions relatives à l'administration de l'Etat dans le département pour lesquelles le préfet délègue sa signature comprennent, sauf s'il en est disposé autrement par l'arrêté portant délégation, les décisions préfectorales en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de ce que cet arrêté aurait été signé par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la préfète du Loiret a produit l'avis émis le 03 juin 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il ressort de l'examen de cet avis, d'une part, qu'il a été émis au vu d'un rapport médical établi par le docteur B et, d'autre part, que le collège de médecins était composé des docteurs Aranda-Grau, Lancio et Gerlier. De plus, en vertu de la décision du 28 janvier 2021 modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, les médecins précités ont été désignés pour participer au collège à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dès lors, les auteurs de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étaient pas incompétents. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

6. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de Office français de l'immigration et de l'intégration doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, de sa capacité à bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, la préfète du Loiret s'est appuyée sur l'avis du collège des médecins du 3 juin 2021 indiquant que si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et effectuer sans risque le voyage de retour. Si le requérant conteste cette appréciation, il produit un certificat médical en date du 1er mars 2022 reconnaissant que son hépatite chronique virale B est en rémission complète, malgré le fait qu'il " reste porteur d'un titre élevé d'antigène HBs qui ne permet pas d'interrompre le traitement pour l'instant ". La pathologie du patient semble stabilisée et doit être surveillée annuellement. Le requérant allègue que le médicament qui lui est actuellement prescrit est coûteux au Nigeria et qu'il est peu probable que la situation sanitaire ait évolué dans son pays d'origine. Néanmoins, M. A n'apporte ainsi pas d'éléments circonstanciés susceptibles de remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur sa possibilité de bénéficier effectivement dans son pays d'origine du traitement que son état de santé requiert. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Loiret aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen formulé en ce sens.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Dans ces conditions, il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a porté sur l'un ou l'autre de ces points.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A réside sur le territoire français depuis presque 6 ans à la date de la décision attaquée, dispose de son propre logement et a travaillé d'avril 2021 à mars 2022 en tant que manutentionnaire sous le statut d'intérimaire. L'intéressé est célibataire, père d'un enfant de nationalité nigériane vivant avec sa mère, de nationalité nigériane, en France, selon ses déclarations. M. A n'atteste pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu pendant quarante ans et où vivent deux de ses enfants, son père, deux frères et une sœur. Il résulte de ce qui précède que le requérant ne justifie pas de considérations humanitaires ni des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète du Loiret n'a donc pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prenant la décision de refus de délivrance de titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A réside sur le territoire français depuis 2016, de manière régulière depuis 2018 au bénéfice d'un titre de séjour temporaire en qualité d'étranger malade d'une durée de validité d'un an, renouvelé une fois. Le fait de bénéficier d'un emploi en tant qu'intérimaire de 2021 à 2022 est insuffisant pour faire preuve d'une intégration professionnelle durable et particulière ainsi que d'une intégration sociale sur le territoire français. Enfin, il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu pendant quarante ans. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, le moyen soulevé par le requérant, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée, en raison de ce que l'interruption de son traitement et de sa surveillance médicale en France entraînerait pour lui des conséquences exceptionnellement graves et qu'il ne pourrait pas accéder à ses médicaments au Nigeria, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement.

13. En second lieu, compte tenu de la situation de M. A retracée au point 11, la décision de refus de titre de séjour ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et sur les frais liés à l'instance :

14. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que la requête de M. A doit être rejetée. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais de justice doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A doit être rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

M. Lombard, premier conseiller,

Mme Pajot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

Le rapporteur,

Alexandre LOMBARD

Le président,

Benoist GUEVEL

Le rapporteur

A. LOMBARD

Le président

B. GUéVEL

Le greffier,

Benoît VESIN

Le greffier

B. VESIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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