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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300067

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300067

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300067
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 4ème chambre
Avocat requérantSCP LE METAYER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 janvier 2023 et le 20 décembre 2023, M. B C, représenté par Me Petit, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 août 2022 par laquelle la directrice générale du centre hospitalier régional universitaire de Tours lui a infligé un blâme, ensemble la décision du 8 novembre 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Tours la somme de 2 500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- s'agissant des soi-disant propos désobligeants et de son absence de remise en cause, le centre hospitalier a inexactement qualifié les faits qui lui sont reprochés, lesquels ne correspondent pas à la définition des violences sexistes et sexuelles telle que la France l'a adoptée dans la convention européenne dite d'Istanbul ; il a, en outre, commis une erreur manifeste d'appréciation, alors qu'il est attesté de son sérieux et de son implication et qu'il n'a jamais fait l'objet de sanctions disciplinaires auparavant ;

- il n'est pas matériellement établi qu'il aurait suivi des externes jusqu'à leur domicile, ce qu'il a toujours contesté ;

- en ce qui concerne son prétendu comportement déplacé et inadapté, aucune poursuite pénale n'a été engagée à son encontre à ce jour et il est donc présumé innocent ; en tout état de cause, il conteste toute contrainte exercée à l'encontre de Mm P. et de Mme A ;

- la sanction prononcée apparaît disproportionnée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 mai 2023 et 22 décembre 2023, le centre hospitalier régional universitaire de Tours, représenté par Me Tertrais, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention du conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la santé publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rouault-Chalier,

- les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public,

- et les observations de Me Lucas, substituant Me Petit, représentant M. C et de Me Gobé, substituant Me Tertrais, représentant le centre hospitalier régional universitaire de Tours.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C est interne en troisième cycle de médecine. Il a effectué son stage de premier semestre au sein du service d'endocrinologie, diabète et nutrition du centre hospitalier régional universitaire de Tours de novembre 2020 à avril 2021. De mai 2022 à octobre 2022, il a effectué un stage au sein du service nutrition du même hôpital, après deux périodes de stage au sein du centre hospitalier universitaire d'Orléans. A la suite d'un signalement adressé le 22 avril 2022 par le chef de service de médecine interne du centre hospitalier régional universitaire de Tours à la directrice de l'hôpital, au doyen de la faculté de médecine de Tours et au président de la commission médicale de l'établissement, le centre hospitalier a convoqué M. C, le 16 mai 2022, à un entretien individuel, à l'issue duquel il lui a été notifié une mesure conservatoire de suspension. Le 19 mai 2022, une commission ad hoc mixte paritaire université-CHRU a été créée dans le but de statuer sur le comportement de M. C entre novembre 2020 et avril 2021. La commission a rendu un rapport d'enquête définitif le 21 juillet 2022. Par courrier daté du 28 juillet suivant, M. C a été convoqué par le centre hospitalier régional universitaire de Tours à un entretien qui s'est déroulé le 12 août 2022, à l'issue duquel il a été mis fin à la mesure de suspension et un blâme lui a été notifié. Le 11 octobre 2022, M. C a formé à l'encontre de la sanction disciplinaire un recours gracieux qui a été rejeté le 8 novembre suivant. Par sa requête ci-dessus analysée, M. C demande l'annulation de la décision du 12 août 2022 par laquelle la directrice générale du centre hospitalier régional universitaire de Tours lui a infligé un blâme, ainsi que celle de la décision du 8 novembre 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui () / 2° infligent une sanction ; () rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'un disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin, aux termes de l'article L. 411-5 du même code : " La décision rejetant un recours administratif dirigé contre une décision soumise à obligation de motivation en application des articles L. 211-2 et L. 211-3 est motivée lorsque cette obligation n'a pas été satisfaite au stade de la décision initiale. () ".

