jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2204624 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | KONATE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 décembre 2022, M. G E, représenté par Me Konate demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Bénin ou tout pays dans lequel elle il légalement admissible comme pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ainsi qu'une carte de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entaché d'exception d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 27 mars 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. G E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 20 janvier 2023.
Le tribunal a été informé le 23 mars 2023 de ce que M. E a été assigné à résidence par arrêté du préfet de Loir-et-Cher du 1er mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Nehring, conseiller, pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- et les observations de Me Konate, avocate de M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. G E, ressortissant Béninois né le 29 mars 1980, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 1er janvier 2019. Il a sollicité son admission au séjour le 21 juin 2021. Par un arrêté du 7 décembre 2022 le préfet du Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays d'origine, le Bénin, ou tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible, comme pays de renvoi. Par arrêté du 1er mars 2023, notifié le jour même, M. E a été assigné à résidence dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de 45 jours. M. E demande l'annulation de l'arrêté du 7 décembre 2022.
Sur l'étendue du litige :
2. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. E a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence. En application des dispositions des articles L. 614-3 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et des conclusions accessoires à celles-ci.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture, qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de Loir-et-Cher du 25 janvier 2021, publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () correspondances () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher ", cette délégation comprenant " notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. La décision portant refus de titre de séjour contestée comporte les motifs de droit et de fait sur lesquels le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour formée par le requérant, prononcer l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi. Elle comporte les visas des textes dont il a entendu faire application et mentionne les raisons pour lesquelles il n'a pas été fait droit à sa demande. Elle est donc suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
7. Le requérant, qui soutient vivre en France depuis près de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué, se prévaut de ses liens personnels avec Mme A D, de nationalité française depuis le 6 aout 2021, avec laquelle il est lié par un pacte civil de solidarité (PACS) enregistré le 30 avril 2021 et avec laquelle il allègue partager une communauté de vie depuis le mois de décembre 2020. Il soutient également qu'il entretient des liens familiaux avec sa sœur et son oncle. Il produit à l'appui de ses allégations un avis d'imposition établit en 2022, un justificatif d'abonnement auprès d'un fournisseur d'énergie éditée le 29 juin 2022 sur lesquels figurent son nom ainsi que celui de sa compagne et une attestation de Mme D du 19 décembre 2022 indiquant qu'elle partage la vie du requérant depuis deux ans. Il produit également les témoignages de Mme D, qui fait part des qualités personnelles du requérant, de Mme C, qui atteste être la sœur du requérant et de M. F qui soutient être son oncle. Toutefois, alors même que les documents produits par le requérant et versés aux débats ne permettent pas de justifier de la communauté de vie, au demeurant récente, dont il se prévaut avec sa compagne, ni davantage des liens personnels qu'il soutient entretenir avec les membres de sa famille vivant en France, aucune autre pièce du dossier n'établit l'existence de liens personnels et familiaux intenses, stables et anciens du requérant en France. En outre, M. E ne conteste pas présenter des attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de Loir-et-Cher pouvait considérer, sans entacher sa décision d'erreur de droit, que M. E ne justifiait pas de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Dès lors, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 susvisé et les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de ce qui précède que M. E n'établit pas l'illégalité de la décision refusant son admission au séjour. Il n'est, par conséquent, pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne les autres moyens :
9. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 3 du présent jugement, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doit être écarté.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".
11. Dès lors que la décision portant refus de séjour est régulièrement motivée, l'obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision fixant le pays de destination opposées au requérant n'avaient pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
13. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article de 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
14. M. E soutient qu'il souffre d'hypertension, d'une hépatite B ainsi que de complications au bras gauche, liées à une ancienne fracture traitée dans son pays d'origine. Il fait valoir qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement et d'un suivi approprié dans son pays d'origine, en raison de l'insuffisance de l'offre de soins au Bénin, et que sa situation financière ne lui permettrait pas d'accéder au soins dans son pays d'origine. Le requérant produit à l'appui de ses allégations un compte-rendu sérologique confirmant qu'il est porteur du virus de l'hépatite B, et trois ordonnances émises par un médecin généraliste le 21 juin 2021, le 2 aout 2022 et le 29 aout 2022 au profit du requérant. Il produit également un certificat opératoire qui fait état d'une intervention chirurgicale à la main gauche le 27 février 2023. Toutefois, aucune pièce produite ne démontre que le requérant n'aurait pas effectivement accès à un traitement dans son pays d'origine ni que le suivi de ses pathologies ne pourrait s'y effectuer. Dès lors, il n'est pas établi que le requérant est personnellement exposé, dans son pays d'origine, à des risques prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen est écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions du 7 décembre 2023 par lesquelles le préfet de Loir-et-Cher a obligé Mme E à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 7 décembre 2022 portant refus de titre de séjour, les conclusions aux fins d'injonction qui en sont l'accessoire, ainsi que les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sont renvoyées à une formation collégiale du présent tribunal.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G E et au préfet du Loir-et-Cher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2023.
Le magistrat désigné,
Virgile B
Le greffier,
Roger MBELANI
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026