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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204459

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204459

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204459
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantKOBO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 décembre 2022, M. F C, représenté par Me Kobo, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 octobre 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a décidé sa sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de l'autoriser à réintégrer le lieu d'hébergement familial pour demandeur d'asile ;

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance des articles L. 522-1 et D. 744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'OFII n'a pas pris en compte la vulnérabilité de sa famille et a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 14 novembre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Le Toullec.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant ivoirien né le 17 juillet 1988, entré en France le 24 novembre 2020 selon ses déclarations, a présenté une demande d'asile le 28 décembre 2020, qui a été enregistrée en procédure " Dublin ". Il a accepté, le même jour, l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. A compter du 9 février 2021, il a été hébergé au Pradha Adoma au Subdray près de Bourges. Il a informé l'OFII, par courrier présenté le 15 mars 2021, qu'il était en concubinage avec une compatriote, Mme G, elle-même ayant présenté une demande d'asile enregistrée en procédure " Dublin ", et alors enceinte de cinq mois, et a demandé à bénéficier d'un hébergement commun. Les demandes d'asile ont été enregistrées en procédure normale pour M. C et en procédure accélérée pour Mme G. A la suite de la naissance de l'enfant du couple le 20 juillet 2021 et d'une évaluation de vulnérabilité de la famille, M. C, sa conjointe et leur fille ont été hébergés au Pradha de Saint-Jean de Braye, puis, à compter du 2 novembre 2021, au CADA Adoma d'Ingré. Par courrier du 27 septembre 2022, le directeur de l'établissement du lieu d'hébergement d'Ingré a informé l'OFII que M. C avait, le 17 septembre 2022, frappé violemment sa compagne qui a chuté et dû être hospitalisée pendant deux jours. Par une décision du 17 octobre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a notifié à M. C sa sortie de son lieu d'hébergement avec effet immédiat, du fait de son comportement violent, tout en maintenant son bénéfice à l'allocation pour demandeur d'asile et en précisant qu'il pourra se domicilier auprès du service de premier accueil des demandeurs d'asile à la Spada d'Orléans. M. C demande l'annulation de cette décision de sortie du lieu d'hébergement.

2. Aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III ". Le chapitre II est relatif à l'hébergement des demandeurs d'asile.

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / Un décret en Conseil d'Etat prévoit les sanctions applicables en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". Aux termes de l'article L. 552-5 du même code : " Les personnes morales chargées de la gestion des lieux d'hébergement () sont tenues d'alerter l'autorité administrative compétente en cas d'absence injustifiée et prolongée des personnes qui y ont été orientées pour la durée de la procédure et en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ". Aux termes de l'article L. 552-14 du même code : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement () et en tenant compte de la situation du demandeur ". Aux termes de l'article R. 552-6 du même code : " Le gestionnaire du lieu d'hébergement signale, dans les meilleurs délais, toute absence injustifiée et prolongée, tout comportement violent et tout manquement grave au règlement du lieu d'hébergement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ".

4. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme E A, directrice territoriale de l'OFII à Orléans. Par une décision du directeur général de l'OFII du 4 juin 2019, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur n° 2019-07 du 15 juillet 2019 et sur le site internet de l'Office le 1er septembre 2019, M. B D, directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme A à l'effet de signer toutes décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction d'Orléans telles que définies par la décision du 31 décembre 2013 portant organisation générale de l'OFII. Aux termes de l'article 8 de la décision du 31 décembre 2013 : " Les directions territoriales sont responsables, sur leur territoire de compétence, de la mise en œuvre des missions de l'OFII ". Aux termes de l'article 12 de la même décision : " Les directions territoriales de l'Office et les délégations qui leur sont rattachées sont : () / 22° La direction d'Orléans, compétente pour les activités de l'OFII dans la région Centre () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont l'Office français de l'immigration et de l'intégration a fait application, à savoir notamment les articles L. 552-5, L. 552-14 et R. 552-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique que le 27 septembre 2022, l'Office a été informé par le gestionnaire de la structure d'hébergement que M. C avait violemment frappé sa conjointe, alors enceinte de plusieurs mois, qui, à la suite de cet incident, a été hospitalisée durant deux jours, et lui demande alors de quitter les lieux immédiatement. Elle précise enfin que M. C conserve le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile et qu'il peut se faire domicilier auprès du service de premier accueil des demandeurs d'asile à la Spada d'Orléans. Cette décision, qui comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent, est, par suite, suffisamment motivée.

6. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer les articles L. 522-1 et D. 744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ont été abrogés le 1er mai 2021 par l'ordonnance du 16 décembre 2020 portant partie législative de ce code et qui, au demeurant, ne concernent pas la sortie d'un demandeur d'asile en cas de comportement violent. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure résultant de la méconnaissance des articles L. 522-1 et D. 744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

7. En dernier lieu, il n'est pas contesté que M. C a adopté un comportement violent envers sa compagne. S'il soutient s'être expliqué sur son geste, dans le cadre de ses observations auprès de la directrice territoriale de l'OFII, et précise que sa compagne a demandé à ce qu'on l'autorise à réintégrer le lieu d'hébergement familial, il n'apporte aucune pièce justificative à l'appui de ses allégations. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait en situation de vulnérabilité. Ainsi, eu égard au comportement du requérant, l'OFII, qui a pris en compte sa situation personnelle et familiale, n'a pas commis d'erreur d'appréciation en décidant sa sortie de son lieu d'hébergement.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 17 octobre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

Mme Dicko-Dogan, conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.

La rapporteure,

Hélène LE TOULLEC

Le président,

Benoist GUÉVEL

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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