3. D'une part, la décision du 12 août 2022 de la directrice générale du centre hospitalier régional universitaire de Tours prononçant un blâme à l'encontre du requérant, prise au visa de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et de la loi n° 86 -33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ainsi que de l'article R. 6153-29 du code de la santé publique, vise l'ensemble des pièces du dossier, en particulier le courrier du 22 avril 2022 adressé par le professeur, chef du service de médecine interne du centre hospitalier régional universitaire de Tours et le compte rendu d'entretien du 16 mai 2022. Cette décision est dès lors suffisamment motivée en droit. Par ailleurs, en mentionnant qu'il est reproché à M. C un comportement pouvant relever de la catégorie des violences sexistes et sexuelles, cette sanction se fonde sur des agissements précis et doit ainsi être regardée comme suffisamment motivée en fait au regard des exigences des articles précités du code des relations entre le public et l'administration, la directrice du centre hospitalier n'étant pas tenue de mentionner avec plus de précisions l'ensemble des situations de fait relevées. D'autre part, la décision du 8 novembre 2022 prise sur le recours de M. C n'a pas, en application de l'article L. 411-5 du code des relations entre le public et l'administration, à être motivée dès lors qu'elle rejette un recours gracieux exercé à l'encontre d'une décision elle-même motivée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 6153-29 du code de la santé publique : " Sans préjudice des peines que les juridictions universitaires pourraient infliger à l'intéressé par application des dispositions du décret n° 92-657 du 13 juillet 1992 relatif à la procédure disciplinaire dans les établissements publics d'enseignement supérieur placés sous la tutelle du ministre chargé de l'enseignement supérieur, les sanctions disciplinaires applicables à un interne pour des fautes commises dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses activités au titre des stages pratiques sont : () / 2° le blâme ; () ". Aux termes de l'article L. 131-3 du code général de la fonction publique : " Aucun agent ne doit subir d'agissement sexiste, défini comme tout agissement lié au sexe d'une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant ".

5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction retenue et si la sanction est proportionnée à la gravité des fautes.

6. En l'espèce, à la suite de l'alerte adressée en avril 2022 par le chef de service de médecine interne du centre hospitalier régional universitaire de Tours à propos du comportement de M. C au sein du service d'endocrinologie durant sa période de stage de novembre 2020 à avril 2021, une enquête conjointe a été diligentée par la directrice générale du centre hospitalier et le président de l'université. La commission ad hoc mixte paritaire a notamment reproché à l'intéressé " des propos et attitudes à l'égard d'externes pouvant relever de la catégorie des violences sexistes et sexuelles ", une " absence de remise en question " lorsqu'un supérieur lui fait une remarque, particulièrement quand elle est de sexe féminin, ainsi que l'existence d'une " main courante déposée pour des faits pouvant relever de la qualification d'agression sexuelle ".

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment du témoignage de l'interne du service d'endocrinologie, confirmé par la chef de clinique qui indique avoir reçu M. C en entretien pour ces faits quand elle en a eu connaissance, que ce dernier a tenu des propos à caractère sexuel à l'égard d'une externe à laquelle il a dit, avant d'entrer en consultation avec le patient " Soit tu te mets nue sous ta blouse soit tu ne mets rien ". La tenue de ces propos a d'ailleurs été reconnue par le requérant qui, dans le cadre de son audition par les membres de la commission ad hoc paritaire, a indiqué les avoir prononcés sur le ton de l'humour et " au second degré ", en référence à une série télévisée. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier, et en particulier du rapport définitif de la commission université-CHRU, que celle-ci a reçu un signalement concernant une main-courante déposée par une interne, en fonction au sein du service endocrinologie en même temps que M. C et mettant en cause l'intéressé pour des faits commis en dehors de l'hôpital pouvant relever de la catégorie des agressions sexuelles. La matérialité de ces faits n'est pas sérieusement remise en cause par le requérant qui se borne à contester toute contrainte à l'égard de sa collègue et à souligner qu'aucune poursuite pénale n'a été engagée à son encontre. Enfin, si M. C fait valoir qu'il n'est pas matériellement établi qu'il aurait suivi des externes jusqu'à leur domicile, ce qu'il a toujours contesté, ce grief n'a été retenu par la directrice générale du centre hospitalier régional universitaire de Tours ni pour prononcer la sanction disciplinaire en litige ni pour fonder le rejet du recours gracieux.

8. Dans ces conditions, et alors même qu'aucune poursuite pénale n'aurait été engagée à son encontre, les faits ci-dessus rappelés reprochés à M. C constituent des fautes de nature à justifier une sanction disciplinaire. Eu égard à la nature et à la gravité de ces faits qui ont été commis, s'agissant des propos tenus, dans le cadre de ses fonctions d'interne en médecine et qui ont, s'agissant de son comportement à l'égard d'une collègue, causé un trouble au sein de l'établissement et porté atteinte au bon fonctionnement des services, la directrice générale du centre hospitalier régional universitaire de Tours n'a pas, en l'espèce, commis d'erreur d'appréciation ni pris une mesure disproportionnée en prononçant un blâme à l'encontre du requérant.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation des décisions du 12 août 2022 et du 8 novembre 2022 de la directrice générale du centre hospitalier régional universitaire de Tours doivent être rejetées.

En ce qui concerne les frais de l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Tours, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme dont M. C sollicite le versement au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de l'établissement hospitalier présentée sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier régional universitaire de Tours présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au centre hospitalier régional universitaire de Tours.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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