jeudi 16 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2300060 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DRIDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 janvier 2023, M. A, représenté par Me Dridi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 janvier 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme dont le montant doit être fixé en équité en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée en droit dès lors qu'elle ne mentionne pas l'accord franco-tunisien ;
- elle méconnaît le droit d'être entendu et le principe du contradictoire ;
- elle est entachée d'une violation des articles L. 613-3, L. 613-4 et L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
S'agissant du moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français :
- ces décisions sont illégales dès lors qu'eu égard à sa nouvelle situation, il a le droit à un titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 10 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Ploteau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 3 février 1999, déclare être entré en France le 3 juin 2020. Par un arrêté du 7 janvier 2023, dont il demande l'annulation, le préfet d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
3. En l'espèce, il est constant que M. A, est entré irrégulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et qu'il n'avait pas déposé de demande de titre de séjour à la date de l'arrêté attaqué. En se bornant à soutenir qu'il remplit désormais les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour eu égard à son activité de mécanicien, le requérant ne démontre pas, en tout état de cause, qu'il justifiait d'un droit au séjour à la date de l'arrêté attaqué. Ainsi, le préfet pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français en application des dispositions citées au point 2. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il a droit au séjour eu égard à son activité de mécanicien doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne se fonde pas sur les stipulations de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, qui ne régit pas les conditions d'éloignement des ressortissants tunisiens. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en droit de la décision attaquée à défaut de mention de cet accord ne peut qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté comme inopérant.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). " Ces stipulations s'adressent non pas aux Etats membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Il résulte toutefois de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
7. M. A soutient qu'il n'a pas été entendu alors que s'il l'avait été, il aurait pu indiquer qu'il réside en France depuis 2020, qu'il a un logement, une activité de mécanicien, qu'il va obtenir une promesse d'embauche et a un projet de mariage avec une ressortissante française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A a été auditionné par les services de police le 6 janvier 2023 à la suite de son interpellation et qu'il a été interrogé à cette occasion sur sa situation au regard de son droit au séjour et sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement prise à son encontre. Il a ainsi été mis en mesure de faire valoir les éléments qu'il souhaitait porter à la connaissance de l'administration. Il ressort d'ailleurs de ce procès-verbal d'audition, antérieur à la décision attaquée, que M. A a indiqué aux services de police qu'il est en France depuis 2020, qu'il est sans domicile fixe, a fait état de son activité de mécanicien, a indiqué être dans l'attente d'une promesse d'embauche et être célibataire. Par suite, le moyen tiré du défaut d'être entendu manque en fait et doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est informé, par cette notification écrite, des conditions, prévues aux articles L. 722-3 et L. 722-7, dans lesquelles cette décision peut être exécutée d'office. Lorsque le délai de départ volontaire n'a pas été accordé, l'étranger est mis en mesure, dans les meilleurs délais, d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix. ". Aux termes de l'article L. 613-4 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est également informé qu'il peut recevoir communication des principaux éléments, traduits dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, des décisions qui lui sont notifiées en application des chapitres I et II. ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006.() ".
9. Si le requérant soutient qu'il n'a pas été informé des éléments prévus par les articles précités, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions relatives aux conditions de notification d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ou interdiction de retour sur le territoire français sont sans incidence sur leur légalité. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été notifié à M. A avec le concours d'une interprète et que le requérant a été informé de la possibilité d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. A a été assisté d'un conseil et d'une interprète lors de son audition par les services de police le 6 janvier 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 8 ne peut qu'être écarté.
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, la décision portant refus de délai de départ volontaire vise les dispositions des 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des 1°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. S'agissant des considérations de fait, l'arrêté attaqué relève que M. A a été interpellé par les services de police pour refus d'obtempérer, qu'il est entré irrégulièrement en France, qu'il est dépourvu de document d'identité ou de voyage et a déclaré être sans domicile fixe. Ainsi, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui fondent la décision portant refus de délai de départ volontaire. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.
11. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'erreur de fait, à le supposer soulevé, n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peut, dès lors, qu'être écarté.
12. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes,
13.
14. notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
15. Si M. A soutient que le seul fait qu'il est entré irrégulièrement ne suffit pas à établir un risque de soustraction, il ne fait valoir aucune circonstance particulière de nature à démontrer, en l'espèce, l'absence de risque de soustraction. Dans ces conditions, et alors qu'il est constant que l'intéressé n'a pas formé de demande de titre de séjour, il résulte des dispositions du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, considérer qu'il existe un risque que M. A se soustraie à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre et, dès lors, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Au surplus, M. A ne conteste pas les autres motifs de cette décision, tirés de ce que son comportement constitue une menace pour l'ordre public et de ce qu'il ne justifie pas de garanties de représentation suffisantes. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
16. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquences, de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet d'Indre-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 2 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
M. Gasnier, conseiller,
Mme Ploteau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.
La rapporteure,
Coralie PLOTEAU
Le président,
Denis LACASSAGNE La greffière,
Frédérique GAUTHIER
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026