jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2204421 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | VIEILLEMARINGE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 décembre 2022 et le 15 février 2023,
M. B A, représenté par Me Viellemaringe, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte d'un montant de 100 euros par heure de retard, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :
- Il est entaché d'un défaut de motivation ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a méconnu l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne portant pas une appréciation globale de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il suit une formation de manière sérieuse ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que le préfet soutient qu'il représenterait une menace pour l'ordre public au regard de L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 421-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès que la préfète aurait dû saisir la commission du titre de séjour dès lors qu'il remplissait les conditions au titre de de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait l'illégalité de la décision portant refus de titre séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 janvier 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
20 janvier 2023.
Par ordonnance du 9 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Delamarre,
- et les observations de Me Viellemaringe, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, de nationalité nigérienne, déclare être entré en France en juillet 2019, de manière irrégulière en tant que mineur non accompagné. Il a alors été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité. Le 5 septembre 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de jeune majeur ayant été confié au service de l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans. Par un arrêté du 24 novembre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. L'arrêté attaqué, qui vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, qui mentionne la date d'arrivée en France du requérant, qui indique qu'il ne remplit pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour et qui fait référence de manière précise et circonstanciée à sa situation personnelle notamment qu'il a été pris en charge en qualité de mineur isolé, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant refus de titre de séjour. Ainsi, en application des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement de l'article L. 611-1, 3° de ce code, qui au demeurant comporte les considérations de fait et de droit qui la fondent, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, sa motivation se confondant avec celle de la décision portant refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement. Enfin, pour justifier la décision fixant le pays à destination duquel M. A pourra être reconduit d'office, la préfète d'Indre-et-Loire a rappelé les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et enfin la circonstance que ce dernier ne justifie pas de ce qu'il encourrait des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté du 24 novembre 2022 doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ". Et aux termes de l'article L. 432-1 du même code, " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
5. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.
6. M. A soutient qu'en se fondant sur le motif tiré de ce que son comportement représenterait une menace à l'ordre publique, la préfète d'Indre-et-Loire a entaché sa décision d'une erreur de fait.
7. Toutefois, pour rejeter la demande, la préfète d'Indre-et-Loire s'est fondée sur la circonstance que le requérant ne démontrait pas le caractère réel et sérieux du suivi de la formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, des liens très étroits qu'il a conservés avec sa famille restée dans le pays d'origine et des fiches d'observation établies par la structure d'accueil sur son manque d'insertion dans la société française. Il ressort des pièces du dossier que M. A a manqué d'assiduité et de motivation au premier semestre de l'année scolaire 2021/2022 puis a mis un terme à son baccalauréat professionnel " métier de l'accueil " en février 2022. Ensuite, il ressort du bilan de situation pré-majorité du 16 juin 2022 de M. A qu'il est en contact régulier avec ses parents qui lui envoient fréquemment des colis et lui payent son forfait téléphonique. Enfin, son manque d'intégration ressort de différentes fiches d'observation et notes établies par la structure d'accueil Fondation Apprentis d'Auteuil et de son bilan de situation pré-majorité selon lequel il est " souvent dans son logement où il joue en ligne, le plus souvent avec son frère " et qu'il a " des connaissances et non de véritables amis ". A supposer que la préfète ait entaché sa décision d'une erreur de fait en estimant qu'il constituait une menace pour l'autre public, elle aurait pris la même décision en se fondant sur l'absence de caractère réel et sérieux des études et les liens étroits entretenus avec sa famille restée dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la préfète d'Indre-et-Loire en refusant de faire droit à la demande du requérant n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit, ni d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".
9. Il résulte de ces dispositions que la préfète d'Indre-et-Loire est tenue de saisir la commission du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles auxquels elle envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. M. A ne satisfaisant pas aux conditions posées par les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondement de sa demande d'admission au séjour, la préfète d'Indre-et-Loire n'était pas tenue de procéder à la consultation de la commission du titre de séjour.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
10. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".
12. M. A se prévaut de la durée de son séjour en France et de son intégration sociale. Toutefois il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge de famille et qu'il garde des contacts très réguliers avec sa famille restée dans son pays d'origine. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il est très peu intégré socialement. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté. Pour Les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de la requérante doit également être écarté.
En ce qui concerne le pays de renvoi :
13. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi devra par voie de conséquence, être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions à fin d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète d'Indre-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 24 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Delamarre, présidente,
M. Nehring, conseiller,
Mme Pajot, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.
La Présidente- rapporteure,
Anne-Laure DELAMARRE
L'assesseur le plus ancien,
Virgile NEHRINGLa greffière,
Martine DESSOLAS
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026