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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204566

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204566

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204566
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantATTALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2022, Mme B épouse A D, représentée par Me Attali, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée familiale " ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en vue du réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente compte tenu du caractère général et imprécis de la délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, la préfète n'ayant pas examiné sa situation au regard de son état de santé ;

- la préfète s'est estimée à tort liée par son arrivée récente en France et n'a pas fait usage de son pouvoir d'appréciation ;

- cette décision est entachée d'un vice de procédure du fait de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation et celle de ses enfants.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la préfète s'est fondée uniquement sur le refus de titre de séjour.

Par un mémoire enregistré le 13 janvier 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dicko-Dogan a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse A D, ressortissante libanaise, née le 1er janvier 1988, est entrée régulièrement en France le 27 décembre 2021. Le 16 février 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 novembre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté cette demande, a obligé l'intéressée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B épouse A D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme Nadia Seghier, secrétaire générale de la préfecture d'Indre-et-Loire. Par un arrêté du 4 novembre 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète d'Indre-et-Loire a donné délégation à Mme E " à l'effet de signer tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas l'acte attaqué, l'arrêté de délégation mentionnant au contraire expressément que sont compris dans la délégation " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Par suite, et alors que cette délégation de signature n'est ni générale ni imprécise, contrairement à ce que soutient la requérante, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté contesté, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la préfète a fait application, mentionne la date de naissance, la nationalité et la date d'entrée en France de la requérante, et indique de manière précise les motifs pour lesquels la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, en précisant notamment que la requérante n'est pas dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine ou aux Emirats arabes unis où réside son conjoint avec lequel elle a eu deux enfants, nés en 2010 et 2013. Par conséquent, et alors que la préfète n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation de l'intéressée, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que la motivation de la décision attaquée serait stéréotypée et sommaire en méconnaissance des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré d'un défaut de motivation du refus de titre de séjour doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté litigieux, qui fait état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressée, comme rappelé au point précédent, que la préfète n'aurait pas procédé, ainsi qu'elle y était tenue, à l'examen particulier de la situation de Mme B épouse A D, ni qu'elle se serait estimée en situation de compétence liée du fait de son arrivée récente sur le territoire français. Par ailleurs, si la requérante fait valoir que son état de santé n'a pas été pris en compte, elle n'établit toutefois pas avoir présenté une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, alors que le seul motif indiqué dans sa demande de titre de séjour est de " scolariser [ses] enfants dans les établissements français ". En l'absence de tout élément médical produit à l'appui de la demande de titre de séjour, la préfète n'était pas tenu de l'examiner d'office sur ce fondement. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'illégalité, faute d'avoir été précédé d'un examen particulier.

6. En quatrième lieu, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme B épouse A D fait valoir que ses enfants, nés en 2010 et 2013, tous deux scolarisés, sont parfaitement intégrés et maîtrisent bien la langue française. Elle indique que son conjoint subvient à ses besoins et à ceux de sa famille en France. Toutefois, la présence de la requérante et de ses enfants sur le territoire français était très récente à la date de l'arrêté attaqué. Mme A D n'établit pas l'intensité des liens tissés en France, où elle est entrée à l'âge de trente-trois ans, et ne fait état d'aucune insertion professionnelle et personnelle. En outre, son conjoint réside aux Emirats arabes unis, pays dans lequel elle ne conteste pas avoir elle-même vécu, et rien ne fait obstacle à ce que les enfants du couple poursuivent leur scolarité dans ce pays ou au Liban. Dans ces conditions, la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et dispositions visées au point 6 doivent être écartés.

8. En cinquième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

9. Les éléments, exposés au point 7, de la situation familiale, personnelle et professionnelle de Mme B épouse A D ne constituent pas des considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, si la requérante fait valoir qu'elle est atteinte d'une spondylarthrite ankylosante, les éléments médicaux qu'elle produit ne permettent pas de considérer que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour sur le fondement de ces dispositions. Enfin il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète d'Indre-et-Loire aurait entaché d'une erreur manifeste l'appréciation qu'elle a portée sur les conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante et de ses enfants.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que Mme B épouse A D, contrairement à ce qu'elle soutient, ne remplissait pas les conditions pour obtenir un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la préfète d'Indre-et-Loire n'avait pas à saisir la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

12. D'une part, l'illégalité du refus de titre de séjour opposé à la requérante n'étant pas établie, Mme B épouse A D n'est pas fondée à se prévaloir d'une telle illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète aurait renoncé à exercer son pouvoir d'appréciation et donc méconnu l'étendue de sa compétence.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B épouse A D tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 novembre 2022 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A D et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

M. Lardennois, premier conseiller,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

La rapporteure,

Fatoumata DICKO-DOGAN

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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