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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204556

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204556

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204556
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 21 décembre 2022 et 13 mars 2023, Mme A D épouse C, représentée par Me Duplantier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 22 septembre 2022 par lequel la préfète du Loiret a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réinstruire sa demande et de l'admettre au séjour, au besoin sous astreinte de 100 euros par jour de retard à partir d'un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros, à verser à son conseil sous réserve qu'elle renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des articles L. 761-1 du Code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que l'arrêté attaqué :

- méconnaît l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que Mme C aurait dû se voir notifier un délai de recours contentieux de trente jours à compter de la notification de l'arrêté contesté ;

- est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 novembre 2022.

La requête a été communiquée la préfète du Loiret qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Lombard, conseiller-rapporteur.

Les parties n'étaient présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions en annulation :

1. Mme A C, ressortissante arménienne, née le 3 juin 1965 à Artashat en Arménie, déclare être entrée en France le 14 juillet 2019, en étant accompagnée de son époux et de ses deux enfants. À son arrivée, elle a présenté une demande d'asile qui a donné lieu à une décision de rejet de la part de l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 6 janvier 2021, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 avril 2021. Mme C s'est maintenue sur le territoire français et a présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 22 septembre 2022, la préfète du Loiret a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. ". En l'espèce, s'il ressort des pièces du dossier que la préfète du Loiret, en mentionnant un délai de recours de 15 jours à l'encontre de l'arrêté attaqué alors qu'elle avait obligé Mme C à quitter le territoire français en application de l'article L.611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a commis une erreur dans l'indication des délais de recours, ladite erreur a seulement pour effet de rendre inopposable à la requérante le délai de recours contentieux et est toutefois sans incidence sur la légalité des décisions attaquées.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, sa capacité à bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de destination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. En l'espèce, Mme C, qui doit être regardée comme ayant levé le secret médical en faisant état des pathologies dont elle est atteinte : diabète de type II insulinodépendant, hypertension artérielle, hypothyroïdie et obésité, se prévaut notamment de ce qu'elle est toujours suivie par des médecins spécialistes en France et que l'avis du collège des médecins du 6 septembre 2022, au demeurant rendu au vu de son dossier médical, ne comprend aucun élément relatif à la disponibilité d'un traitement approprié dans le pays d'origine de la requérante, alors qu'elle soutient qu'elle ne pourra pas accéder dans son pays d'origine au traitement qui lui est prescrit comprenant notamment un traitement médicamenteux composé d'HUMALOG, TRULICITY, ABASAGLAR, APROVEL, METFORMINE et LEVOTHYROX. Toutefois, la requérante, en se bornant à produire une liste, non officielle et dont la source de provenance est inconnue, des médicaments délivrés sur ordonnance en Arménie, sur laquelle ne figurent pas les médicaments ci-dessus, ne permet pas d'établir que ces médicaments, ou alors des molécules présentant un effet équivalent, ne seraient pas effectivement disponibles dans son pays d'origine. Il ne ressort pas plus des pièces du dossier que le traitement que doit suivre la requérante nécessiterait l'usage d'une pompe à insuline. Par suite, Madame C n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Loiret aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. S'il ressort des pièces du dossier que Mme C vit en France depuis près de trois ans à la date de la décision attaquée, elle n'établit pas avoir noué en France des liens particulièrement anciens, stables et intenses hors de son cercle familial alors qu'elle n'a quitté qu'à l'âge de cinquante-quatre ans son pays d'origine où elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches personnelles et familiales. Elle ne justifie pas davantage qu'elle aurait besoin au quotidien de la présence de son fils, M. B C, résidant en France au titre de la protection subsidiaire. Dans les circonstances de l'espèce, en prenant l'arrêté attaqué, la préfète du Loiret n'a pas porté au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels cet acte a été pris. Elle n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'emporte sa décision sur la situation de la requérante.

7. En quatrième et dernier lieu, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation de la requérante.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 septembre 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

M. Lombard, premier conseiller,

Mme Pajot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

Le rapporteur,

Alexandre LOMBARD

Le président,

Benoist GUEVEL

Le rapporteur

A. LOMBARD

Le président

B. GUéVEL

Le greffier,

Benoît VESIN

Le greffier

B. VESIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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