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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204546

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204546

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGREFFARD-POISSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire en réplique enregistrés respectivement les 21 décembre 2022, 22 février 2023 et 13 novembre 2023, Mme A, représentée par Me Greffard-Poisson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté contesté en date du 21 septembre 2022 par lequel la préfète du Loiret lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros, sous réserve qu'elle renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué :

- sa requête est recevable ;

- l'auteur de la décision attaquée est incompétent ;

Sur la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée par l'incompétence du médecin chargé de rédiger le rapport et du collège de médecins responsable de l'avis définitif ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations des article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article L. 611-3 alinéa 9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 novembre 2022.

Par une ordonnance du 30 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée le 30 novembre 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Lombard, conseiller-rapporteur.

Les parties n'étaient présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante marocaine née le 15 octobre 1992, est entrée sur le territoire français le 1er septembre 2014 selon ses déclarations. Elle a demandé un titre de séjour pour raisons médicales au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a estimé dans un avis du 2 septembre 2022 que l'état de santé de Mme C A ne nécessite pas une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par un arrêté en date du 21 septembre 2022, la préfète du Loiret a rejeté la demande de délivrance du titre de séjour sollicité et a obligé l'intéressée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination. La requérante demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Benoît Lemaire. Par un arrêté du 27 juillet 2021, publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial n°45-2021-197 de la préfecture de la région Centre-Val de Loire et du Loiret, la préfète du Loiret, a donné à M. Benoît Lemaire, secrétaire général de la préfecture, une délégation de signature à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports et correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret, à l'exception : / - des arrêtés portant élévation de conflit / - des réquisitions de comptable public ". Les décisions relatives à l'administration de l'Etat dans le département pour lesquelles le préfet délègue sa signature comprennent, dès lors qu'il n'en est disposé autrement par l'arrêté portant délégation, les décisions préfectorales en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision aurait été signée par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. ".

4. La préfète du Loiret a produit l'avis émis le 2 septembre 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il ressort de l'examen de cet avis, d'une part, qu'il a été émis au vu d'un rapport médical établi par le docteur B et, d'autre part, que le collège de médecins était composé des docteurs Aranda-Grau, Minani et De-Prin. De plus, en vertu de la décision du 28 janvier 2021 modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, les médecins précités ont été désignés pour participer au collège à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dès lors, les auteurs de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étaient pas incompétents. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

6. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de Office français de l'immigration et de l'intégration doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, de sa capacité à bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, la préfète du Loiret s'est appuyée sur l'avis du collège des médecins du 2 septembre 2022 indiquant que l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sans préciser si l'intéressée peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, précisant en revanche que l'intéressée peut effectuer sans risque le voyage de retour. La requérante conteste cette appréciation en s'appuyant sur des certificats médicaux datant du 24 novembre 2022, postérieurs à la décision contestée, indiquant qu'elle ne bénéficiera pas d'une implantation cochléaire au vu de sa non-oralisation et qu'elle doit apprendre la langue des signes afin de pouvoir développer des contacts sociaux. Elle allègue ne pas pouvoir apprendre actuellement la langue des signes en France en raison de sa situation administrative et ne pas davantage pouvoir l'étudier dans son pays d'origine, ce qui la conduit à un risque d'isolement social. Néanmoins, Mme A, âgée de 29 ans à la date de la décision contestée, n'apporte pas d'éléments suffisamment circonstanciés susceptibles de remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Pour handicapante que soit sa situation, les éléments produits ne permettent pas de caractériser que la condition relative aux conséquences d'une exceptionnelle gravité est remplie au sens des dispositions précitées. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Loiret aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen formulé en ce sens.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A réside sur le territoire français selon ses déclarations depuis 8 ans à la date de la décision attaquée et est hébergée chez sa tante. L'intéressée est célibataire et sans charge de famille. Elle n'atteste pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine dans lequel elle a vécu pendant au moins vingt-et-un ans et où vivent ses parents certes séparés. Dans ces conditions, malgré le fait que sa mère serait sans ressource au Maroc et ne pourrait subvenir aux besoins de sa fille, la décision de refus de titre de séjour ne porte pas au droit de la requérante au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise.

10. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. Si Mme A soutient qu'en cas de retour au Maroc, elle se retrouverait sans ressources dès lors que sa mère ne serait pas en mesure de subvenir à ses besoins, ces circonstances, à les supposer établies, ne suffisent pas à démontrer qu'elle risquerait d'être soumise à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, le moyen invoqué par la requérante, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée, en raison de ce que l'impossibilité d'accéder à des mesures de rééducation au Maroc et son absence de ressource dans son pays d'origine entraîneraient pour elle des conséquences exceptionnellement graves, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement.

13. En deuxième lieu, compte tenu de la situation de Mme A retracée au point 7, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen doit être écarté.

14. En dernier lieu, compte tenu de la situation de Mme A retracée au point 11, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine à des traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et sur les frais liés à l'instance :

15. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C A doit être rejetée. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais de justice doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

M. Lombard, premier conseiller,

Mme Pajot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

Le rapporteur,

Alexandre LOMBARD

Le président,

Benoist GUEVEL

Le rapporteur

A. LOMBARD

Le président

B. GUéVEL

Le greffier,

Benoît VESIN

Le greffier

B. VESIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204546

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