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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204622

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204622

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204622
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantPASSY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 décembre 2022 et le 13 janvier 2023, Mme A B, épouse D, représentée par Me Passy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Tunisie ou tout pays dans lequel elle est légalement admissible comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour temporaire avec droit au travail dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ainsi que l'accord franco-tunisien ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord cadre franco-tunisien relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique, autorisée par Mme Rouault-Chalier, présidente de la formation de jugement, a été dispensée, sur sa proposition, d'avoir à prononcer des conclusions.

Le rapport de M. Nehring a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, épouse D, ressortissante tunisienne née le 19 avril 1989, est entrée en France le 4 janvier 2022 sous couvert d'un visa court séjour. Elle a sollicité son admission au séjour le 30 décembre 2021 sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 novembre 2022, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays d'origine, la Tunisie, ou tout autre pays dans lequel elle serait légalement admissible, comme pays de renvoi. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Mme D allègue s'être rendue en France à quatre reprises entre 2018 et 2021 à l'occasion de courts séjours pour rendre visite à son futur époux et être entrée pour la dernière fois sur le territoire français le 4 janvier 2022. Elle soutient également y résider avec M. C D, ressortissant tunisien titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, avec lequel elle s'est mariée le 7 août 2021 et avoir donné naissance à leur enfant le 10 septembre 2022. Elle souligne qu'elle partage une communauté de vie avec son conjoint et qu'elle s'occupe des quatre enfants français de ce dernier, issus d'une précédente union. Elle produit, à l'appui de ses allégations, un avis d'imposition sur les revenus de 2021 établi en 2022 à leurs deux noms ainsi que trois quittances de loyers établies entre septembre et novembre 2022 au nom de M. D. Toutefois, aucune des pièces du dossier ne suffit à justifier de l'existence d'une vie commune ancienne et stable entre la requérante et son mari en France. De surcroît, elle ne produit aucun autre élément de nature à établir l'existence de liens personnels, intenses et anciens en France en dehors de sa cellule familiale, ni sa particulière insertion dans la société. Dès lors, la préfète du Loiret n'a pas porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, la requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que la préfète du Loiret a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

5. Si Mme D soutient que son jeune fils est sujet à des difficultés de santé, la seule production de deux convocations adressées les 21 et 26 décembre 2022, soit postérieurement à la date de l'arrêté contesté, pour des consultations prévues le 25 janvier 2023 au service pédiatrie du centre hospitalier de Gien et le 30 janvier 2023 pour une échographie rénale au centre hospitalier d'Orléans, ne suffit pas à établir que l'enfant de la requérante n'aurait pas effectivement accès aux soins nécessités par son état de santé dans le pays d'origine de sa mère.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent accord, dans les conditions prévues par sa législation. ".

7. Les circonstances évoquées par la requérante et exposées aux points 3 et 5 du présent jugement ne constituent pas des motifs exceptionnels et ne relèvent pas de considérations humanitaires au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, la décision attaquée ne méconnait ni l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'accord franco-tunisien.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de délivrer à Mme D un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction ainsi que de celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse D et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

Le rapporteur,

Virgile NEHRING

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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