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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204518

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204518

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204518
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantESNAULT-BENMOUSSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrés les 20 décembre 2022 et 12 avril 2023, M. B A, représenté par Me Esnault-Benmoussa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard avec délivrance d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que l'arrêté :

-est entaché d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

-méconnaît l'article R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin ayant rédigé le rapport médical ne siégeait pas au sein du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

-est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son état de santé.

Par un mémoire en défense enregistrée le 13 février 2023, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire d'Orléans du 21 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

-le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

-le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guével a été entendu au cours de l'audience publique où les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité guinéenne, déclare être entré en France le 1er janvier 2019. Le 20 mai 2022, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 27 septembre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Les décisions en litige mentionnent les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des éléments de faits relatifs à la situation administrative et personnelle de M. A. En outre, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète d'Indre-et-Loire a procédé à l'examen de la situation personnelle de l'intéressé avant de prendre à son encontre les décisions en litige.

3. La préfète d'Indre-et-Loire a produit l'avis émis le 16 septembre 2022 par le collège de médecins de l'OFII. Cet avis, qui comporte les noms et prénoms des trois médecins qui l'ont rendu, ainsi que le nom et le prénom du médecin rapporteur, permet de vérifier que celui-ci n'a pas siégé au sein du collège.

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale' d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. () ".

5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif ou non à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. A en raison de son état de santé, la préfète d'Indre-et-Loire s'est fondée sur l'avis du 16 septembre 2022 du collège de médecins du service médical de de l'OFII qui a estimé que si l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Si M. A se prévaut de deux certificats médicaux datés du 4 novembre 2022 et 19 décembre 2022, ces pièces ne suffisent pas à elles seules à remettre en cause les mentions figurant dans l'avis du collège de médecins de l'OFII du 16 septembre 2022 et notamment celle indiquant qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Guinée, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète d'Indre-et-Loire a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation médicale.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté la demande de titre du requérant, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays destination doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte du requérant doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais du litige

9. La requérante étant, dans la présente instance, la partie perdante, ses conclusions présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète

d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président-rapporteur,

M. Alexandre Lombard, premier conseiller,

Mme Anne-Laure Pajot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

Benoist GUÉVEL

L'assesseur le plus ancien,

Alexandre LOMBARD

Le greffier,

Benoît VESIN

La République mande et ordonne à la préfète d'Indre-et-Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204518

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