vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2204476 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP PETIT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 19 décembre 2022, le 18 janvier 2023 et le 31 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Petit, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2022 pris par la préfète du Loiret portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à destination de son pays d'origine ou vers tout pays où elle est légalement admissible ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, à titre subsidiaire, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de réexaminer la situation de Mme B A dans le mois qui suit la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil de Mme B A de la somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de droit et d'un défaut de motivation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2023.
Par une ordonnance du 06 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 juin 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Guével a été entendu au cours de l'audience publique où les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante guinéenne, née le 27 juillet 1999, est entrée sur le territoire français le 4 janvier 2021 selon ses déclarations, de manière irrégulière, en passant par l'Espagne. Elle a demandé l'asile en France le 10 février 2021 au titre de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'autorité préfectorale a prononcé à son encontre un arrêté de transfert aux autorités espagnoles le 26 mars 2021, après accord de celles-ci. L'arrêté n'ayant pas été exécuté dans le délai de 6 mois, la France est devenu l'Etat membre responsable de la demande d'asile de Mme A. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté la demande de l'intéressée le 30 novembre 2021. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé le rejet de la demande de Mme A le 23 juin 2022. Par un arrêté en date du 2 décembre 2022, la préfète du Loiret a obligé la requérante à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". De plus, lorsque le préfet et saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition, même s'il lui est loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.
3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait présenté, avant l'arrêté attaqué, une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la préfète du Loiret n'était pas tenue d'examiner d'office si Mme A était susceptible de se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées. Par suite, la requérante ne peut se prévaloir utilement de ces dispositions.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement. ". Aux termes de l'article L. 521-3 de ce même code : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants. ". Aux termes de l'article L. 531-41 du code précité : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure. () ". Aux termes de l'article L. 531-9 de ce même code : " Si des éléments nouveaux sont présentés par le demandeur d'asile alors que la procédure concernant sa demande est en cours, ils sont examinés, dans le cadre de cette procédure, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides s'il n'a pas encore statué ou par la Cour nationale du droit d'asile si elle est saisie. ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce même code : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. () ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin :
1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; ". Aux termes de l'article L. 541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". Enfin, aux termes de l'article L. 541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 753-1 à L. 753-4 et L. 754-1 à L. 754-8, lorsque l'étranger sollicitant l'enregistrement d'une demande d'asile a fait l'objet, préalablement à la présentation de sa demande, d'une décision d'éloignement prise en application du livre VI, cette dernière ne peut être mise à exécution tant que l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. "
5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent. En cas de naissance ou d'entrée en France d'un enfant mineur antérieurement à l'entretien avec l'étranger, la décision rendue par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides est réputée l'être à l'égard du demandeur et de l'enfant, sauf si celui-ci établit que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire. En cas de naissance ou d'entrée en France d'un enfant mineur postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'étranger est tenu d'en informer dans les meilleurs délais l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, tant qu'il n'a pas encore statué, ou en cas de recours, la Cour nationale du droit d'asile. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les parents d'un enfant né après l'enregistrement de leur demande d'asile présentent, postérieurement au rejet définitif de leur propre demande, une demande au nom de leur enfant. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point précédent que la demande ainsi présentée au nom du mineur doit alors être regardée, dans tous les cas, comme une demande de réexamen au sens de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Mme A soutient que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle en faisant valoir que la préfète du Loiret n'a pas pris en considération le fait qu'elle avait deux enfants mineurs à charge à la date de la décision attaquée, Ibrahim Kaba né le 9 avril 2019 et Zeinoulabdine Kaba né le 04 mars 2022, que la requérante a déposé une demande d'asile le 22 novembre 2022 pour son second fils et qu'elle résidait sur le territoire français depuis presque deux ans à la date de l'arrêté attaqué. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le fils de Mme A étant né antérieurement au rejet définitif de la demande d'asile de sa mère, la demande présentée pour Zeinoulabdine Kaba constitue une demande de réexamen, ainsi que l'a qualifiée l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. Dès lors que la préfète du Loiret a pris un arrêté portant obligation de quitter le territoire à l'encontre de Mme A le 2 décembre 2022, avant que l'Office ait rendu une décision concernant la demande d'asile de Zeinoulabdine Kaba, la requérante est fondée à soutenir qu'elle détenait le droit de se maintenir sur le territoire français et qu'ainsi, en prenant l'arrêté contesté, sans attendre l'intervention de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, la préfète du Loiret a entaché sa décision d'une erreur de droit. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 2 décembre 2022 par lequel la préfète du Loiret l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. L'annulation de la décision de la préfète du Loiret du 2 décembre 2022, eu égard au motif d'annulation retenu, implique seulement le réexamen de la situation administrative de la requérante. Par suite, il y a lieu de prescrire à cette autorité de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois et de délivrer immédiatement à l'intéressée, dans cette attente, une autorisation provisoire au séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme A d'une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Non car aide juridictionnelle
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 2 décembre 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de réexaminer la situation personnelle de Mme B A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à l'intéressée, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guével, président-rapporteur,
M. Alexandre Lombard, premier conseiller,
Mme Anne-Laure Pajot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
Benoist GUÉVEL
L'assesseur le plus ancien,
Alexandre LOMBARD
Le greffier,
Benoît VESIN
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026