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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204562

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204562

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204562
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2022, Mme C D, représentée par Me Duplantier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2022 par lequel la préfète du Loiret a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de reprendre l'instruction de son dossier et de l'admettre au séjour, au besoin sous astreinte de 100 euros par jour de retard à partir d'un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la notification des voies et délais de recours est irrégulière ;

- la décision de refus de titre de séjour attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ainsi que d'erreurs de fait ;

- cette décision méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français attaquée, qui est dépourvue de base légale, sera annulée.

Par un mémoire enregistré le 13 juillet 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est irrecevable car tardive.

Par une ordonnance du 13 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 juillet 2023.

Un mémoire présenté par Mme D a été enregistré le 4 août 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Toullec,

- et les observations de Me Duplantier, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante de la République démocratique du Congo, née le 30 octobre 1988, est entrée en France le 26 septembre 2014, selon ses déclarations. Elle a, le 17 novembre 2014, déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 juin 2015, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 13 décembre 2016. A la suite de ces rejets, elle a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français le 18 janvier 2017. Le recours contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif d'Orléans du 11 mai 2017, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 16 mars 2018. Mme D, qui s'est maintenue sur le territoire français, a, le 15 octobre 2020, présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 août 2022, la préfète du Loiret a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Loiret :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Ces dispositions imposent à l'administration de faire connaître les délais opposables à tous les requérants que les textes attachent aux actes individuels qu'elle prend.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le courrier de notification de l'arrêté du 5 août 2022, rejetant la demande de titre de séjour présentée par Mme D, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi, a été présenté le 10 août 2022 à l'adresse communiquée par l'intéressée à la préfecture, avant d'être retourné avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Toutefois, la notification de cet arrêté indiquait à l'intéressée qu'elle disposait d'un délai de quinze jours pour saisir le tribunal administratif d'un recours. Une telle mention était erronée puisque, s'agissant d'un arrêté pris en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le délai de recours était de trente jours à compter de sa notification. Dans ces conditions, la demande de D, à laquelle ne peut être opposé le délai de trente jours alors même que l'intéressée n'a pas retiré le pli, n'était pas tardive lorsqu'elle a été enregistrée le 21 décembre 2022 au greffe du tribunal. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Loiret doit être écartée.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 5 août 2022 :

5. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L 'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, arrivée en France le 26 septembre 2014, vit en concubinage avec un compatriote, M. B, depuis la naissance de leur fille, A, le 31 août 2016. Il n'est pas contesté que le compagnon de la requérante, né le 20 mars 1973, vit en France depuis 2001, de manière régulière depuis 2012, et est titulaire d'une carte de résident de dix ans, valable du 15 mars 2018 au 14 mars 2028. Par ailleurs, il n'est pas non plus contesté que M. B travaille régulièrement en intérim en tant qu'agent logistique ou préparateur de commandes. A est scolarisée depuis le 1er septembre 2019. Dans ces conditions, eu égard à l'intensité et la stabilité des liens familiaux de la requérante en France, celle-ci est fondée à soutenir que le refus de titre de séjour litigieux porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des motifs de ce refus. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être accueilli.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision de refus de titre de séjour du 5 août 2022 doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination du même jour.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. La présente décision implique nécessairement que la préfète du Loiret délivre à Mme D un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, il y a lieu de prescrire à la préfète du Loiret de délivrer à l'intéressée un tel titre, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte

Sur les frais d'instance :

9. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 300 euros à Me Duplantier, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète du Loiret du 5 août 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à Mme D une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois suivant la notification de la présente décision.

Article 3 : L'Etat versera à Me Duplantier une somme de 1 300 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.

La rapporteure,

Hélène LE TOULLEC

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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