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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204512

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204512

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204512
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantFROUJY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistré le 20 décembre 2022 et le 23 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Asmaa Froujy, avocate, demande au tribunal :

1°/ d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, lui a imposé une obligation de pointage au commissariat de police de Blois et a fixé le pays de destination ;

2°/ d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°/ de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- il est entaché d'erreur de fait ;

- il est affectée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- il méconnait l'article 3.1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de pointage au commissariat de police :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est disproportionnée ;

- elle méconnait l'article 3.1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 23 janvier 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier :

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guével a été entendu au cours de l'audience publique où les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions en annulation :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 26 mars 1992, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, lui a imposé une obligation de pointage au commissariat de police de Blois et a fixé le pays de destination.

2. Aux termes de l'article 3.1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Si Mme B se prévaut de ce que, entrée en France, elle y réside avec son époux, ressortissant marocain, et leurs deux enfants mineurs nés en France en 2018 et 2021, il ressort toutefois des pièces du dossier que son mari est également sous le coup d'une mesure d'éloignement qu'il a contestée au contentieux par une requête rejetée par le tribunal administratif d'Orléans, et que rien ne fait obstacle à ce que la vie conjugale et familiale se reconstitue dans le pays d'origine commun, le Maroc, où la requérante a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans et où elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales. Dès lors, compte tenu des conditions du séjour en France de l'intéressée, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Loir-et-Cher aurait en prenant la décision attaquée porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ou à l'intérieur supérieur de l'enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

4. Pour les motifs exposés au point 3 le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle et familiale doit être écarté.

5. En l'absence d'illégalité établie de la décision portant refus de séjour, la décision portant obligation de pointage au commissariat de police n'est pas illégale.

6. Pour les motifs exposés au point 3 les moyens dirigés à l'encontre de cette obligation de pointage et tirés de la méconnaissance de l'article 3.1 de la convention relative aux droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. En tant que cette décision oblige Mme B à se présenter deux fois par semaine, tous les mardis et jeudis à 8h30, cette décision n'est pas excessive.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

M. Lombard, premier conseiller,

Mme Pajot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

Benoist GUÉVEL

L'assesseur le plus ancien,

Alexandre LOMBARDLe greffier,

Benoît VESIN

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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