mardi 17 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2204455 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MARIETTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 décembre 2022, et un mémoire enregistré le 16 janvier 2023, M. D C, ressortissant marocain, représenté par Me Mariette, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 21 septembre 2022, notifié par voie postale le 11 octobre 2022, par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 29 novembre 2022, notifié à le 6 décembre 2022, par lequel la préfète d'Eure-et-Loir l'a assigné à résidence dans le département de l'Eure-et-Loir ;
3°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire de prendre, en tenant compte des motifs pour lesquels l'annulation aura été prononcée, une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et dans l'attente, de lui délivrer dans le délai de 48 heures à compter de la notification de la décision à intervenir une autorisation provisoire de séjour sous une astreinte de 150 euros par jour de retard et, suite à l'assignation à résidence, d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement du magistrat désigné sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de prendre, en tenant compte des motifs pour lesquels l'annulation aura été prononcée, une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation car la préfète ne mentionne pas le fait qu'il a produit à l'appui de sa demande de titre de séjour, notamment, le Cerfa portant demande d'autorisation de travail pour conclure un contrat de travail avec un salarié étranger du 20 mai 2021 ;
- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation
- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il entretient des liens forts avec sa sœur et son frère résidant en France et il est dépourvu d'attaches dans son pays d'origine ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence ;
- l'assignation à résidence est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle n'a pas été régulièrement notifiée ;
- la compétence de son auteur n'est pas établie ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et restreint de manière disproportionnée sa liberté d'aller et de venir.
Par courrier du 11 janvier 2023, la préfète d'Eure-et-Loir a informé le tribunal, en application de l'article L.614-9 du CESEDA, de ce que M. C fait l'objet d'un arrêté portant assignation à résidence en date du 23 novembre 2022 notifié le 6 décembre 2022.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2023, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme G pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 16 janvier 2023 à 15 h le rapport de Mme G, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant marocain, a sollicité en dernier lieu son admission exceptionnelle au séjour le 23 mars 2022, pour motif professionnel auprès des services de la préfecture d'Eure-et-Loir. Par arrêté en date du 21 septembre 2022, notifié par voie postale le 11 octobre 2022, la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, et a fixé le pays de renvoi. Par annuler l'arrêté en date du 29 novembre 2022, elle l'a assigné à résidence dans le département de l'Eure-et-Loir.
Sur l'étendue du litige :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code.
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est () assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire (), la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. () / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire ".
4. En application des dispositions précitées, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et assignant le requérant à résidence. La formation collégiale du tribunal reste cependant saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et des conclusions accessoires à celle-ci, ainsi que des conclusions relatives aux frais de l'instance. Par suite, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale les conclusions présentées en ce sens par M. C.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les décisions en date du 21 septembre 2022 portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi :
5. En premier lieu, l'arrêté en date du 21 septembre 2022 mentionne les éléments de fait et de droit sur lesquels son auteur a entendu se fonder. Il est dès lors suffisamment motivé. Par suite le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre en raison du défaut de motivation de celui-ci doit être écarté.
6. En deuxième lieu, si le requérant soutient qu'il est entré en France le 14 novembre 2015, y demeure depuis, y a obtenu un contrat à durée déterminée en juin 2021 puis a travaillé en qualité d'intérimaire et obtenu un autre CDI signé le 12 septembre 2022, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est maintenu en France suite au refus de renouvellement de titre pris à son encontre le 19 décembre 2017, qu'il est célibataire sans enfant et conserve des attaches dans son pays d'origine. Par suite quand bien même il a obtenu son permis de conduire en France, en mai 2016, dispose d'une carte vitale depuis janvier 2016, déclare ses revenus, parle et écrit le français et souhaite rester en France pour travailler, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre en raison d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs qu'au point précédent, la préfète n'a pas, en lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. En quatrième lieu, le requérant n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire serait illégale. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait privée de base légale.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence
9. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; ()".
10. En premier lieu, l'irrégularité de la notification de l'arrêté portant assignation à résidence est, à la supposer établie, sans incidence sur sa légalité.
11. En deuxième lieu, ainsi qu'il est dit aux points précédents M. C n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai serait illégale. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision d'assignation à résidence serait privée de base légale.
12. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige a été signé par M. Yann Gérard, secrétaire général de la préfecture d'Eure-et-Loir. Par arrêté du 23 septembre 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, Mme F E, préfète d'Eure-et-Loir a donné délégation à M. A B à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département d'Eure-et-Loir à l'exception : / - des déclinatoires de compétence et des arrêtés de conflit, / - des matières qui font l'objet d'une délégation de signature à un directeur départemental interministériel ou à un responsable d'unité ou de délégation territoriale. "". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
13. En dernier lieu, si les décisions d'assignation à résidence prévues par les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas assimilables à des mesures privatives de liberté, elles doivent être, dans leur principe comme dans leurs modalités, adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. La préfète, pour prononcer une assignation à résidence plutôt qu'un placement de l'intéressé en rétention, a considéré que l'éloignement du requérant demeurait une perspective raisonnable, ce qui n'est pas sérieusement contesté, et le requérant ne fait état d'aucune circonstance qui serait de nature à établir que tant son assignation à résidence que les obligations mises à sa charge dans le cadre du respect de cette mesure présenteraient un caractère disproportionné.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions en date du 21 septembre 2022 portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi et de la décision en date du 29 novembre 2022 portant assignation à résidence doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de M. C dirigées contre le refus de titre de séjour en date du 4 avril 2022, ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction qui s'y rattachent et les conclusions relatives aux frais de justice, sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.
Article 2 : Les conclusions aux fins d'annulation des décisions en date du 21 septembre 2022 portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi et de la décision en date du 29 novembre 2022 portant assignation à résidence et les conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la préfète d'Eure-et-Loir.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023
La magistrate désignée,
Anne G
Le greffier,
Roger MBELANI
La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026