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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204571

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204571

mercredi 8 février 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2022, Mme C A, représentée par la Scp Petit, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2022 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le Nigéria comme pays de destination de sa reconduite ;

2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du présent jugement et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit en ne prenant pas en compte sa demande de titre de séjour du 30 septembre 2022 et en omettant de faire application de son pouvoir discrétionnaire au regard notamment de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Johan Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Petit, avocate de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante nigériane née le 14 juin 1988, a déclaré être entrée en France le 8 mai 2018 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 23 mai 2018, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été placée en procédure Dublin suite à son identification en Italie. La responsabilité de l'Italie étant arrivée à son terme, la demande de la requérante a été rejetée le 29 mars 2019 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 19 décembre 2019 par la cour nationale du droit d'asile. Le 20 octobre 2021, l'intéressée a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande a été rejetée, pour irrecevabilité, par une décision du 29 octobre 2021 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Par l'arrêté attaqué du 2 décembre 2022, la préfète du Loiret l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du Nigéria.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la requête :

4. En premier lieu, la requérante soutient que la préfète du Loiret a indiqué dans l'arrêté attaqué qu'aucun changement quant à sa situation familiale n'aurait été signalé à ses services alors qu'elle a déposé une demande de titre de séjour dès le 30 septembre 2022 sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour et que la préfète a commis une erreur de droit en omettant de faire application de son pouvoir discrétionnaire alors que l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers prévoit la délivrance d'une carte de séjour temporaire à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Toutefois, le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger qui se trouve, comme en l'espèce, dans le cas mentionné au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne saurait en aller autrement que lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à l'intéressé, cette circonstance faisant alors obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. En l'espèce, la requérante fait valoir qu'elle a eu à subir des violences sexuelles importantes lors de sa fuite et en raison de son homosexualité et qu'elle a été vendue à un réseau de prostitution dont elle a réussi à s'affranchir en arrivant en France par l'Italie, que sa famille a été contrainte de quitter la ville pour s'établir à la campagne afin de fuir les représailles des passeurs qui lui reprochent de ne pas avoir payé l'intégralité des sommes qu'elle devrait leur verser pour sa fuite. Ces éléments sont insuffisants pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. D'ailleurs, sa demande d'admission exceptionnelle au séjour a été présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit lequel ne conduit pas, en tout état de cause, à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Enfin, l'arrêté attaqué rappelle les conditions de son entrée et de son séjour en France, sa situation personnelle et familiale, que sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et par la cour nationale du droit d'asile et qu'elle n'établissait pas être exposée à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, même si l'arrêté attaqué ne mentionne pas sa demande du 30 septembre 2022 tendant à son admission exceptionnelle au séjour, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Loiret a commis une erreur de droit et n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation avant de prendre l'arrêté attaqué.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. La requérante se prévaut de ces stipulations et soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation en faisant valoir que la préfète du Loiret n'a pas tenu compte de son parcours en n'évoquant pas sa demande de titre de séjour, qu'elle réside en France depuis plus de quatre ans, qu'elle y a construit sa vie économique, administrative, familiale et médicale, qu'elle maîtrise la langue française et qu'elle donne son temps aux autres personnes en difficulté par l'intermédiaire d'associations qui l'ont aidée. Toutefois, elle est entrée assez récemment en France et s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français malgré le rejet de sa demande d'asile par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile. Elle ne conteste pas être célibataire et sans enfant. Par ailleurs, elle n'établit pas avoir des attaches familiales en France et être dépourvue de tout lien au Nigéria. Dans ces conditions, compte tenu notamment des conditions de séjour en France de l'intéressée, l'arrêté attaqué ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

7. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si la requérante soutient qu'elle craint pour sa sécurité en cas de retour dans son pays, le rapport médical, d'ailleurs non traduit, les photographies et la lettre d'expulsion du 7 mars 2011 qu'elle produit sont insuffisants, eu égard à leur contenu qui ne fait pas état de sévices ou maltraitances, pour établir la réalité de ses craintes. Au demeurant, l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale ont rejeté sa demande d'asile et sa demande de réexamen. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête présentée par Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel B

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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